Dans
un essai qu’il intitula « Spoils of
War[1]», Joseph
Brodsky décrivit, depuis
son exil américain, combien son enfance et sa jeunesse
léningradoises avaient été
marquées par la présence d’objets
étrangers amenés par la guerre. Il y
mêlait les
trophées saisis sur l’ennemi, qu’il
fût allemand ou japonais, et l’aide
américaine,
les boîtes de conserve, les appareils radio et surtout les
films de cinéma, car
l’ensemble de ces objets, d’origine et de nature
confondues, lui avaient apporté,
ainsi qu’à sa génération, un
bien fort précieux, l’individuation,
c’est-à-dire, en
l’occurrence, la fabrication d’une culture
musicale, cinématographique, vestimentaire,
étrangère au monde soviétique dans
lequel il se trouvait englué et, de cette
manière, la capacité à se constituer
en individu autonome par rapport à son environnement social
et politique. On pourrait avancer que la culture décrite par
J. Brodsky, née de la fréquentation indirecte de
l’étranger au travers de la guerre,
contribua surtout à souder des individus qui
formèrent une génération socialement
circonscrite, mais il n’en est pas moins vrai que ces objets
constituèrent, au total,
un défi pour le régime politique
soviétique, un défi qui se perpétua,
comme il le
dit si bien, dans l’arrivée au compte-gouttes, de
manière légale ou illégale,
d’autres
objets produits par la civilisation occidentale.
Jusqu’à la fin du régime, ces derniers
provoquèrent un engouement indéfectible de la
part de la population soviétique,
non pas seulement par pure préoccupation
matérialiste, mais parce qu’ils étaient
porteurs d’une culture plus ou moins mythifiée
[2] .
Il n’est pas
indifférent que J. Brodsky, se remémorant la
naissance, au milieu
d’une Leningrad en ruines, d’un imaginaire aux
effets aussi fondamentaux sur la
construction de son identité, en soit passé par
les objets [3] . Il est tout aussi
symptomatique que, dans sa restitution, leur provenance ait
été, dans une large mesure,
estompée, alors que les uns constituaient un don des
Alliés quand les autres étaient
des butins de guerre. Notre objectif,
précisément, est de refaire le chemin inverse
et d’explorer dans quelles circonstances ces objets se
retrouvèrent dans la ville
martyre, mais aussi sur l’ensemble du territoire
soviétique. Cette enquête permet
en effet de montrer la multiplicité des acteurs et des
enjeux politiques qui entourèrent, dans les
années de guerre et de sortie de guerre,
l’arrivée de cette manne
étrangère, mais aussi d’esquisser les
raisons d’une indifférence, ou d’une
amnésie,
largement partagée par les anciens compatriotes de J.
Brodsky. La représentation,
également très commune, d’un univers
soviétique gris, uniforme, rigide et surtout
clos sur lui-même, confronté pour la
première fois à des fragments de la civilisation
occidentale grâce à la guerre, doit être
prise au sérieux, puisqu’elle émane
d’un
contemporain, mais doit aussi être interrogée. La
guerre, précisément, donna aux
Soviétiques de tous horizons l’occasion
d’exposer leurs biens d’avant-guerre,
volés
ou détruits par l’ennemi, à travers des
inventaires qui restituent des goûts et des
imaginaires beaucoup plus variés et sophistiqués
que l’on ne pourrait s’y attendre,
y compris en tenant compte du tournant pris par les prescriptions
officielles en
matière de goût, qui avaient
réhabilité depuis les
années 1930 un style
hérité de la
middle class européenne
du XIXe
siècle. Les « Spoils of
War » évoqués par J. Brodsky
interrogent donc l’ensemble de la civilisation
matérielle née de la révolution,
c’est-à-dire non pas seulement
l’ensemble des objets qui la constituaient, mais aussi
les relations sociales qui se nouaient autour de ces objets, ainsi que
le rapport à
l’abondance, au luxe et aux goûts venus du monde
occidental. Cette interrogation
ne peut donc pas se cantonner à la sortie de guerre mais
nécessite de remonter à
des époques antérieures pour comprendre
l’effet de la guerre sur cette civilisation
soviétique saisie à travers les objets.
Plus largement,
l’effet de la
guerre sur le statut des objets n’est pas propre
à l’URSS des années 1940. En
effet, au fil des parutions consacrées à la
Seconde
Guerre mondiale depuis une vingtaine d’années,
s’est imposée l’idée que le
monde
matériel des populations civiles était devenu un
enjeu essentiel de la « guerre
totale » pour toutes les puissances
belligérantes. Le pillage systématique
mené par
l’Allemagne nazie avait pour but non seulement son
enrichissement mais aussi
l’humiliation des vaincus. Un gigantesque travail
d’inventaire des pertes subies
par les victimes s’en était suivi, au service
d’une politique de réparations qui
s’était
traduite par le transfert organisé de biens de toute nature
et le versement de
compensations [4] , auxquelles
s’était ajoutée une aide humanitaire
d’une ampleur
inégalée, qu’elle fût
privée ou publique [5] .
Ce triptyque (pillage, inventaires, réparations) avait
nécessité la mise en œuvre
d’administrations spécifiques dans les
différents pays concernés. Elles ont
laissé des archives dont la nature et le contenu
soulignent la parenté des expériences et nous
permettront de retracer cette histoire d’objets, des dons
collectés par les communautés
immigrées américaines
et convoyés vers l’URSS jusqu’au butin
amassé par les dignitaires soviétiques
dans les territoires conquis en passant par les inventaires
dressés par les citoyens
soviétiques sommés de déclarer leurs
pertes privées. Si le sort des œuvres
d’art
ou des productions industrielles nées d’une
technologie sophistiquée ont plus
particulièrement frappé les imaginations
[6] , ce sont bien avant tout les choses
banales qui se sont ainsi retrouvées au centre de
décisions politiques et de conflits
au sommet [7] , tout en
étant la préoccupation principale de bon nombre
d’individus
pour qui la guerre apparut comme une catastrophe ou une aubaine.
Le cas soviétique
s’inscrit donc pleinement dans ce processus
d’édification
des objets en enjeu de la guerre. Pourtant, malgré ces
similarités avec les autres
sociétés belligérantes, le contexte de
l’URSS stalinienne, qui combine une économie
de la pénurie, une forte politisation, dans ses moindres
détails, de la possession
matérielle par les particuliers et, enfin, la
volonté du pouvoir de contrôler sa distribution
[8] , avait déjà
donné aux objets un statut particulier qui fut
retravaillé par
la guerre. Les « Spoils of War »
de J. Brodsky concernèrent, en
réalité, toutes les
strates du monde soviétique, même si leur
signification la plus fondamentale a trait,
pour finir, à la relation changeante entre aisance
matérielle, culture occidentale et
loyauté politique au régime des élites
soviétiques.
Aux immenses destructions de
la guerre,
le territoire
soviétique vit succéder un
afflux de biens venus de l’étranger qui, tout en
étant bien insuffisant pour combler
les besoins d’une population encore appauvrie par la guerre,
suscita une forte
convoitise, malgré sa très grande
hétérogénéité,
des vêtements
usagés collectés
par les associations caritatives américaines à la
vaisselle en or des anciens dignitaires
nazis. Ces biens de consommation répondaient à
deux
logiques d’approvisionnement bien distinctes. La
première,
apparue dès le milieu de la guerre, correspondait
à l’aide envoyée, selon
différentes
modalités, à la population soviétique
par les
Alliés ou les pays neutres. La seconde fut le fruit du
pillage
intensif auquel se
livrèrent les Soviétiques lorsqu’ils
occupèrent les anciens pays ennemis.
Les organisations juives
jouèrent un rôle de premier plan dans cet humble
volet de l’aide occidentale que constitua l’envoi
de colis de première nécessité.
Sensible à l’importante population
d’émigrés en provenance de
l’ancien empire
russe qui, regroupés en fraternités de toutes
obédiences, constituaient des donateurs naturels, la
direction stalinienne eut à cœur de participer
à leur mobilisation
en faveur de la population soviétique. Pourtant, les
relations ne furent jamais
simples, rejeu des conflits autour d’une aide humanitaire
sans cesse soupçonnée,
de part et d’autre, d’être un vecteur de
propagande, des conflits qui avaient vu le
jour dès les premières années de la
jeune Russie soviétique, lorsque les bolcheviks
tentaient à la fois de susciter et de canaliser
l’aide aux affamés et aux populations
juives victimes des pogroms de la guerre civile. Les donateurs juifs
exprimèrent
régulièrement doute et mécontentement
concernant les véritables destinataires de
l’aide, dans un climat de suspicion entretenu tout au long de
la guerre par les
milieux juifs anticommunistes. Pour contrer ces attaques, il paraissait
essentiel de
vérifier ce qui se passait dans les territoires
soviétiques libérés. Principale
organisation fédérant l’aide
humanitaire américaine, majoritairement juive
[9] , le Russian
War Relief eut ainsi un représentant permanent
résidant à Moscou, Leo Gruliev,
à partir de fin 1943-début 1944
[10] .
Malgré ses efforts, l’accès aux
provinces
anciennement habitées par de fortes minorités
juives lui
resta fermé [11] et lors de
la venue,
en août 1945, de son dirigeant Edward Carter,
intellectuel américain pro-soviétique,
la direction stalinienne préféra lui montrer les
villes-héros de Leningrad et de
Stalingrad [12] , le point fort de sa
visite étant le bassin minier du Donbass [13] .
L’itinéraire des visites de Carter dessine ainsi
une géographie des victimes de la guerre
qui met en avant des lieux symbolisant la résistance
héroïque du peuple soviétique,
le patrimoine russe et un des fleurons de l’industrie
stalinienne, mais passe sous
silence le massacre des populations juives.
Cette tension autour de la
distribution
de l’aide fut relayée à plusieurs
reprises par le Comité juif antifasciste,
créé dès le début de la
guerre par le Kremlin
pour mobiliser l’opinion juive occidentale [14] .
Le travail dans les territoires libérés
mené par la Croix-Rouge soviétique,
récipiendaire de l’aide, cristallisa ainsi les
reproches. Les organisations étrangères avaient
accepté que l’aide fût
distribuée
« sans distinction de nationalité
[15] », mais elles avaient
obtenu en principe qu’elle
fût envoyée en priorité dans les
districts avec les plus fortes concentrations de
population juive. Or, dans un contexte
d’antisémitisme de plus en plus apparent
parmi la population et les autorités locales, le
Comité juif antifasciste recevait un
courrier abondant de personnes se plaignant d’être
délaissées dans la distribution
précisément parce qu’elles
étaient juives, bien loin d’une quelconque
idée de
compensation particulière. Un survivant du ghetto de retour
chez lui à Odessa
dénonçait l’amour
immodéré de ses concitoyens pour les biens juifs,
pourtant peu
abondants dans une ville frappée par la
« catastrophe du mobilier »,
c’est-à-dire le
grand pillage des appartements juifs par l’occupant roumain
trois ans plus tôt.
L’auteur n’utilise pas par hasard
l’expression
« catastrophe », qui sert alors
à nommer le génocide des juifs, puisque, selon
lui, les deux événements sont
« généalogiquement »
liés. L’indifférence des
autorités soviétiques à
l’égard du dénuement
des rescapés juifs, y compris de la part de la Commission
extraordinaire d’État
chargée d’établir les crimes de
l’occupant et de faire le bilan des dommages, revenait
à nier le sort d’une communauté
pratiquement détruite par les fascistes [16] .
L’importance
politique
accordée à ces questions mérite
d’être soulignée : les
enquêtes diligentées par Viatcheslav Molotov
à la suite des courriers qu’il recevait
de Solomon Mikhoels impliquaient le sommet de
l’État tout en concluant toutes
à l’absence de discrimination [17] .
L’antisémitisme d’État, avant
de donner sa pleine
mesure à partir de la fin des
années 1940, lorsque commence la
persécution des
membres du Comité juif antifasciste
jusqu’à sa décapitation finale, est en
germe
dès les années de guerre, sans qu’on
puisse pour autant parler, déjà, d’une
politique
systématique [18] . On peut ainsi
imaginer que Molotov souhaitait sincèrement
s’assurer
que la population juive des régions
libérées recevait correctement une assistance
matérielle, alors que d’autres hauts responsables
exprimaient avant tout leur
méfiance, voire leur animosité,
vis-à-vis du monde juif à travers des arguments
qui
avaient fait leur preuve : celui de l’aide
humanitaire comme cheval de Troie des
puissances capitalistes, brandi depuis les débuts du
régime, lorsqu’il s’agissait de
secourir les affamés et les victimes juives des pogroms de
la guerre civile, celui
d’un antisémitisme populaire qu’un
traitement distinct des juifs pourrait réveiller,
utilisé depuis le début de la guerre par les
partisans du silence sur le sort spécifique
subi par les juifs soviétiques sous l’occupation
nazie, auxquels s’ajouta bientôt le
« danger sioniste »
[19] . Du côté des
organisations juives à l’étranger,
l’opacité des
méthodes soviétiques paraissait
d’autant plus suspecte qu’elles savaient que
d’autres nationalités, les Polonais et les
Arméniens, avaient obtenu d’établir un
réseau d’aide spécifique,
géré par leurs propres représentants
[20] . Ce raisonnement
néglige la question complexe de la citoyenneté
des destinataires. Néanmoins, il a
peut-être encouragé Mikhoels à se faire
l’avocat d’une organisation spécifique
de
l’aide matérielle aux rescapés, qui
rejoignait sa proposition émise en janvier 1943
de créer un bureau de recherche des juifs portés
disparus sur le territoire soviétique
et réclamés par leurs proches, y compris de
l’étranger [21] ,
structures qui ne verront
jamais le jour. La distribution de l’aide et la recherche des
victimes juives des
pogroms étaient des enjeux déjà
fortement liés aux yeux des donateurs étrangers
du début des années 1920, en raison de
l’opacité des informations distillées
par le
pouvoir soviétique [22] .
Pourtant, le projet coûtera cher au Comité,
puisque les liens
avec les organisations caritatives juives
étrangères, au premier chef l’American
Jewish Joint Distribution Committee (ou Joint), font partie
intégrante de l’accusation
qui mène à l’exécution de la
plupart de ses membres au début des
années 1950 [23] .
Les communautés
juives
renaissantes des régions occidentales de l’URSS
[24] ,
centrées à la fois sur le renouveau de la vie
religieuse et l’exercice d’une
solidarité
matérielle vis-à-vis des plus pauvres de leurs
coreligionnaires, réussirent pourtant
à capter une partie des cadeaux de
l’étranger qui leur étaient
destinés [25] .
De ce
fait, elles étaient fréquemment
soupçonnées
par les autorités soviétiques
d’être en
réalité des paravents pour des
activités
commerciales en partie centrées sur les
dons en provenance des juifs de l’étranger.
Parcourant un
rapport sur la région de
Jitomir, le lecteur souligna au crayon rouge l’affirmation
selon
laquelle presque
toutes les communautés avaient des contacts avec des juifs
religieux américains,
qui leur envoyaient des colis de valeur [26] .
Les missions de
l’United
Nations Relief and
Rehabilitation Administration
(UNRRA), établies au
printemps 1945 à Minsk et
Kiev, maintinrent quant à elles
des relations convenables avec les autorités
soviétiques,
même si, de faible taille
et bridées dans leurs mouvements, elles ne pouvaient
contrôler le travail effectué
sur le terrain par les administrations créées par
les
autorités républicaines soviétiques
afin de les
doubler [27] . L’aide
envoyée par l’UNRRA dans les
républiques
d’Ukraine et de Biélorussie est loin
d’égaler celle apportée aux autres pays
européens libérés, elle n’en
constitua pas moins un apport essentiel pour les populations, en
particulier dans le domaine alimentaire [28] .
Selon les rapports des missions
locales de l’UNRRA, la nourriture envoyée par les
Nations unies, à l’exception du
pain, constituait l’essentiel de ce qui était
vendu dans les magasins chargés de
distribuer les biens rationnés [29] .
Au début de 1947, la perspective du terme de cette
aide faisait craindre le pire aux missions qui assistaient, sous leurs
yeux, à la dégradation de la situation
alimentaire et, plus généralement, sanitaire des
populations [30] .
La tušënka
(corned beef) fut certainement le produit
emblématique de cette
aide alimentaire venue de l’étranger,
constituée, en grande partie, des rations de
l’armée américaine, et le
poète J. Brodsky n’est pas le seul à en
avoir gardé un
souvenir impérissable. Chez une population où
tout faisait cruellement défaut, les
dons vestimentaires firent cependant l’objet d’une
convoitise toute particulière.
De la même façon que le corned beef, mais de
manière plus pérenne, leur premier
bénéfice était celui de la survie,
mais ils étaient aussi activement recherchés pour
l’avant-goût qu’ils offraient des
plaisirs simples de l’Occident. Aussi le régime
les
mentionna-t-il de plus en plus discrètement dans le discours
public, à mesure qu’ils
prenaient de l’importance pour lui-même et leurs
bénéficiaires [31] .
Généralement
dénommés zagraničnye
podarki (les cadeaux de l’étranger),
ou amerikanskie podarki
(les cadeaux américains), leur provenance exacte
restait ainsi confuse mais elle
n’en pose pas moins la question du prestige et de la
reconnaissance que l’Occident,
et singulièrement les États-Unis, aurait
retiré de sa générosité.
Pourtant, le souci
des Soviétiques ordinaires n’était pas
celui de la provenance mais de l’accès
à ces
dons, le terme même de
« cadeaux » (podarki) servant
moins à décrire la raison de
leur présence sur le sol soviétique
qu’une certaine catégorie d’objets qui
alliaient
qualité et abondance relatives, par opposition à
l’indigence de la production soviétique.
D’ailleurs, ces mêmes objets pouvaient tout aussi
bien être appelés amerikanskie
vešči, les
« choses »
américaines, le minimum de ce que pouvait accorder
une civilisation matériellement supérieure, y
compris lorsqu’il s’agissait de vêtements
usagés, mais à mille lieux de
l’endurance des Soviétiques. Le poids des
dons basiques de l’étranger, aussi attirants
fussent-ils, face à celui des souffrances
vécues dans leur chair par le peuple russe était
de toute manière dérisoire, et c’est
plutôt le sens de ce déséquilibre qui
pouvait faire débat : pour les uns,
c’était à ce
prix insultant que les Occidentaux masquaient leur
lâcheté, pour d’autres,
c’était
le régime soviétique lui-même qui
humiliait sa population, réduite à se
réjouir de
ce qui n’avait guère de valeur en Occident. Dans
une lettre de propagande, une
jeune fille s’émerveillait d’une robe
verte à deux poches, tout en racontant son
destin d’enfant victime de la guerre et fille d’un
combattant du front [32] . Quant à
Varlam Chalamov, il évoqua avec la même tendresse
les vêtements américains [33] ,
pour aussitôt dépeindre le bonheur des
« crevards » avalant par tonneaux
entiers
le solidol américain,
une graisse industrielle livrée en même temps que
les machines
du lend-lease qui
serviraient à déblayer les montagnes
gelées de cadavres du Goulag.
Les modes
d’appropriation de
ces objets subvertissaient également leur
destination d’origine. Un système de commissions
pyramidal devait assurer leur
répartition, tâche confisquée, on
l’a vu, par la direction soviétique. Pourtant,
dans
la réalité, l’aide pouvait
s’entasser dans des dépôts que
visitaient d’abord les privilégiés
locaux, comme ces responsables des voies de chemin de fer de la
région
Sibérie-Oural venus, accompagnés de leurs
épouses, de leurs bonnes et de leurs
chauffeurs, faire main basse sur la meilleure part. Il
n’était plus resté que des
miettes, vêtements en mauvais état, paires de bas
dépareillées, tenues inutiles,
aux destinataires théoriques. Les cadeaux
américains ne suscitaient donc pas seulement
l’envie mais aussi la colère, beaucoup de ces
« bons pauvres » ayant
refusé,
indignés, un don qui ne pouvait apparaître que
comme une insulte face à leurs
besoins et à leurs mérites, mais aussi face
à ceux d’en haut, qui avaient pu se servir
les premiers, ce dont tout le monde avait fini par être mis
au courant, ce scandale
banal se répétant aux quatre points cardinaux de
l’URSS jusqu’à Magadan [34] .
Les
fonctionnaires locaux et régionaux
n’étaient pas les seuls à venir se
servir, accompagnés de leur maisonnée, dans les
dépôts. Panteleimon Ponomarenko en personne,
premier secrétaire du parti de Biélorussie et
membre du Comité central, fut accusé
du même comportement. Le glorieux chef des partisans pendant
la guerre n’auraitpas
hésité à offrir aux dirigeants de la
république et à se réserver pour
lui-même
le meilleur de ce qui était entreposé sans grand
soin sur
la base centrale du
Belglavsnab de Minsk.
Mais en
réalité,
ce dont les
épouses des premiers responsables biélorusses
guettaient l’arrivée,
c’était, bien davantage
que les vêtements et les chaussures de
l’UNRAA, les richesses en provenance d’Allemagne,
baptisées
« trophées » ou
« réparations »
[35] . Deux raisons essentielles
différenciaient entre eux les objets contenus
dans ces caisses, pourtant entreposées en un même
lieu : la façon dont ils avaient
été collectés et leur valeur.
L’arrivée des « biens
trophées » est un fait bien mieux
préservé dans la mémoire des
Soviétiques que les gestes de solidarité de la
part
des populations alliés. Dans les faits, cette manne est
indissociable de l’extrême
violence qui accompagna l’occupation par
l’Armée rouge des pays vaincus. Pourtant, le
comportement des troupes soviétiques à
l’égard des civils, et en premier
lieu le viol systématique des femmes, est resté,
quant à lui, largement ignoré à
l’Est [36] , alors que cette
violence se déploya sur un large territoire, une de ces
premières manifestations spectaculaires étant le
sac de Budapest, pour culminer
en Allemagne [37] . À
l’inverse, le véritable pogrom commis en Prusse
orientale ou
la terreur semée à Berlin à
l’arrivée des Soviétiques sont
largement connus à
l’Ouest, tandis que les mémoires locales font
écho aux archives rapportant la persistance, pendant des
années, d’une situation
d’insécurité pour les civils
occupés,
soumis, certes de façon beaucoup plus sporadique, au viol et
au maraudage de la
part de soldats isolés, mais aussi de véritables
bandes composées de déserteurs qui
réquisitionnaient, auprès de villageois
apeurés, femmes, bétail et réserves en
tout
genre. Alors que le récit soviétique des
atrocités commises par l’occupant nazi avait
toujours rendu compte du fait que les violences sur les biens et les
corps étaient
fortement imbriquées, elles furent ici dissociées
dans le discours et la mémoire
soviétiques, d’autant plus facilement que les
violences physiques à l’égard des
populations vaincues étaient d’une tout autre
ampleur et d’une tout autre nature.
À dire vrai, ces dernières
s’apparentaient plus encore aux dommages
matériels,
non plus seulement par leur simultanéité mais
aussi par le sort fait au corps des
femmes de l’ennemi, tandis que l’appel à
tuer purement et simplement chaque
représentant de la nation allemande disparaissait de la
propagande soviétique.
L’idée prévalut que
l’accaparement des biens des civils vaincus
n’était que justice
en regard du pillage subi par la population soviétique
pendant la guerre, et elle
fut renforcée par le choc, bien connu, que
représenta pour les Soviétiques qui
passaient la frontière la vue de pays vaincus, en ruines,
mais toujours nettement
plus prospères que leur propre patrie. Plus encore, les
Soviétiques virent, ou crurent
voir, chez leurs ennemis vaincus, des villes de Roumanie aux fermes de
Prusse, le
produit direct des rapines commises par ces derniers sur le sol
soviétique, du
bétail [38] aux tramways
en passant par des objets de prix retrouvés dans les
appartements d’anciens occupants [39] .
Dès lors, se
servir
n’était que justice, et non pas vengeance aveugle,
tout
comme la destruction des biens de l’ennemi trouvait aussi sa
justification [40] . Si ces
actes de destruction, de même que les violences physiques sur
les populations, et
singulièrement les femmes, n’ont pas fait
l’objet d’un discours public en URSS
et continuent d’être passés sous
silence, il n’en fut pas de même de
l’acte consistant
à s’emparer des biens, y compris personnels, des
vaincus. Sur le moment comme
de nos jours, l’accaparement de biens trophées
apparut à la fois comme légitime
et anodin [41] .
Si l’on prend un objet emblématique de ce type de
butin
pour le
soldat soviétique du rang, la montre-bracelet, les
témoignages concordent sur le fait
qu’il n’était pas rare d’en
arborer plusieurs
à son bras. La tolérance à
l’égard de
cette manifestation ostensible de vol sur l’ennemi en dit
long
sur la signification
qui lui était attribuée : non pas
seulement que
l’objet était rare en URSS et qu’il
trouverait facilement preneur une fois le soldat rentré chez
lui, mais aussi qu’un
comportement compulsif à l’égard des
biens de
l’ennemi était de mise [42] .
Derrière
le port, anodin, de plusieurs montres, y compris hors
d’état de marche, à un même
bras, voire aux deux, on retrouve ainsi le sort
réservé aux femmes allemandes, dont
l’âge, l’état physique et les
autres caractéristiques personnelles semblent
n’avoir
eu aucune importance aux yeux de leurs violeurs.
De fait, le
caractère bon
enfant de cette acquisition de biens trophées est
également illustré par la popularité
dont jouissaient les bicyclettes, encore rares
en URSS, auprès de Soviétiques qui, pourtant, ne
savaient pas s’en servir, y compris
lorsqu’ils venaient de milieux favorisés, mais
n’hésitaient pas à afficher leur
maladresse. Chacun savait que leur acquisition avait tout aussi bien pu
s’accompagner
d’un viol ou d’un meurtre, et la scène
de Soviétiques apprenant à monter à
bicyclette avec une joie enfantine correspond bien à
l’image, fréquemment rapportée
par les vaincus, de barbares au comportement parfaitement
naïf, contrastant avec
la sauvagerie d’autres scènes
perpétrées par les mêmes
[43] . En revanche, un diariste
soviétique, Vladimir Gelfand, se met à son
avantage : dès le lendemain de son
apprentissage, l’usage de la bicyclette lui est suffisamment
familier pour qu’il
puisse se rendre aisément auprès d’une
Allemande et de sa fille violée, qui le
pressent d’apporter sa protection contre ses propres
compatriotes, offre qu’il décline
poliment [44] . Un peu plus tard,
vêtu en civil d’un élégant
costume, qu’il s’est probablement fait
confectionner en Allemagne, il se fait photographier en train de
pédaler, image en mouvement alors peu conventionnelle chez
ses contemporains.
Le cliché atteste ainsi de sa
dextérité et achève surtout de faire
rentrer sa quête
d’objets dans un autre registre.
En effet,
célébré par la propagande
soviétique dès les
années 1920 et en
réalité très rare,
l’appareil photo [45] constituait
également un bien trophée très
populaire, mais il faisait accéder son nouveau
propriétaire, plus encore que la montre
ou la bicyclette, objets purement pratiques, à une pratique
culturelle nouvelle, ce
qui explique la satisfaction affichée par les membres de
l’intelligentsia qui avaient
eu l’occasion de commettre ce type de prise [46] .
Le jeune V. Gelfand acquiert ainsi
un appareil photo en janvier 1946, peut-être sur
l’Alexanderplatz de Berlin où
s’échangent plus ou moins discrètement
toutes sortes de biens [47] . Lors de son
séjour en Allemagne, les appareils photos lui servent comme
objets de troc parmi
d’autres, mais il finit également par apprendre
à s’en servir et part à la recherche
du matériel nécessaire pour développer
ses clichés [48] . Il se met alors
à photographier
ses conquêtes féminines, la grande affaire de son
expérience d’occupation, des
personnes de rencontre, mais aussi les villes et paysages
qu’il traverse [49] . Cette
nouvelle passion tend même à prendre la place de
la tenue de son journal intime [50] .
De la même
façon,
le récepteur radio, le phonographe ou encore la machine
à écrire étaient plus
particulièrement recherchés par certains
Soviétiques qui,
d’emblée, partageaient un univers culturel commun
avec l’Ouest, faisant passer
au second plan les circonstances plus ou moins avouables de leur
acquisition [51] .
Dès lors, les biens trophées, au-delà
d’un effet de compensation, faisaient accéder
à un monde parvenu à réaliser une
culture moderne à laquelle les Soviétiques,
dirigeants comme dirigés, ne faisaient qu’aspirer.
La tension entre le
modèle
politique représenté par l’URSS
stalinienne et ces
aspirations matérielles rendait, de ce fait,
compliqué l’accès de chacun aux prises
de guerre sur l’ennemi. Dérivatif du
désir de vengeance de la troupe et moyen
commode de compenser une population encore davantage appauvrie par le
pillage
de l’occupant et les destructions de la guerre, les biens
trophées risquaient également de créer
une situation d’indiscipline
généralisée et une fascination
dangereuse pour cette civilisation occidentale. Pourtant, au moins dans
un premier temps,
les dirigeants soviétiques semblent avoir
encouragé et, d’une certaine manière,
organisé cette ouverture à la civilisation
matérielle de l’Ouest, tout en tentant de
préserver un accès stratifié.
Le 26 décembre 1944,
alors que l’Armée rouge aborde les territoires
allemands, un décret autorise ses soldats à
envoyer des colis mensuels du front vers
l’arrière, dont le poids varie suivant la
hiérarchie militaire : cinq kilos pour les
soldats du rang, dix kilos pour les officiers, quinze kilos pour les
généraux [52] .
Non
seulement le décret ne passe pas inaperçu et est
considéré comme une invitation
explicite au maraudage, mais il est également lu,
dès cette époque, comme le
miroir direct de la politique de colis à l’endroit
des soldats de la Wehrmacht et
autres ressortissants allemands, qui prévalut dans les
territoires occupés pendant
la guerre. Désapprouvant le décret pour des
raisons morales, un soldat soviétique
du rang note pourtant comme justification dans son journal que
« chaque mois, le
soldat allemand avait l’autorisation d’envoyer chez
lui un colis de seize kilos des
territoires qu’ils avaient conquis [53] ».
L’explosion du nombre de colis qui suivit le
décret entraîna un fort encombrement du service
postal. À Koursk, par exemple,
on fit venir spécialement des employés pour
s’occuper des colis envoyés du front
par les soldats [54] . Le nombre de colis
mensuels autorisé semble avoir été
restreint par la suite et ne suffisait de toute façon pas
forcément, obligeant les plus
généreux avec leurs proches à des
subterfuges. L’envoi régulier de colis
à ses
proches, par le service postal ou d’autres canaux,
constituait un véritable devoir
pour ceux qui avaient la chance d’être en service
à l’étranger. V. Gelfand
reçoit
ainsi littéralement commande de vêtements pour
petits et grands, ainsi que d’autres
objets de valeur, de la part de sa mère qui lui demande
cependant une certaine
discrétion, alors que, de fait, une bonne partie de leur
correspondance est consacrée
à ces questions [55] .
Cette politique
libérale
à l’égard du transfert individuel des
biens des vaincus
vers les foyers soviétiques ne se démentit pas
lors des premières grandes vagues
de retour vers l’URSS des anciens
déportés soviétiques
rapatriés et des soldats démobilisés,
soldats et civils en permission, tous étant
libérés d’un contrôle
douanier à
l’été 1945. Le paquetage des
démobilisés rentrant au pays dans des trains
spéciaux
semble ainsi avoir atteint des proportions inouïes, tel ce
vétérinaire militaire qui
revient en septembre 1945 de Vienne pour se rendre en
Ouzbékistan avec près
d’une tonne de bagages, et certains ne manquèrent
pas de se faire rançonner, dès
leur arrivée, par les autorités locales
[56] .
À
l’aisance avec
laquelle les Soviétiques pouvaient franchir la
frontière,
s’ajouta la facilité avec laquelle tout un chacun
pouvait se fournir en zone occupée,
que ce soit au marché noir ou dans des magasins de diverses
sortes. Dans le journal
de V. Gelfand, Berlin, bien plus que les autres villes allemandes
qu’il fréquente,
apparaît comme l’épicentre de sa
convoitise, grâce au marché noir qui se tient sur
l’Alexanderplatz ou aux abords de l’ancien
Reichstag, mais qui s’étend en
réalité
à chaque rue, chaque maison, chaque couloir, chaque
café de la capitale, toute une
ville mendiant et échangeant des objets et de la nourriture
contre de l’argent ou
du troc [57] . Même quand
les autorités soviétiques tentent
d’éradiquer ce phénomène,
au moins en un lieu aussi emblématique que
l’Alexanderplatz, leurs efforts sont
visiblement vains. En novembre 1945, V. Gelfand, sous le
prétexte de faire nettoyer
ses bottes, crée un attroupement de vendeurs qui cachent
leurs marchandises sous
leurs vêtements. Le temps pour le cireur
d’exécuter sa tâche, il a
réussi à obtenir
une chemise, une veste de cuir, quelques paires de chaussettes et des
gants, au nez
et à la barbe des patrouilles soviétiques qui
contrôlent pourtant jusqu’aux officiers
[58] .
Le transfert
institutionnalisé du butin saisi à
l’ennemi, qui devrait bientôt
se transformer en une politique officielle de réparations
[59] , constitua également
une opportunité pour les individus soviétiques,
du moins certains d’entre eux,
puisque les autorités en charge de la collecte
systématique de biens trophées
régulèrent leur acquisition par les
gradés : à partir de juin 1945,
les généraux de
l’Armée rouge pouvaient ainsi recevoir
gratuitement une voiture, les officiers un
vélo ou une motocyclette. En outre, les
généraux étaient autorisés
à acquérir dans
ces entrepôts un piano ou un piano à queue, une
radio, un fusil de chasse et une
montre à bracelet, à gousset ou encore une
pendule. Généraux et officiers pouvaient
également recevoir, moyennant finance, tapis, tapisseries,
fourrures, services
à thé, appareils photo et autres biens de valeur
[60] .
La possibilité d’acheter un bien
trophée à l’administration
soviétique
d’occupation constituait un privilège
évident.
V. Gelfand acquiert par ce biais un récepteur radio
pour 400 marks, alors que ceux
qu’il trouve en vente dans Berlin peuvent lui
coûter dix
fois plus [61] .
L’occupation des
pays vaincus
permet ainsi de profiter d’un luxe dont
l’accès
est autorisé, voire organisé, de façon
à renforcer les hiérarchies sociales au sein de
la société soviétique. Servir
à l’étranger dans une fonction
militaire ou civile est
en soi un avantage, quel que soit le rang occupé, mais, au
sein de ces chanceux,
le pouvoir prend soin de réserver les meilleures
pièces à l’élite, qui
affiche sans
fard sa bonne fortune. La dissidente Larissa Bogoraz raconte ainsi
comment, dans
l’immédiat après-guerre, les filles de
généraux servant en Allemagne portaient desrobes
qui se distinguaient nettement des autres, grâce aux tissus
et
aux patrons
envoyés par leurs pères de Berlin. Elle
conclut :
« C’était aussi cela le
goût de
l’après-guerre, des robes neuves
coupées dans de
luxueux tissus occidentaux. » Le
privilège est d’autant plus visible
qu’il ne tient
pas seulement au tissu, mais aussi à
la coupe qui les fait ressembler à « des
jeunes
filles allemandes », une ressemblance
visiblement considérée comme parfaitement
respectable, et
même enviable [62] . La
dissidente rapporte ainsi comment son oncle,
général en Allemagne, lui ramena
également des coupons de tissus.
L’appropriation
affichée de la mode et de la culture du vaincu est un
phénomène que l’on rencontre plus
généralement dans l’URSS de
l’immédiat après-guerre, la projection
de films trophées pris à l’ennemi
attestant que le Kremlin
tendait même à l’encourager.
L’ouverture offerte par la guerre était,
à dire vrai,
parfaitement éclectique, puisque s’y
côtoyaient des éléments issus de la
culture
américaine et de la vieille Europe centrale
[63] .
Le fait remarquable est qu’elle constitua un
phénomène général
à l’ensemble
des strates de la société soviétique,
surtout
chez les plus jeunes, malgré les déformations et
réappropriations inhérentes à
la distance géographique, sociale et culturelle qui pouvait
séparer un Soviétique
ordinaire des lieux où se concentrait l’essentiel
des
objets véhiculant modes vestimentaires et goûts
musicaux
venus de l’Ouest [64] .
La tolérance des
autorités soviétiques à
l’égard du chapardage des biens
de l’ennemi, ou la possibilité clairement
légalisée qui fut donnée aux individus
de
différents rangs de ramener une grande quantité
de biens étrangers chez eux, ne
constituent cependant qu’un aspect de ce
phénomène de gigantesque transfert
des pays vaincus, et en premier lieu d’Allemagne, vers
l’Union soviétique. Son
ampleur, précisément, ne pouvait que compromettre
l’ordre social et politique que
la direction stalinienne avait dû rétablir dans
les territoires libérés. Sa diffusion
dans l’ensemble du territoire soviétique
entraîna l’inévitable
problème de son détournement,
l’explosion du marché noir et d’autres
formes de circulation incontrôlées.
Le trafic nourrissait la
constitution de
ces réseaux caractéristiques du fonctionnement de
l’économie souterraine soviétique. En
effet, certains ne se contentaient pas de ramener leurs prises de
guerre pour eux-mêmes ou leurs proches,
mais en faisaient un commerce illégal. À la fin
de l’année 1946, la milice de Tambov
confisqua 4 622 fourrures à un
vétéran, ancien officier, qui les avait
volées à un
magasin de Berlin à la fin de la guerre et
s’apprêtait à les vendre à
Moscou. Un
autre vétéran, rentré
d’Allemagne en voiture en octobre 1946 le
coffre plein de
biens trophées revendus ensuite par son
beau-frère, fut arrêté au
printemps 1947 [65] .
Le trafic, cependant,
pouvait atteindre
une tout autre ampleur. Au butin saisi
à la fin de la guerre succédèrent les
livraisons issues de la politique soviétique de
réparations, qui arrivaient par terre ou par mer et se
diffusaient ensuite par trains
entiers sur l’ensemble du territoire, sans être
suffisamment gardés et sans que le
contenu ne soit réellement inventorié et
évalué. Le pillage des trains et des
entrepôts atteignit un tel niveau que le ministère
de l’Intérieur proposa en janvier 1947
de créer une commission interministérielle afin
de prendre les mesures nécessaires [66] .
Les vols commis sur le sol soviétique étaient le
fait d’individus, mais aussi
de bandes armées et surtout de réseaux
formés par des personnes en charge de
ces biens, et en particulier de leur commercialisation, comme dans le
cas d’un
trafic autour du dépôt de biens
trophées démantelé à
Novossibirsk au début de
1947, grâce auquel pianos à queue, commodes et
pendules étaient venus embellir
les intérieurs du cercle étroit des dirigeants
locaux qui avaient pu les acquérir à
bas prix alors qu’ils étaient destinés
à récompenser des fonctionnaires
méritants [67] .
Le vol de la
propriété socialiste était une
préoccupation constante de la
direction soviétique et la promulgation des oukases de
juin 1947 marque un net
durcissement de la politique répressive à cet
égard. Dans la perception qu’eut le
Kremlin des vols de biens appartenant aussi bien à la
puissance publique qu’à des
particuliers comme un phénomène massif, alors que
le pays se trouvait encore
appauvri par la guerre et en proie à la famine, le
détournement des livraisons
massives venues de l’étranger, et donc
assimilées à la propriété
d’État, joue certainement un grand rôle
du fait de leur valeur monétaire, privant
l’État de revenus
importants. Pourtant, à cet aspect économique se
greffent d’autres enjeux qui lui
sont plus ou moins liés : la constitution de
réseaux, y compris à un haut niveau, la
consolidation du clientélisme, l’absence de
contrôle par le centre politique de
la distribution de ces richesses dans le contexte de la reconstruction.
La direction
stalinienne savait aussi tirer profit de cet état de
corruption généralisé, dont la
dénonciation ponctuelle pouvait servir à
précipiter la chute de hauts responsables
devenus gênants, comme ce fut sans doute le cas en
Biélorussie, où le premier
secrétaire du parti, Nikolaï Goussarov
[68] ,
dévoila le scandale
des 27 000 vaches
trophées, livrées
en 1945 à la
république soviétique la plus
dévastée par
la guerre,
qu’avaient
accaparées 2 000 responsables
plus ou moins haut placés, quand plus de
150 000 familles kolkhoziennes n’en
possédaient
aucune. Indifférents au malheur
de leurs administrés, ils avaient perdu de vue la promotion
de l’élevage collectif,
n’étant plus préoccupés que
de créer liens de solidarité et de patronage au
service
de leurs préoccupations « petites
bourgeoises » [69] .
Le détournement de
la vache,
élément de survie essentiel pour des millions
de foyers soviétiques, était un
phénomène tout aussi courant
qu’emblématique du
manque de considération des représentants du
pouvoir pour le dénuement de leurs
concitoyens. Si on peut comprendre cette indifférence par
l’appât du gain et la
volonté d’entretenir une clientèle,
peut-être faut-il aussi l’expliquer par la
contestation, au moins dans certains cas, du bien-fondé des
catégories prioritaires établies
par le pouvoir central. Ce défi à la
hiérarchie officielle des héros et victimes de la
guerre pouvait se trouver renforcé, au niveau le plus local,
par l’expérience personnelle de la guerre et
l’interconnaissance, comme le montre le cas d’un
certain Gryn,
président d’un sel’sovet
de la région ukrainienne de Nikolaev, qui avait
repris à une
famille de deux soldats qui servaient sur le front la vache
trophée qui leur avait
été accordée pour cette raison, sous
prétexte qu’il s’était fait
confisqué un même
animal par les Allemands sous l’occupation, ou qui avait
confisqué à des démobilisés
qu’il accusait d’être d’anciens
policiers collaborateurs les décorations et
documents qui leur donnaient accès à des
privilèges [70] .
Un reproche d’une
tout autre
nature pouvait surgir dans certaines affaires où
l’immoralité du détournement du butin
de guerre ne tenait plus à l’injustice faite
à des victimes de la guerre mais à un
goût excessif pour le luxe. Ces accusations sont
révélatrices d’une vision
fantasmée des possibilités
considérées comme illimitées
d’accumulation des richesses de l’ennemi vaincu,
comme le révèle les aveux de
hauts responsables de l’administration de la zone allemande
occupée extirpés par
les services de Viktor Abakoumov, ancien chef du contre-espionnage et
responsable de la sécurité
d’État, préoccupé de
compromettre ses rivaux auprès de
Staline [71] . Le plus remarquable
dans cette histoire tient au fait que les informations
recueillies dans le cadre de cette opération aient pu
paraître vraisemblables à ses
yeux, sinon à ceux de Staline. La quantité
d’objets en provenance d’Allemagne
« découverts » lors de
perquisitions dans les appartements des accusés est pourtant
un premier sujet d’étonnement. Pour donner un seul
exemple, l’appartement moscovite d’un des
fonctionnaires inquiétés aurait contenu plus
de 3 000 mètres de
tissus, 8 services à thé et
ménagères
comportant 1 470 pièces,
315 objets anciens
de valeur (statuettes, vases, etc.), 90 objets en argent,
41 tapis (dont des
« passages »),
15 tableaux, 359 pièces de lingerie
féminine, plus de 150 paires de chaussures
et
autres objets en cuir, près de 60 robes,
17 costumes, 22 manteaux et autres fourrures,
323 paires de bas, 6 postes de radio et radio
phonographes, 4 accordéons.
Ces listes impressionnantes, jamais closes, donnent une telle
idée de profusion
qu’elles laissent moins imaginer des appartements
luxueusement meublés que de
véritables entrepôts. Pourtant, la destination
finale de ces biens de luxe n’est jamais
vraiment explicitée. L’idée
d’en faire commerce est à peine
évoquée, et sur un
mode ironique. Centrale, à nouveau, dans les accusations,
leur valeur d’échange
n’explique pas cette abondance, même si elle met en
exergue des pratiques douteuses. Ivan Serov aurait ainsi offert un
radio phonographe à son supérieur, le
maréchal Joukov, des montres en or pour femme à
un général américain haut
placé
de Berlin, deux services à thé et un fusil de
chasse à son subordonné Sidnev, ce
qui ne représentait, pourtant, qu’une infime
partie des biens détournés.
Tout aussi spectaculaire
apparaît la logistique mobilisée pour transporter
le
butin vers l’Union soviétique. Les avions
affrétés par Joukov à cette seule fin
sont
restés dans les mémoires sans que l’on
sache si le fait est avéré, mais la
même
accusation fut répétée contre
d’autres. Serov aurait ainsi organisé pour ses
propres
fins un véritable manège de trains et
d’automobiles, tandis qu’un avion aurait
régulièrement fait la navette entre Berlin et
Moscou, chargé de fourrures, de tapis,
de tableaux et autres objets de valeur [72] .
La description des objets
reste, quant
à elle, très laconique et
répétitive, à
quelques exceptions près, lorsqu’il
s’agit par exemple de souligner le temps dilapidé,
au lieu de servir la patrie, à s’approprier pour
un usage personnel et futile ce
qui avait fait la supériorité diabolique de
l’Allemagne, tels ces appareils de radio
phonographe que Serov se serait fait fabriquer sur mesure à
partir des boiseries de
l’ancien bureau personnel d’Hitler à la
Chancellerie, en faisant appel à un technicien allemand de
renom. On ne sait donc pas grand-chose sur le goût
précis des
voleurs, en particulier quels tableaux les haut gradés
soviétiques choisissaient de
subtiliser aux magnats nazis, en concurrence avec les brigades
spécialisées qui
sillonnaient les pays vaincus [73] ,
ni pour quelle finalité, usage personnel ou revente
dans le cadre d’un marché noir des
œuvres d’art sur le sol soviétique qui
reste
encore totalement inexploré. De même, on ne sait
à quel style se réfère exactement
un rapport dénonçant l’habitude prise
massivement parmi les généraux et officiers
soviétiques en zone occupée de passer commande de
« meubles de style »
auprès
de firmes de luxe allemandes, qui viendraient décorer leurs
appartements moscovites et leurs datchas, même s’il
permet de comprendre que la relation entretenue
par ce haut commandement avec le monde matériel de
l’ennemi n’était pas seulement celui de
la prédation mais offrait une sorte
d’émancipation par rapport à
l’ascétisme mais aussi à
l’absence de choix esthétique et de
personnalisation
imposée dans leur univers soviétique
[74] . Le mode de vie qui leur est
reproché est
à peine plus lisible, sinon, sans doute, des
réceptions privées fastueuses ou des
parties de chasse, ce qui n’était pas à
proprement parler interdit, puisqu’on se
souvient de l’autorisation accordée aux
gradés de se servir en services à thé
et
fusils de chasse, mais les faisait rentrer dans une zone dangereuse. De
même, les
accusés auraient adopté dans
l’Allemagne occupée un mode de vie
qualifié de
« seigneurial »,
c’est-à-dire contrevenant clairement à
la morale soviétique. La plupart du temps,
l’origine exacte des biens n’est pas
précisée, puisqu’ils se sont servis
dans des entrepôts, véritables cavernes
d’Ali Baba dispersées dans Berlin et le reste
de la zone soviétique. Lorsque les anciens
propriétaires sont évoqués, ils ne
font
guère pitié, puisqu’il s’agit
des anciens nababs (bogači)
du régime nazi. La faute
des accusés tient précisément au fait
de s’être coulés dans le mode de vie de
ces
derniers, en occupant leurs villas
réquisitionnées, et non de les avoir
dépouillés.
De même, les accusations laissent dans l’ombre les
personnes à qui l’État destinait
ces objets de luxe détournés. Un des
interrogateurs s’exclame même, à propos
de
tapisseries de maîtres flamands et français des
XVIIe et XVIIIe siècles qui
auraient
appartenu à de riches particuliers allemands et que Sidnev
s’est approprié pour
son appartement léningradois :
« mais la place de ces tapisseries ne peut
être que
dans un musée ». La frontière
du luxe acceptable dans un intérieur soviétique,
y
compris de l’élite, aurait ainsi
été franchie.
Serov, pourtant directement
incriminé dans les dépositions de ses
collaborateurs, ne fut pas inquiété et continua
d’occuper des fonctions importantes, mais
au moins deux de ses collaborateurs, arrêtés
fin 1947-début 1948, furent
condamnés
à dix ans de camp de travail en octobre 1951
[75] . Réhabilités
très rapidement après
la mort de Staline, ces derniers avouent une autre
vérité. En expliquant comment
les inventaires ont été falsifiés, ils
sous-entendent clairement l’infériorité
de la
production nationale, puisque lors des perquisitions, les hommes
d’Abakoumov
n’ont pas hésité à inclure
des objets de fabrication en réalité
soviétique et à faire
passer du nickel, de l’alliage ou du platine pour de
l’or ou de l’argent, matières
tout à la fois nobles et condamnables, dans
l’inventaire des biens prétendument
détournés d’Allemagne. Les
réhabilités ne nient pas pour autant la
possession
d’objets en nombre inusité mais avouent au
contraire des achats frénétiques pendant leur
séjour en Allemagne. Plus précisément,
ce sont leurs épouses (et accessoirement une
nièce ou une fille) qui auraient écumé
les divers lieux de la zone
occupée où se vendait, pour des sommes modiques,
une énorme quantité de biens,sans
grande valeur (mais dont on comprend qu’ils
étaient
introuvables en URSS ou
à des prix inaccessibles) : des collants, du linge
(pour
hommes et pour femmes),
des bibelots sans valeur, un véritable
« bric
à brac ». Les opportunités de
faire des
affaires en toute légalité étaient en
effet fort
nombreuses : magasins du
« Voentorg »
réservés aux hauts gradés
soviétiques,
où s’échangent objets et meubles
d’occasion
de valeur, ou encore la mise en vente auprès des
particuliers
allemands comme
soviétiques des biens d’anciens nazis.
L’envoi
à Moscou,
illégal pour le coup, de biens provenant de la villa
occupée
par l’un d’entre eux en Allemagne est
également mis sur le compte de la femme.
Ce comportement vis-à-vis des ressources de
l’Allemagne occupée est rapporté
à
l’ensemble des femmes et parentes du commandement,
visiblement dénuées de
la morale soviétique dont leurs maris seraient, en revanche,
les représentants, mais
que, surchargés de travail, ils n’ont pu leur
rappeler. Les deux expriment le même
dégoût face à cette accumulation
frénétique en parlant du bourbier dans lequel
les ont plongés leurs femmes insuffisamment
éduquées pour résister au
« milieu
bourgeois
délétère »
qu’était l’Allemagne conquise
[76] . Il y a certainement un fond
de vérité dans ces images, d’autant
plus facile à convoquer que le discours
soviétique, conforme en ceci au sens commun, avait toujours
mis les « survivances » de
l’ancien monde, dont l’attrait pour une richesse
matérielle superflue, du côté des
femmes. Pourtant, les hommes ne semblent pas avoir
été en reste pour utiliser
leur pouvoir afin de soustraire des biens ou de passer directement
commande
auprès de prestigieuses fabriques allemandes, même
si ces objets étaient, certes,
destinés en grande partie à des dames,
épouses ou maîtresses, autre association
récurrente à cette soif d’objets
contrevenant à la morale socialiste. Le fait que les
réhabilités de cette affaire n’aient
pas été
réintégrés dans le parti,
malgré leurs
appels réitérés, peut
s’expliquer, outre les méandres de la
déstalinisation, par le
rigorisme renouvelé de la période
khrouchtchévienne à l’égard
de l’enrichissement
personnel et des comportements philistins.
Point essentiel, ces
« profiteurs » étaient
des vydvižency,
c’est-à-dire des promus, entrés
tôt au parti, mobilisés de longue date dans la
défense de la patrie de
la révolution, y compris pendant leur mission en Allemagne
occupée, et c’est
l’argent qu’ils accusent eux-mêmes de les
avoir corrompus, puisqu’ils touchaient,
durant leur service dans la zone soviétique, des
émoluments exceptionnellement
élevés et superflus, en sus des
rémunérations en nature propres aux grands
serviteurs de l’État soviétique. La
combinaison de cet apport soudain de liquidités,
grandes absentes des accusations de l’ère
stalinienne mais d’un usage bien réel,
et d’un accès privilégié aux
biens de l’Occident avait donc constitué un choc
pour
cette strate de la société soviétique,
qui s’était traduit par une petite
révolution
de leurs intérieurs, sans que l’on puisse
établir avec certitude, puisqu’il est difficile de
démêler le vrai du faux dans ces accusations, son
contour exact et ses
implications en matière de mœurs.
Le caractère
primitif des
accusations portées à l’encontre de ces
fonctionnaires
soviétiques atteints d’un comportement compulsif
face aux objets du capitalisme,
qu’on l’explique par un imaginaire forgé
par la morale ascétique du parti ou par la
réalité d’une
société appauvrie, revient, pour finir,
à la dichotomie proposée par
J. Brodsky : d’un côté la
grisaille soviétique, de l’autre les objets de
l’étranger qui,
du plus basique au plus sophistiqué, ouvraient à
la société soviétique
d’après-guerre un monde inconnu, qu’il
fût celui d’une culture libératrice, de
l’abondance
ou du luxe coupable.
Le problème de ce
récit est qu’il
occulte la présence de ce monde
« inconnu »
dans l’URSS d’avant-guerre et le sort complexe
qu’avaient connu les objets qu’il
incarnait. Présents dans le cercle restreint des
privilégiés de la fin de
l’époque
tsariste, renouvelés grâce à la
production
balbutiante de biens de consommation
soviétiques ou les importations de
l’étranger, ils
avaient abondamment circulé dans
différentes strates de la société
soviétique urbanisée. Les autorités
soviétiques
avaient bien sûr joué un rôle capital,
expropriant,
redistribuant la propriété des
anciennes élites, avant d’opérer un
siphonage
à grande échelle de tout ce que les
particuliers pouvaient détenir de précieux aux
yeux de la
puissance publique.
Celle-ci se montra avide d’or, puis bientôt
d’argent,
de pierres précieuses et, pour
finir, de tout objet de valeur à convertir en devises
étrangères qui donneraient
accès au matériel occidental permettant
l’industrialisation du pays à marche
forcée.
L’étude qu’Elena Osokina a
consacrée à
l’institution du Torgsin, ces magasins
créés à la veille de la grande famine
de 1933 pour obtenir les fameuses devises,
démontre combien la recherche de valeurs
précieuses alla
bien au-delà du bradage
à l’étranger des collections
impériales et
des biens de l’Église, entrepris dès
les
années 1920. Les pièces de monnaie en or
datant des
tsars ou de la présidence
d’Alexandre Kerenski conservées par la
paysannerie, les
petites cuillères en argent
et les bijoux de famille de la petite bourgeoisie étaient
échangés contre du pain
avec d’autant plus d’empressement par les comptoirs
du
Torgsin qu’ils étaient
plus faciles à couler en lingots ou à
dépecer pour
être vendus à l’étranger. Le
fait
de détruire ainsi au sens propre tout un patrimoine,
indépendamment désormais de
toute justice de classe, n’avait à leurs yeux
guère
d’importance, la seule valeur
accordée aux objets du passé étant
celle que les
acheteurs étrangers voudraient
bien donner aux plus remarquables d’entre eux
[77] . Le grand pillage par l’occupant
des richesses soviétiques, des collections de
musées aux biens domestiques des
particuliers les plus humbles, serait ainsi
dénoncé par les mêmes qui
l’avaient
entrepris, au nom de la modernisation du pays, moins de dix ans plus
tôt.
La rage de
dénicher chez les
particuliers ce qui, toujours, conserva un statut
suspect dans le contexte soviétique, et son corollaire, la
soif indigne d’objets développée par
une population dépouillée et frappée
par les pénuries, se lisent dans
les scènes de prestidigitation du magicien Woland sur les
planches d’un théâtre
moscovite des années 1930, imaginées par
Mikhaïl Boulgakov pour son roman
Le maître et
Marguerite. Cette incarnation du diable venue de
l’étranger (son identité
allemande est suggérée) met
littéralement à nu un public qui
n’avait « guère
changé », malgré
l’apparition d’autobus, de
téléphones et autres avatars du
progrès
technique qui rendaient méconnaissable la capitale. Faisant
surgir sur la scène un
magasin pour dames, son assistant Fahoth annonce que les vieilles robes
et souliers
démodés des spectatrices seront gracieusement
échangés contre les
« dernières
créations parisiennes », provoquant une
marée de femmes se ruant sur ces miraculeux produits de
luxe, en perdant toute pudeur et raison pour profiter d’une
aubaine aussi inattendue que fugace [78] .
Un peu plus loin, un personnage rêve
d’une représentation tout aussi cauchemardesque,
au cours
de laquelle un artiste
en smoking l’invite à se mettre sous les feux des
projecteurs pour révéler, sous les
sifflets de la salle, la présence de dollars
cachés dans
son appartement d’honorable
citoyen soviétique, avant de s’en prendre
à un
autre spectateur, un certain Sergueï
Gerardovitch Dunchil, qui « refuse
obstinément de
rendre les devises qui [lui] restent,
à une époque où le pays en a besoin,
alors
qu’elles [lui] sont totalement inutiles ».
Sa maîtresse, Ida Herculanovna
Wors – la
répétition de ces noms, prénoms ou
patronymes à consonance étrangère
n’est pas
un hasard –, apparaît à son
tour sur
scène portant sur un plateau d’or une liasse
de 18 000 dollars et un collier de
diamants d’une valeur
de 40 000 roubles-or, que ce
mari volage avait dissimulés
dans l’appartement de sa maîtresse à
Kharkov. Les
spectateurs sont invités sur un
ton de plus en plus menaçant à rendre des devises
qui
n’ont rien à faire chez eux
pendant qu’une armée de cuistots leur apporte une
vaste
bassine de soupe et un
plateau chargé de pain noir [79] .
Quand le roman parut enfin en Union soviétique
en 1966, bien après la mort de Staline, ces deux
passages furent censurés, peut-être
pour ce qu’ils disaient d’une humanité
soviétique au-delà des aléas du
stalinisme,
humanité rendue grotesque à la fois par la peur
inspirée par des maîtres
obsédés par
l’idée de faire surgir un trésor
caché, dissimulé dans des appartements de
province,
et par son propre et indéfectible attrait pour tout ce qui
venait de l’étranger, au
caractère diaboliquement désirable. Les
Soviétiques des
années 1930 dépeints par
M. Boulgakov ne sont pas ignorants de la culture occidentale, bien au
contraire,
mais éternellement animés de désirs
matériels que le régime, finissant toujours
par les désigner comme des péchés,
transforment immanquablement en tourments.
L’examen
d’inventaires de biens que les Soviétiques des
territoires occupés,
qu’ils fussent restés sur place ou partis en
évacuation [80] , furent
invités à fournir à
partir de la fin 1943 pour permettre
d’évaluer les pertes causées aux
particuliers
par l’ennemi, confirme qu’à la veille de
la guerre, après vingt années de
régime
soviétique, l’univers matériel de
certains d’entre eux portait bien la marque de ces
goûts philistins décrits par M. Boulgakov et
qu’ils n’avaient pas attendu la manne
de l’étranger née de la guerre pour
s’inscrire dans un espace culturel occidental.
Le plus surprenant sans doute tient au fait qu’ils en aient
offert une description
détaillée. Par un apparent paradoxe, la
destruction et le vol par l’ennemi des biens
de millions de foyers soviétiques accentua la
réhabilitation de l’aisance matérielle
et, partant, de la propriété des individus,
amorcée au cours des
années 1930 par
Staline. Le gouvernement soviétique, dans le cadre
d’une enquête de grande
ampleur sur les crimes commis par l’occupant nazi, ainsi que
sur les pertes matérielles dont il était
responsable, invita les habitants des régions
occupées à déclarer
l’ensemble de leurs possessions en bien propre qui avaient
été volées ou
détruites [81] . Le discours
normatif sur les objets qui prévalait avant-guerre se trouva
suffisamment affaibli dans ce nouveau contexte pour que certains
sinistrés révèlent,
face à l’extrême pauvreté de
l’immense majorité de leurs concitoyens, la
possession
de biens (mobilier, garde-robe, instruments de musique...) dont
l’exposition dévoilait des goûts peu
conformes à l’éthique officielle, aussi
fluctuante eût-elle été au
cours de l’entre-deux-guerres.
Pour l’essentiel,
ces listes
de biens frappent, sans grande surprise, par leur
sobriété. Il faut ici distinguer
d’emblée les inventaires ruraux des inventaires
citadins. Dans le premier cas, bien souvent, l’essentiel, en
valeur, tient aux bâtiments
détenus en propriété personnelle, soit
la maison, parfois des annexes comme une
grange ou un hangar, du bétail, en premier lieu la
possession d’une vache en bien
propre, ainsi que des réserves alimentaires. En revanche,
rien, ou presque rien, en
matière de meubles, de vaisselle ou de vêtements,
les déclarations mentionnant
plutôt un coffre et du tissu au mètre. Cette
absence de déclaration concernant des
biens de consommation courante peut s’expliquer de diverses
manières, mais il
faut sans doute, dans la plupart des cas, la lire comme
telle : l’extrême pauvreté
matérielle des ruraux soviétiques est
à la fois suggérée par plusieurs
témoignages,
sans avoir vraiment fait l’objet d’une
étude systématique, et renvoie à des
comportements en contexte de guerre dont la signification exacte est au
cœur d’importantes
discussions historiographiques. Le caractère
extrêmement basique des intérieurs
ruraux est, par exemple, rapporté par la dissidente L.
Bogoraz qui se souvient
comment, jeune moscovite pourtant très pauvre, partie
enseigner dans la région
de Kalouga au début des années 1950,
elle pardonne régulièrement à sa jeune
nounou le vol de cuillères et de tasses puisque, pour cette
dernière comme pour
les autres villageois, une cuillère en aluminium ou un verre
constituaient un luxe
parfaitement étranger [82] .
Ce témoignage porte sur le stalinisme
d’après-guerre, il
pourrait a fortiori s’appliquer
aux décennies antérieures. À la fin
des années 1920,
évoquant de manière humoristique la manie
soviétique de recenser le moindre
objet de consommation, mais soulignant que le nombre de chaises
manquait tout de
même à ce savoir statistique, les satiristes Ilia
Ilf et Ievgueni Petrov reconstituent
grossièrement ce chiffre en le rapportant à la
population globale de l’Union soviétique tout en
en soustrayant sa majorité, la paysannerie, exprimant par
là une vérité
sans doute bien connue de l’époque, le gouffre
matériel et culturel qui séparait
cette dernière de la civilisation citadine
[83] .
Évoquée ici de façon comique, la
coexistence de
ces mondes aura, une dizaine d’années plus tard,
un effet
dramatique,
la misère des ruraux s’illustrant dans la soif
d’objets des années de guerre. En
particulier, la participation plus ou moins active de la population
locale au massacre
des juifs sous l’occupation renverrait au désir de
faire
main basse sur les biens de
ces derniers, des vêtements au mobilier.
Des citadins
participèrent
également au partage des maigres biens des juifs,
au point de devenir un trope littéraire que l’on
rencontre dans la lettre rédigée par
la mère de Victor Strum, personnage central de Vie et destin,
à son fils, lorsqu’elle
lui raconte, peu avant d’être
assassinée, le comportement de ses voisins de
Berditchev qui, aux premiers jours de l’occupation, la
chassent de la chambre
qu’elle occupe, s’emparent de son divan tout en lui
prédisant une fin proche [84] .
De fait, alors que la mère de Strum, médecin,
possède cet élément de relatif
confort, beaucoup de citadins ne déclarent qu’une
table et quelques chaises, un
ou plusieurs lits, éventuellement une armoire. Anna
Fedorovna Tchoudova, une
évacuée employée dans une fabrique de
sucreries à Kouïbychev (actuelle ville de
Samara), et qui travaillait avant-guerre comme plongeuse à
l’hôpital de Moguilev
pour le modeste salaire de 100 roubles mensuels
[85] , déclare ainsi la perte
d’une
armoire, d’un « lit
anglais », de cinq chaises et d’une table.
Sa garde-robe se composait d’un manteau, de trois robes,
d’une paire d’escarpins et de petit linge
qu’elle
ne se donne pas la peine de détailler. Parmi ces biens, le
manteau est de loin le
plus précieux, puisqu’il est
évalué
à 15 000 roubles, quand
l’armoire n’en vaut
pas plus de 1000. La possession d’un
vélo, estimé au même prix que le
manteau,
représente donc un luxe qu’a pu s’offrir
cette célibataire [86] .
Pourtant, au fur et
à mesure
que s’élève la valeur des patrimoines
perdus, la
description se fait plus précise pour désigner
les matières des objets, de même
que s’élargit considérablement la gamme
de meubles, d’objets domestiques, de
vêtements, de linge, mais aussi de biens liés
à une pratique culturelle. On pourrait
alors y voir le reflet de cette kul’turnost’
devenue, au cours des années 1930, un
mot d’ordre du discours stalinien en matière de
style de vie. Ce terme, intraduisible
en français, désigne ce qui relève de
la Kultur allemande,
c’est-à-dire un ensemble
de savoirs, mais aussi de savoir-vivre, dont l’acquisition
est nécessaire pour sortir de
l’état d’arriération le plus
généralement associé au monde paysan.
La kul’turnost’
se traduisait en matière vestimentaire par la
réhabilitation de manières bourgeoises,
de même qu’elle prônait des
intérieurs proches des goûts de la middle class européenne
du XIXe siècle
[87] . Dans ses représentations visuelles
à l’intention du grand
public comme pour les très sérieux statisticiens
qui enquêtaient sur les budgets
des ménages soviétiques, l’accession
à un mode de vie conforme à la kul’turnost’
se mesurait à la présence
d’objets qui dénotaient à la fois
l’esprit moderne et
l’appétence culturelle de leurs
propriétaires : un vélo, un appareil
photo, un poste
radio ou encore un gramophone.
D’autres objets,
plus
classiques, furent également réintroduits de
manière
positive dans l’horizon matériel des
Soviétiques, comme le piano, bien que dans
le cas des objets de facture ancienne se posa la question de leur
provenance, en
raison du caractère problématique de
l’héritage, dans une société
stalinienne où
l’origine bourgeoise restait une tare et la promotion sociale
extrêmement rapide à
la fois une réalité massive parmi les nouvelles
élites et une valeur essentielle du
régime. Si, pour revenir aux inventaires, l’on
s’en tient à ces marqueurs
désignés
du niveau de kul’turnost’,
on rentre alors, paradoxalement, dans des univers sociaux
qui sont absents de la description officielle de la
société soviétique. Bien loin des
stakhanovistes de l’usine, destinataires en principe de ce
type de production, on
devine des milieux professionnels caractérisés
par une forte spécialisation, mais
aussi, de manière encore plus hypothétique du
fait de nos sources, des héritages
familiaux, tant en matière de pratiques que de transmission
matérielle [88] .
À
défaut de
pouvoir reconstituer les caractéristiques sociales
précises de leurs
propriétaires, les inventaires permettent autre
chose : la mise en contexte de ces
« objets culturels » avec
d’autres éléments de la vie
matérielle de ces derniers,
esquissant la reconstitution d’univers réels,
distincts des représentations de propagande dont les
historiens ont dû se contenter jusque-là,
même si la question du
filtre idéologique ne saurait être
évacuée puisqu’il a dû
influencer le contenu de
la déclaration. Mais, précisément, le
cadre normatif opérant sur ces sinistrés
n’a
rien d’univoque, sans que l’on puisse affirmer
s’il s’agit là du reflet de la
sincérité
des déclarants ou de l’imbrication des
modèles normatifs dont la kul’turnost’
stalinienne ne serait qu’un
élément.
Pour commencer, si les
propriétaires d’objets culturels sont
très certainement
des membres des professions intellectuelles, par opposition aux
travailleurs
manuels, la frontière entre modes de vie citadin et rural
paraît parfois incertaine.
C’est là le reflet d’un monde provincial
autorisant ses habitants, y compris de
milieux forts divers, à contourner les rigueurs de
l’économie soviétique, grâce
à
l’entretien d’un peu de bétail,
d’un potager ou d’un verger. Un certain Iakov
Pavlovitch Kozlov, habitant à Kalinine (actuelle ville de
Tver) avant son évacuation
pour la région de Kouïbychev, prend soin
d’établir le dommage important qu’il a
subi en ne pouvant vendre, du fait de l’occupation, le
produit de sa cerisaie, de
son potager et de ses ruches, sans doute attenants à la
maison qu’il possède en
propre, peut-être à la
périphérie de la ville. Parmi la liste
impressionnante de biens
perdus, ce « jardinier »
possédait un piano de marque
« Vol’fram Grosman » et
une bibliothèque de 300 volumes, dont une
encyclopédie, des classiques et des
ouvrages consacrés à la langue russe et aux
mathématiques. Le fait que son inventaire soit
attesté par un enseignant d’une école
secondaire de la même ville laisse
à penser que le
« jardinier » était
avant tout un professeur, attentif à son mobilier
(meubles en noyer et acajou, miroir), à sa table (samovar,
couverts en argent, service
à thé de vingt-quatre pièces,
vaisselle de porcelaine...) et à sa garde-robe (manteau
en drap au col en astrakan, un autre en laine au col de fourrure,
tandis que son
épouse déplore la perte, entre autres, de deux
robes en crêpe de chine, peut-être
cousues à domicile sur leur machine
« Zinger ») [89] .
On ne connaît pas
en revanche
la profession d’Iefim Savelievitch Savine,
si ce n’est que le lieu d’où il est
évacué est un nouveau bourg industriel de la
région de Leningrad, Slantsevyé roudniki,
où lui aussi partageait, avec les autres
membres de sa famille, son temps libre entre l’entretien du
bétail (une vache, un
cochon, deux moutons, deux chèvres, quinze poules, sept
essaims d’abeilles) et
l’usage de biens caractéristiques de la
modernité citadine comme un vélo, deux
machines à coudre, un gramophone et quelques disques, tandis
que la maison qu’il
possède en propre contient une horloge et deux miroirs
[90] .
Cependant, la recherche
d’objets « culturels »
parmi les inventaires de ces
citoyens soviétiques, qu’ils renvoient
à une culture prérévolutionnaire comme
le
piano ou d’autres instruments de musique ou à des
pratiques davantage pionnières
pour l’entre-deux-guerres comme la possession d’un
appareil photo, d’un récepteur
radio ou d’un gramophone, fait surtout découvrir
les intérieurs cossus de ce qu’on
pourrait appeler les « bourgeois du
socialisme ». Ils se distinguent des hauts
fonctionnaires du régime, qui vivaient dans un confort dont
on sait qu’il était tout entier
pourvu par l’État (et par là facilement
réversible au gré des purges et des
disgrâces)
et qu’il correspondait à une éthique
austère, d’autant que leurs
bénéficiaires se
devaient de consacrer toutes leurs forces à la construction
du socialisme et n’avaient
donc, en principe, guère de loisirs. Eux sont au contraire
les représentants de
professions dont les rémunérations
élevées donnaient accès à
un univers matériel
qui se distinguait par la diversité de style,
l’introduction de matières nobles et, au
total, un raffinement que leurs inventaires permettent seulement de
deviner. Leurs
biens dessinent les contours complexes de l’univers social
des specy,
ces spécialistes
hautement qualifiés, tour à tour
vilipendés par le
régime pour être un
« repère
de byvšie »
(ci-devant), de survivants des élites
prérévolutionnaires, avant
d’être
récupérés par le régime
grâce
à l’inclusion de recrues formées dans
les nouvelles
institutions soviétiques, mais toujours à la
merci
d’un revirement idéologique.
L’inventaire
détaillé que produit Evdokia Samoïlovna
Iantovskaïa, habitant
avant-guerre la ville de Dniepropetrovsk, est un bon exemple de cette
exposition
sans fard de son (ancienne) fortune. La dame avoue avoir
perçu à la veille de la
guerre un confortable revenu mensuel
de 2 000 roubles grâce
à son salaire de
professeur d’allemand dans un institut de langues
étrangères, qu’elle
complétait
avec quelques heures d’enseignement dans d’autres
instituts de la ville. Son mari,
alors chef d’atelier dans le combinat Koksokhim, devait
également bien gagner sa
vie même si elle ne précise pas sa
rémunération exacte. Sa mère,
enseignante en
broderie, contribuait également à la vie du
ménage. Ce foyer industrieux avait
ainsi les moyens, selon ses termes, « de vivre bien
et de façon civilisée » (elle
utilise
donc le terme en vogue de kul’turno,
même si la longue énumération de ses
biens
« pillés par les
Allemands » s’écarte ensuite en
bien des points de la norme stalinienne). La musique semble y jouer un
rôle de premier plan : un luxueux piano
fabriqué à Dresde ne devait pas seulement assurer
une fonction décorative, puisqu’une
étagère en bambou, en provenance du Japon,
contient des partitions d’opéras (Carmen,
Faust, Eugène Onéguine, Roussalka),
des valses et mazurkas de Frédéric Chopin,
des rapsodies de Franz Liszt, des sonates de Ludwig van Beethoven,
ainsi que
des albums de chansons de compositeurs contemporains, de romances
tsiganes et
autres répertoires. Le gramophone, de facture anglaise,
n’est encore accompagné
que de huit disques, mais certains viennent de
l’étranger. La famille lit : sa
bibliothèque aurait comporté les œuvres
complètes d’Alexandre Pouchkine [92] ,
Mikhaïl
Lermontov, Nikolaï Gogol, Nikolaï Nekrassov,
Fédor Dostoïevski, Alexandre
Kouprine, Léon Tolstoï, Heinrich Heine, Johann
Goethe, Friedrich von Schiller,
Guy de Maupassant [93] , ainsi que des
manuels et de la littérature technique. Pas
de tableaux de maître mais la reproduction d’un
célèbre tableau d’Ivan Chichkine,
confirmant des goûts peu aventureux [94] .
Les pièces du mobilier, aussi nombreuses
que volumineuses, laissent à penser que le logement est
relativement vaste : une
armoire à vêtements en noyer, avec miroirs et
ciselures, une autre en chêne, deux
bibliothèques, un luxueux divan en chêne recouvert
de cuir, et le dossier d’un
miroir, un autre divan en tissu peluché. La table du salon
est en acajou ciselé, la
table en chêne de la salle à manger est
accompagnée de douze chaises recouvertes
de simili cuir, douze autres mêlent le chêne et
l’ébène.
En mentionnant cet ensemble
de douze
chaises, Evdokia Samoïlovna, bien
involontairement, semble faire un clin d’œil au
célèbre roman satirique d’I. Ilf et
I. Petrov paru en 1929 [95] et,
par là, faire référence au mobilier de
Gambs (Gambsova
mebel’). De fait, production d’une firme
célèbre de la Russie du XIXe
siècle qui
travailla pour la Couronne comme pour les familles
fortunées, ce
mobilier en vint,
de façon générique, et
malgré la
diversité de ses lignes, à désigner
tout mobilier
proche du style Biedermeier (le fondateur de la firme était
d’ailleurs d’origine
allemande) et, de même que ce dernier, à incarner
une
élite éprise de confort
bourgeois et de robustesse davantage que d’audace
stylistique. La
douzaine de
chaises, qui forme ici un ensemble, alors que, dans le roman, elles ont
été dispersées
après la révolution, permet donc de
préciser
l’impression, vague, d’avoir affaire à
l’intérieur de représentants de la
haute
société d’un autre siècle,
tout en le
réinscrivant dans un contexte russe [96] .
Un service de table et un service à thé de
porcelaine
pour vingt-quatre personnes – là
encore, ce
détail anodin a en réalité son
importance [97] – permettent
d’envisager de nombreux convives, mangeant dans des
assiettes en cristal avec des couverts en argent. Pas moins de sept
tapis, dont l’un
est français mais les plus luxueux sont décrits
comme ukrainien et grec, couvrent
les murs ou les sols. Une horloge française constitue encore
un autre élément de
ce mobilier qui, de toute évidence, n’est pas
entièrement de facture soviétique et
provient sans doute en partie de l’époque
prérévolutionnaire, au point de
révéler
une sociabilité peu orthodoxe, ainsi d’une petite
table à jouer en noyer ciselé,
recouverte d’un tissu vert [98] .
Les inventaires au mobilier
abondant
suggèrent des logements dont la taille,
elle non plus, n’a rien à voir avec les conditions
de vie particulièrement précaires
de la plupart des Soviétiques, y compris bien
rémunérés. Cependant, il est quasiment
impossible de connaître leur organisation spatiale exacte. La
déclaration de
Samouïl Moïseievitch Ekmektchi fait exception.
Avocat, consultant en questions
juridiques, il occupe avant-guerre, avec sa femme, directrice du bureau
des affaires
sociales et juridiques du service de protection maternelle et
infantile, et leurs deux
enfants, un appartement dans la ville de Mykolaïv, comprenant
un salon qui fait
également office de bureau, une chambre à
coucher, une chambre d’enfants, une
salle de bains et une cuisine. Ce couple de juristes a une conception
plus moderne
des pratiques culturelles que dans le cas
précédent : outre un piano Milbach et
une bibliothèque en chêne
contenant 500 ouvrages composés
d’œuvres littéraires
et de traités juridiques, le salon contient pas moins de
deux récepteurs radio de
facture soviétique (Pioner et SI 235), un
gramophone et quatre-vingt disques, le
bureau est équipé d’une machine
à écrire Undervud et l’appartement est
relié au
monde par un téléphone. Le couple
possède également un appareil photo FED,
qui lui permet de photographier ses enfants dans des poses et des
décors moins
artificiels que ceux des portraits tirés dans les studios de
professionnels, qui constituent encore l’unique source,
d’ailleurs très prisée, des albums de
famille soviétiques. Une paire de jumelles
suggère des sorties dans les salles de spectacle de
la ville. Pour le reste, on retrouve le même
intérieur soigné et pesant : un ensemble
composé d’un divan, de deux fauteuils, de six
semi-fauteuils recouverts de tapisserie et d’une table ronde
assortie en acajou, un lustre en bronze, une lampe en
bronze sur son socle de malachite, recouverte d’un abat-jour
de soie, un tapis persan.
Aux murs, cinq tableaux et une tapisserie. Les portes sont recouvertes
de tissu
peluché, les rideaux sont en tulle, les vases en cristal. Un
petit meuble, fait d’acajou
et d’incrustations en bronze et en cristal, est
désigné comme
« pièce de
musée »,
attestant sans doute de sa provenance d’un magasin
d’antiquités. La salle à manger
doit être également de bonne taille
puisqu’elle contient, outre une table et les
fameuses douze chaises en chêne recouvertes de cuir, un
buffet en chêne avec des
incrustations en cristal, un divan au dossier recouvert de cuir, une
horloge ancienne
à sonnerie musicale. Au plafond, à nouveau un
lustre en bronze, aux murs sept
assiettes en porcelaine manufacturées. Le samovar est
orné de cristal, le service à
thé est en porcelaine, les rideaux toujours en tulle.
L’ameublement de la chambre
à coucher est à mille lieux des pratiques de la
plupart des Soviétiques, qui n’ont
tout simplement pas de pièce spécifique
à cet usage, transformant dans le meilleur
des cas un divan en couchage. Ici, le lit est entouré
d’une toilette, d’une armoire à
glace en bouleau de Carélie, d’un divan, de deux
fauteuils et de quatre poufs assortis
en velours. Un autre divan est recouvert d’un tapis de
Turkménie. Au plafond, le
troisième lustre de l’appartement, aux murs, deux
nouveaux tableaux. La chambre
des enfants est évidemment une autre rareté,
même si rien n’indique que son mobilier soit
spécifiquement destiné à ses occupants
[99] . Le fait de disposer d’une sallede
bains équipée d’une douche et
d’une baignoire
émaillée achève l’impression
de
luxe, qui se reflète bien évidemment dans
l’habillement. Les vêtements de la famille
doivent être d’autant plus
élégants
qu’ils sont confectionnés sur mesure, comme le
rappelle la présence de plusieurs mètres de
cheviotte,
drap boston, et bien sûr de
soie, outre une superbe pelisse, un kimono et un pyjama pour homme en
soie [100] .
L’intérieur
des
Ekmektchi, ainsi exposé dans ses détails les plus
intimes, fait
donc songer à un décor de vaudeville bourgeois
occidental plus qu’à un intérieur
soviétique, y compris d’élite. Le fait
que Samouïl Moïseievitch ait cru bon, comme
d’autres, d’en révéler
l’existence aux autorités du pays peut surprendre,
car on
peut imaginer qu’une certaine discrétion
était de règle dans les
années 1930 pour
ces milieux. Le fonctionnement soviétique, avec ses
réseaux commerciaux stratifiés, permettait un tel
style de vie, et c’est un premier enseignement de ces
inventaires, mais il n’était pas question pour
autant d’en faire l’apologie, puisque tout
y avait été obtenu contre de fortes sommes, des
relations permettant de profiter
d’aubaines, ou encore l’héritage
transmis par la bourgeoisie prérévolutionnaire.
Ce
nouveau sentiment d’impunité s’explique
par le fait que la guerre a rendu légitime
l’exposition de ses richesses puisqu’elles ont
été pillées par l’ennemi et
qu’elles
ne font donc qu’alourdir la culpabilité, et
l’ardoise, de ce dernier. Dans les exemples
qui précèdent, cette légitimation
semble suffisante et aucun effort particulier n’est
fait pour signaler, dans la description de ses biens perdus, une
quelconque adhésion
au régime.
D’autres, en
revanche, ont
à cœur de donner des preuves de leur
allégeance,
qu’elles soient réelles ou imaginaires. Petr
Stepanovitch Davidenko, évacué de
Soumi et qui travaille dans une usine de Tchirtchik, semble avoir eu
avant-guerre
un train de vie bien supérieur à celui
d’un ouvrier : superbes paires de bottes,
manteau en cuir, coûteux costume en cheviotte, cache-nez de
soie, montre à
gousset Omega. Il affiche un profil sportif, grâce notamment
à la possession d’un
vélo Oukraïna et un goût pour la
technique moderne, déclarant avoir
possédé à la
fois un gramofon et
un patefon avec
les disques afférents. Ceci ne l’empêche
pas
de se livrer à des lectures austères,
puisqu’il déclare la possession d’une
centaine de
livres, dont pas moins d’un quart aurait
été des œuvres de Lénine
[101] . Les lectures
de Salomon Mikhaïlovitch Mochkovitch,
évacué originaire de Rostov-sur-le-Don,
n’auraient pas été moins
édifiantes puisque s’y mêlent les
classiques russes du
XIXe
siècle et les ouvrages des deux maîtres
à penser du
pays depuis la révolution :
il déclare ainsi la perte de deux volumes de Lermontov,
douze
tomes de Pouchkine,
ainsi que les œuvres complètes de
Lénine et Staline
(ces trois derniers lots étant
évalués au même prix). Plus sobre que
dans
l’exemple précédent,
l’intérieur de
cet homme, employé par Rostselmach, fleuron de
l’industrie
soviétique évacué à
Tachkent, est celui d’un col blanc où le portrait
encadré de Lénine aurait
côtoyé
celui de Staline. Un ingénieur de Voronej, qui
n’omet pas,
pourtant, de mentionner
les robes et combinaisons en soie de son épouse, quelques
bijoux
en or, une montre
à gousset en argent, des vases en cristal, un grand service
à thé, affiche également
une grande attention au discours idéologique : sans
compter les diverses revues
dont il fait collection, sur les 368 livres de sa
bibliothèque, les ouvrages politiques
auraient tenu la plus grande place (143), suivis de près par
des ouvrages relevant
de sa profession, la littérature (il mentionne Maxime Gorki
et Tolstoï) venant
loin derrière, ainsi que quelques précis
médicaux [102] . Il suit en cela
les préceptes
staliniens qui autorisent le milieu des ingénieurs et
techniciens à se distinguer de
leurs ouvriers par un style de vie hérité de la
bourgeoisie, mais leur enjoignent
de consacrer l’essentiel de leur temps libre à des
lectures qui en font des bons
guides, aussi bien sur le plan technique
qu’idéologique, pour les travailleurs
qu’ils
ont sous leurs ordres.
De façon
générale, les inventaires ne sont
guère prolixes sur les goûts
littéraires, artistiques, musicaux de leurs anciens
propriétaires. Seules percent de temps
à autre des références à
une peinture russe du XIXe
siècle par ailleurs parfaitement
assimilée par la culture officielle, et il en est de
même
en littérature. Maria Markovna
Guerman, évacuée de Moscou à Syzran
dès
l’été 1941, appartient donc
sans doute
à
une des administrations gouvernementales préventivement
envoyées à Kouïbychev
et sa région. Elle affirme avoir laissé
derrière
elle trois reproductions des peintres
Ivan Aïvazovski et Arkhip Kouindji, ainsi que les
œuvres
complètes de Pouchkine
et de Tolstoï [103] . À
l’inverse, on ne sait ce que signifie l’absence, la
plupart du
temps, de précisions sur les auteurs des tableaux
déplorés. Ce
« détail » est-il
vraiment jugé sans importance ? S’agit-il
d’une production obscure ? Ou bien, au
contraire, les plaignants craignent-ils de dévoiler des
goûts incertains ? Minorent-ils, pour le coup, la
valeur de ces tableaux [104] ? Car,
malgré le luxe affiché, le
sentiment de contrainte a cependant bien dû être
intériorisé, comme le montre
l’absence de toute référence
à des objets religieux dans les inventaires, que ce soit
une icône ou tout autre objet rituel [105] .
Une autre
question qu’apporte l’examen de ces inventaires
sous
l’angle des
« objets culturels » est celle de
la place, parmi
eux, des objets de facture étrangère,
dont on a déjà vu plusieurs exemples, aussi bien
en ce
qui concerne les pianos
que des objets plus contemporains. L’inventaire
établi par
Zinovi Efimovitch et
Tatiana Lvovna Feiman, un couple originaire d’Odessa, qui se
retrouve évacués à
Tachkent, illustre l’intrusion de ces objets techniques
étrangers de facture récente
dans un ancien foyer soviétique : un
vélo de course
de marque Steer estimé à un
prix incomparablement plus élevé que les autres
exemples
rencontrés, une machine
à écrire Undervud, une autre de chez Remingt, un
électrophone dont la marque
n’est pas indiquée mais dont la
dénomination
suggère un appareil distinct de la
production soviétique, accompagné d’une
cinquantaine de disques, du matériel
professionnel étranger : peut-être
l’arithmomètre (calculateur mécanique),
une
armoire pleine d’instruments de mesure. L’appareil
radio
T/b/I et son équipement
sont en revanche soviétiques. Pour autant,
l’univers
culturel est celui propre à la
bourgeoisie cultivée russe depuis le début du
siècle : la bibliothèque
de 300 volumes
comprend la célèbre encyclopédie
Brockhaus et
Efron, traduite de l’allemand et
parue dans l’empire
entre 1890 et 1906, ainsi que
d’autres éditées par
l’Académie
des sciences soviétique et des classiques russes. On ne sait
pas
de qui sont les cinq
tableaux et aquarelles, ni les partitions qui accompagnent un violon
« de grande
qualité ». Le couple dispose
d’une datcha dont
le mobilier est également déclaré
dans l’inventaire. D’autres
éléments
confirment le souci de distinction du foyer :
un costume de prix est dit
« anglais », une
bibliothèque vitrée
« américaine », sans
que l’on sache si ces adjectifs désignent un style
plutôt qu’une provenance. Une
armoire en bois du Japon, une petite table ancienne signalée
comme une véritable
pièce de musée, une armoire à
pharmacie en bois
d’ébène ciselée et
incrustée
d’ivoire, ou encore une armoire à glace en
chêne
fabriquée sur commande sont
autant d’indices de la préoccupation du couple
d’éviter un univers soviétique
standardisé [106] .
Ces inventaires produits dans
la guerre
dévoilent ainsi un monde perdu où
se mêlent le passé
prérévolutionnaire et l’assimilation de
pratiques modernes, y
compris à l’aide d’objets
étrangers, un goût affiché pour le XIXe siècle, de
préférence
russe, parfois assorti de références non pas
révolutionnaires mais tutélaires, dont
une partie seulement venait d’être
réinscrite au patrimoine officiel, des goûts qui
ne se laissent donc réduire ni aux prescriptions officielles
ni à l’appartenance
sociale. Ils soulèvent également une multitude de
questions que notre source laisse
malheureusement sans réponse. D’où
provenaient ces objets, comment, par quels
moyens, à quelle époque, ces
propriétaires sinistrés en avaient-ils fait
l’acquisition ?
Et comment avaient-ils pu considérer que la liste de ces
possessions ne leur causerait
pas plus d’ennui que de
bénéfices ? En rédigeant
soigneusement leurs inventaires,
ils n’avaient pas pu ne pas songer aux listes des biens
saisis chez les ci-devant aux
lendemains de la révolution et si admirablement mis en
scène par I. Ilf et I. Petrov
dans Les douze chaises,
qui avait d’emblée connu une extraordinaire
popularité à la
fin des années 1920 [107] .
Les inventaires de la Commission d’enquête
soviétique
font sans conteste écho aux fichiers imaginés par
les deux satiristes, eux-mêmes
reflet de registres bien réels [108] ,
consignant à la fois les biens saisis et les institutions
à qui ils furent alors attribués, parfois aussi
les rares particuliers qui en reçurent
des bribes, la révolution ne permettant pas officiellement
la reconstitution pure et
simple du patrimoine des anciennes élites chez ses nouveaux
protégés, aussi méritants fussent-ils.
À lire les
inventaires de la
Commission, on ne sait si leurs propriétaires firent
partie avant-guerre de la catégorie des ci-devant qui
auraient échappé à la justice
redistributive des premiers temps du bolchevisme ou de ses heureux
bénéficiaires,
ou, peut-être, des deux à la fois. Le circuit de
ces biens saisis pouvait en effet être
très complexe, passant de mains en mains au gré
des attributions décrétées, des
échanges informels, des ventes humiliantes sur un
marché aux puces [109] ou
par
l’intermédiaire d’un
« revendeur » défiant
la loi [110] ,
d’une salle des ventes comme
celle du Passage Petrovka, ancien haut lieu de
l’élégance moscovite. C’est
dans
cette dernière qu’I. Ilf et I. Petrov situent la
mise aux
enchères du fameux lot de
chaises par une instance bureaucratique, la Direction des affaires
scientifiques, qui
souhaite ainsi débarrasser les caves du musée du
Mobilier
de Moscou auquel elles
avaient été attribuées
après la
révolution. Vendues séparément, elles
font
l’aubaine
d’acheteurs aussi divers qu’une femme
d’ingénieur vulgaire désireuse de
rehausser
son intérieur ou qu’un satiriste sans le sou
[111] , mais aussi d’une compagnie de
théâtre,
conservant en ce cas le vague statut de propriété
publique décrété à la
révolution [112] ,
et surtout celui d’un syndicat des cheminots qui,
acquérant sans le savoir la chaise
capitonnée de diamants, convertira la richesse de
l’ancienne noblesse en un club
muni des équipements culturels dernier cri
destiné au peuple, donnant ainsi la
morale de l’histoire, que nul citoyen
éduqué soviétique des
années 1930 ne devait
ignorer [113] . Les injonctions
staliniennes en matière de goût avaient un peu
modifié
la donne et il convient de lire ces inventaires, d’un luxe
sans doute exagéré suivant la logique attendue
d’une demande de compensations, comme le reflet
d’une
tolérance nouvelle à l’égard
de fortunes réelles, née de la
relégitimation du confort
matériel hérité de la
période prérévolutionnaire ou
inspirée des sociétés bourgeoises au
cours des années 1930, et comme la
représentation à la fois précise et
variée des formes de richesse désormais
admissibles chez un bon Soviétique.
Cependant, la morale
stalinienne
n’avait pas
à ce point changé la donne, et
ces inventaires, dans leur écart à la norme, sont
également le reflet de stratégies
réelles de conservation et d’acquisition,
discrètement déployées dans les
espaces
privés d’avant-guerre et désormais
répertoriées du fait des circonstances de la
guerre, tout comme l’archiviste du service chargé
des
biens des ci-devant de
Stargorod, quintessence de la province russe imaginée par I.
Ilf
et I. Petrov, pouvait
s’émerveiller de détenir dans ses
fichiers
« toute la ville », un
« véritable miroir
de la vie », c’est-à-dire tout
un monde non pas
disparu mais transsubstantié par la
révolution [114] .
De même, l’ambivalence des sentiments
suscités par
les inventaires
de la haute société de Stargorod, que ce soit
l’émotion aux souvenirs du passé
détruit, d’ailleurs feinte par un de
ses – faux – rejetons,
ou la jubilation
de l’archiviste
soviétique à la pensée d’un
ordre social mis
à terre, sans compter la convoitise de
la plupart des protagonistes, se rejoua sans doute dans les
années 1940 d’une
autre manière : douleur avouée
à
déclarer la perte d’objets déclinant
les multiples
facettes d’une vie d’avant-guerre
détruite,
fierté d’un patrimoine attestant de sa
culture et de ses mérites, mais peut-être aussi,
pour
certains, dépit tenu secret de
s’être fait définitivement confisquer
par la guerre ce qu’ils avaient réussi
à sauver
de la fureur révolutionnaire et des vicissitudes du
quotidien soviétique. Enfin,
pour ceux d’entre eux d’origine juive, le climat
d’antisémitisme qui se développait
aussi bien dans les régions
d’évacuation que dans leurs localités
d’origine put les
pousser à faire enregistrer par une autorité
soviétique la liste des possessions dont
ils pouvaient se douter qu’elle serait
particulièrement difficile à faire valoir une
fois rentrés dans un hypothétique domicile.
Écrivant quarante
ans
après la guerre, J. Brodsky cherchait à restituer
les impressions nées de ses premières
confrontations avec les objets étrangers, mais il se
faisait aussi l’écho d’une
mémoire privée partagée par de
nombreux Soviétiques,
construite au fil du temps, pour laquelle
s’étaient estompées les circonstances
exactes, et distinctes, par lesquelles ces objets étaient
entrés dans leur univers,
s’ils l’avaient jamais su.
L’évocation touchante du petit
garçon – d’ailleurs
d’origine
juive – découvrant
l’odeur du corned
beef dans
la ville martyre de Leningrad tout
juste sortie du blocus masque les rescapés de la Shoah qui
ne
purent recevoir toute
l’aide collectée par la bienfaisance
américaine. La
flamme affichée par le poète
pour Zarah Leander, star de l’industrie
cinématographique
nazie, qu’il découvre
lors de la projection de films trophées sur les
écrans
soviétiques des années 1940,
ne dit rien du sort des femmes allemandes à
l’arrivée des conquérants de
l’Armée
rouge. Quant aux disques de Shanghai ouvrant à la famille de
J.
Brodsky des opéras
célèbres, du fox-trot ou du tango, on peut se
demander
dans quelle mesure leur
répertoire n’était pas très
semblable
à celui que les évacués
d’Odessa ou
d’autres
villes soviétiques avaient écouté
avant-guerre sur
leurs propres gramophones.
De fait, il est frappant de
voir combien
les listes
d’objets, celles des inventaires
rédigés par les
sinistrés soviétiques comme celles des objets
venus de
l’étranger, des plus humbles aux plus
précieux, se
répondent, preuve d’un espace culturel
commun, la différence étant évidemment
dans
l’abondance et la qualité, même si
les sources ne le laissent qu’imparfaitement deviner. Tout
aussi
frappant, le fait
que cette plongée dans les objets de la guerre ait mis au
premier plan plusieurs
figures du judaïsme soviétique : les
rescapés
misérables de la Shoah, derrière lesquels se
profilent
plus de deux millions de victimes impitoyablement
dépouillées,
y compris des biens les plus humbles, par l’occupant et leurs
propres voisins avant
d’être assassinés, les
représentants
d’un milieu aisé qui eurent le
privilège non
dénué d’épreuves
d’être
évacués, une jeune
génération enfin qui ne
considère pas
sa judaïté comme centrale et recherche
frénétiquement les biens étrangers
moins
comme une vengeance que comme les vecteurs de son
épanouissement
personnel.
Leur prédominance peut s’expliquer de plusieurs
manières : un effet de sources
(nette surreprésentation parmi la population
éduquée recourant à
l’écrit,
meilleure
connaissance des logiques étrangères de
compensations)
mais peut-être aussi une
culture différente. Pour autant, ces figures sont aussi les
porte-voix d’expériences
traversées par l’ensemble de la
société
soviétique frappée par la guerre.
L’obsession autour
des objets,
entraînée par la guerre, et leur intense
circulation étaient problématiques pour la
direction stalinienne qui, d’un côté,
mit en
valeur le patrimoine des particuliers soviétiques, suscita
leur souhait de compensations et montra une grande complaisance
vis-à-vis de l’appropriation des biens
étrangers, et, d’un autre
côté, ne se défit jamais tout
à fait d’une morale rigoriste
dont les conséquences pouvaient s’abattre
à tout moment sur les Soviétiques. Les
mêmes objets de luxe pouvaient ainsi, selon le contexte,
devenir les marqueurs
du mérite et du talent d’un spécialiste
soviétique, la récompense de
l’élite de
l’armée, mais aussi le signe de la corruption, ce
qui dénotait une ambivalence
vis-à-vis de l’abondance et du confort qui
s’avéra consubstantielle au régime
jusqu’à sa chute.
Dans le contexte
soviétique,
la guerre des objets fait donc sensiblement jouer
les lignes de l’admissible dans le domaine de
l’appropriation personnelle, de l’accès
au confort, à la qualité des matières
ou à des choix d’ordre esthétique.
Pourtant, le
rigorisme consubstantiel au projet bolchevique fait que ces limites, si
elles peuvent
évoluer, ne peuvent être abolies. Marquant
durablement les esprits, cette civilisation matérielle
soviétique – ce qui pourrait
désigner tout à fois les objets
eux-mêmes, y compris ceux d’importation, et le
rapport entretenu par les particuliers
vis-à-vis d’eux à travers les
particularités de leur quête et de leur
consommation,
ainsi que la volonté de l’État
d’en contrôler la
distribution – apparaît
relativement
statique pendant plusieurs décennies pour
disparaître avec la fin du mmunisme
[115] .
Notes
Je remercie pour leur aide
décisive Juliette Cadiot, François-Xavier
Nérard, Gábor
Rittersporn, Brandon Schechter et Paul Schor.
- Sur
l’imprégnation de la société
soviétique post-stalinienne par la production occidentale,
voir Larissa ZAKHAROVA, S’habiller
à la soviétique. La mode et le Dégel
en URSS,
Paris, CNRS Éditions, 2011 ; Alexei YURCHAK, Everything Was Forever, Until It
Was No
More : The Last Soviet Generation,
Princeton/Oxford, Princeton University Press, 2006 ;
Sergei I. ZHUK, Rock and
Roll in the Rocket City : The West, Identity, and Ideology in
Soviet
Dniepropetrovsk, 1960-1985, Washington/Baltimore, Woodrow
Wilson Center Press/The
Johns Hopkins University Press, 2010.
- Sur les objets
venus de
l’étranger à la
« faveur » de la guerre, voir
Vera S. DUNHAM,
In Stalin’s
Time : Middleclass Values in Soviet Fiction,
Cambridge, Cambridge University
Press, 1976, qui, à travers la lecture des œuvres
de fiction publiées dans les années
1940, a démontré comment, au sortir de la guerre,
la direction stalinienne avait su créer
un véritable pacte avec une large couche de la
société soviétique en
réhabilitant la
quête d’un confort matériel
conçu comme la juste récompense de ses sacrifices
et de
ses efforts, mais aussi de son allégeance politique.
Pourtant, notre démarche est sensiblement
différente puisqu’ici les textes
littéraires, témoignages souvent
indépassables des
réalités d’une époque, mais
aussi de leur perception commune, doivent aussi être compris
comme des éléments constitutifs de
l’imaginaire des auteurs et des acteurs de
sources « primaires » qui ne
constituent pas en elles-mêmes un récit.
- Parmi une
abondante
littérature consacrée à la spoliation
de la propriété juive et
aux formes de restitution et de compensation, voir Martin DEAN, Robbing the Jews : The
Confiscation of Jewish Property in the Holocaust, 1933-1945,
Cambridge, Cambridge University Press, 2008 ; Constantin
GOSCHLER et Philipp THER (dir.), Raub
und Restitution.
« Arisierung » und
Rückerstattung des jüdischen Eigentums in Europa,
Francfort-sur-le-Main,
Fischer Taschenbuch Verlag, 2003 ; no
spécial « Spoliations en
Europe », Revue
d’histoire
de la Shoah, 186, 2007. Sur le cas des juifs en France,
parmi les nombreuses publications
qui ont suivi les travaux de la Commission Mattéoli (Antoine
PROST, Rémi SKOUTELSKY
et Sonia ÉTIENNE, Aryanisation
économique et restitutions, Paris, La
Documentation française, 2000), voir Tal BRUTTMANN, Aryanisation économique
et spoliations en Isère, 1940-
1944, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble,
2010 ; Laurent DOUZOU, Voler
les
juifs. Lyon, 1940-1944, Paris, Hachette
Littératures, 2002 ; Florent LE BOT, La fabrique
réactionnaire. Antisémitisme, spoliations et
corporatisme dans le cuir, 1930-1950, Paris, Presses
de Sciences Po, 2007. La question des compensations reçues
par les sinistrés est
nettement moins explorée. Pour des jalons, voir en
particulier Danièle VOLDMAN,
La reconstruction des villes
françaises
de 1940 à 1954. Histoire
d’une politique, Paris,
L’Harmattan, 1997.
- Jessica REINISCH,
« Internationalism in Relief : The Birth
(and Death) of UNRRA »,
in M. MAZOWER,
J. REINISCH et D. FELDMAN (éd.), no
spécial « Post-War Reconstruction in
Europe : International Perspectives,
1945-1949 », Past
and Present Special Supplement, 6, 2011,
p. 258-289 ; Laura HOBSON FAURE,
« Un ‘plan Marshall
juif’ : la présence
juive américaine en France après la Shoah,
1944-1954 », thèse, EHESS, Paris, 2009.
- Sophie
COEURÉ, La
mémoire
spoliée. Les archives des Français, butin de
guerre nazi puis
soviétique, de 1940 à nos jours,
Paris, Payot, 2007 ; Alexandre SUMPF et Vincent LANIOL (dir.),
Saisies, spoliations et
restitutions. Archives et bibliothèques au XXe siècle,
Rennes, PUR, 2012.
- Jean Marc DREYFUS
et Sarah
GENSBURGER, Des camps dans
Paris. Austerlitz, Lévitan,
Bassano, juillet 1943-août 1944,
Paris, Fayard, 2003 ; Annette WIEVIORKA, Le pillage des
appartements et son indemnisation, Paris, La Documentation
française, 2000.
Julie HESSLER, A
Social History of Soviet Trade : Trade Policy, Retail
Practices, and
Consumption, 1917-1953, Princeton/Oxford, Princeton
University Press, 2004 ; Lewis
H. SIEGELBAUM, Borders of
Socialism : Private Spheres of Soviet Russia, New
York, Palgrave
Macmillan, 2006 ; Marina BALINA et Evgeny DOBRENKO
(éd.), Petrified
Utopia : Happiness
Soviet Style, Londres, Anthem Press, 2009 ; David
CROWLEY et Susan E. REID (éd.),
Pleasures in
Socialism : Leisure and Luxury in the Eastern Bloc,
Evanston, Northwestern
University Press, 2010
- 60 %
en 1943 selon Edward C. Carter, Archives
d’État de la Fédération de
Russie
(Gosudarstvennyj Arhiv Rossijskoj federacii, ci-après GARF),
fonds (ci-après f.) 8581,
inventaire (ci-après op.) 2, dossier (ci-après
d.) 59, feuille (ci-après l.) 75.
- GARF, f. 5283,
op. 2a, d. 21, l. 81, 86, 95 et d. 44, l. 127v. Les
origines familiales
de Gruliev, en partie russe et juive, laissent supposer des
connaissances linguistiques
lui permettant de s’orienter a
minima dans les réalités
soviétiques et une sensibilité
particulière au sort des juifs sur le territoire
soviétique. En revanche, son attitude trop
pressante incommoda durablement les responsables soviétiques.
- GARF, f. 5283,
op. 2a, d. 21, l. 79-79v, 86 et 92-93. Les
évacués juifs font aussi
l’objet de demandes de Gruliev qui s’enquiert de
leur situation dans la région de Saratov
pour laquelle le Russian War Relief (RWR) prépare un
programme d’aide, ibid.,
l. 79-
79v (juil. 1944).
- Dans un projet
d’août 1945, Vladimir Kemenov,
président de la Société
pan-soviétique pour le rapprochement culturel entre
l’URSS et l’étranger (Vsesojuznoe
Obščestvo Kul’turnoj Sviazi s zagranicej, VOKS),
propose au Commissariat aux Affaires
étrangères de faire visiter à Carter,
outre les entrepôts locaux de RWR et les orphelinats
bénéficiaires de son aide, les lieux
emblématiques de la représentation officielle,
à
l’époque, du martyre de la ville
qu’étaient le plan de reconstruction de la ville
accompagné de l’architecte en chef,
l’exposition « Défense de
Leningrad » et les palais impériaux
dévastés des environs. Signe
supplémentaire de l’importance accordée
à l’hôte américain et du
rôle de cette visite officielle dans la mise en
scène soviétique du sort de
Leningrad, il prévoit également une rencontre
avec le premier secrétaire du parti, Petr
Popkov, qui a dirigé la ville pendant le siège,
GARF, f. 5283, op. 2a, d. 44, l. 126. Sur
la construction stalinienne de la mémoire officielle du
siège de Leningrad, voir Lisa
A. KIRSCHENBAUM, The Legacy
of the Siege of Leningrad, 1941-1995 : Myth, Memories, and
Monuments, New York, Cambridge University Press, 2006.
- Shimon REDLICH, Propaganda and Nationalism in
Wartime Russia : The Jewish Antifascist Committee in the USSR,
1941-1948, Boulder, East European Quarterly, 1982 ;
Karel
C. BERKHOFF, Motherland in
Danger : Soviet Propaganda During World War II,
Cambridge,
Harvard University Press, 2012.
Mordehaj ALTŠULER,
Ichak ARAD
et Šmuel KRAKOWSKI, Sovetskie
evrei pišut Il’e
Erenburgu 1943-1966, Jérusalem, Yad
Vashem, 1993, p. 140-142 et 222, lettre
du 22 juil.
1944. L’auteur de la lettre ne parle lui-même de la
spécificité du sort des juifs sous
l’Occupation qu’à demi-mot, à
travers les chiffres encore incertains des victimes : sur
les 200 000 juifs d’avant-guerre,
il estime à 200 le nombre de ceux qui,
comme lui, ont
pu rentrer. Sur la discrimination à
l’égard des survivants des ghettos
d’Odessa lors de
la distribution des dons américains, voir aussi la lettre de
Tat’jana Mironovna Šapiro,
juil. 1944, ibid.,
p. 143-144.
- Gennadij
Vasil’evič
KOSTYRČENKO, Gosudarstvennyj
antisemitizm v SSSR ot načala do
kul’minacii, 1938-1953, Moscou, Meždunarodnyj fond
« Demokratija »/Materik, 2005,
p. 52-57 (juin 1944) ;
Šimon REDLIH, Evrejskij
antifašistskij komitet v SSSR 1941-1948.
Dokumentirovannaja istorija, Moscou, Meždunarodnye
otnošenija, 1996, p. 123-125
(nov. 1944).
- Sur le
renouvellement,
à la faveur de l’ouverture des archives, de cette
question
ancienne et toujours en débat, voir Gennadij
Vasil’evič KOSTYRČENKO, Tajnaja
politika Stalina. Vlast’ i antisemitizm, Moscou,
Meždunaronye otnošenija, 2003, et David
BRANDENBERGER, « Stalin’s Last
Crime ? Recent Scholarship on Postwar Soviet Anti-Semitism and
the Doctors’ Plot », Kritika : Explorations in
Russian and Eurasian History,
6-1, 2005, p. 187-204.
- Gueorgi
Fedorovitch
Aleksandrov, le chef du secteur de la propagande au Comité
central, oct. 1945, Š. REDLIH, Evrejskij
antifašistskij komitet..., op. cit.,
p. 130. Il est l’auteur
d’une note sur le monde artistique soviétique
datée du 17 août 1942,
qui est considérée
comme l’une des premières manifestations
explicites d’un antisémitisme
d’État en
Union soviétique. Note
du 19 février 1947 de
Grigori Choumeiko, responsable du secteur politique
étrangère au Comité central,
à Andrei Jdanov, à propos d’une demande
formulée par des émigrés juifs
d’origine ukrainienne d’établir des
liens directs avec les
communautés juives d’Ukraine, ibid., p. 135.
Voir G. V. KOSTYRČENKO, Tajnaja
politika
Stalina..., op.
cit., et Laurent RUCKER, Staline,
Israël et les juifs, Paris, PUF, 2001.
- Š.
REDLIH, Evrejskij
antifašistskij komitet..., op. cit.,
p. 120. Sur le cas des Polonais,
voir Catherine GOUSSEFF, « ‘Kto naš, kto
ne naš’. Théorie et
pratiques de la citoyenneté
à l’égard des populations conquises. Le
cas des Polonais en URSS, 1939-1946 », Cahiers
du monde russe, 44-2/3, 2003, p. 519-558 ;
sur celui des Arméniens, voir Claire MOURADIAN,
« L’immigration des Arméniens
de la diaspora dans la RSS d’Arménie,
1946-1962 »,
Cahiers du monde russe,
20-1, 1979, p. 79-110.
- Sur les tentatives
du
Comité juif antifasciste de répondre aux attentes
de ses correspondants étrangers, voir notamment les listes
nominatives de juifs soviétiques rescapés
pour différentes localités, envoyées
par le Comité à l’étranger
en 1944, qui feront partie
des accusations dirigées contre lui après-guerre,
GARF, f. 8114, op. 1, d. 973.
- Cela explique la
présence de nombreux documents sur cette question de
l’aide
dans le fonds d’archives du Comité
conservé au GARF, dont les dossiers ont
été soigneusement
sélectionnés par le Ministerstvo
Gossoudarstvennoï Bezopasnosti (ministère
à
la Sécurité gouvernementale), et de nombreux
documents traduits (du yiddish notamment) et/ou recopiés.
C’est ce que décrit longuement Abakoumov dans une
note du
4 décembre 1950, dans laquelle il cite en
particulier la lettre de Mikhoels du 28 octobre
1944 qui dénonçait
l’indifférence de la Croix-Rouge
soviétique à l’égard des
juifs dans sa
distribution de l’aide en provenance de
l’étranger, G. V. KOSTYRČENKO, Gosudarstvennyj
antisemitizm..., op.
cit., p. 139-147. Curieusement, cette fameuse
lettre de Mikhoels,
évoquée comme un brouillon dans la note
d’Abakoumov, est disponible dans le fonds
d’archives du Comité dans sa version
définitive, reçue par Molotov et
annotée de sa
main le 29 octobre 1944, plus exactement
d’une « copie
certifiée », Š. REDLIH, Evrejskij
antifašistskij komitet..., op. cit.,
p. 122.
- Renaissance
facilitée par une nouvelle législation et un
climat de plus grande tolérance dont profitèrent
généralement les confessions
représentées sur le sol soviétique.
Yaacov RO’I (éd.), Jews and Jewish Life in Russia and
the Soviet Union, Ilford/Portland,
F. Cass, 1995.
Yaacov RO’I,
« The Reconstruction of Jewish Communities in the
USSR, 1944-
1947 », in
D. BANKIER (éd.), The Jews Are Coming
Back : The Return of the Jews to their
Countries of Origin after WWII, Jérusalem/New
York, Yad Vashem/Berghahn Books, 2005,
p. 186-205, particulièrement p. 196-197.
- Veniamin Fedorovič
ZIMA, Golod v
SSSR 1946-1947 godov. Proishoždenie i posledstvija,
Lewiston, The Edwin Mellen Press, 1999, p. 146. Voir aussi
George WOODBRIDGE (éd.),
UNRRA : The History
of the United Nations Relief and Rehabilitation Administration,
New
York, Columbia University Press, 1950, 3 vol.
- J. REINISCH,
« Internationalism in
Relief... », art. cit. L’aide alimentaire
pour les
républiques de Biélorussie et d’Ukraine
représentait respectivement 49 %
et 53 % de
l’aide envoyée par l’UNRRA en
équivalent dollars US, venaient ensuite le
matériel pour
la reconstruction industrielle (29 et 28 %),
l’aide en vêtements, textiles, chaussures (11,5
et 9 %), le matériel pour la
reconstruction agricole (9 %) et le matériel
médical (1,6 et
1,3 %), G. WOODBRIDGE (éd.), UNRRA..., op. cit., vol. 2,
p. 250.
- UNRRA, Economic Rehabilitation in the
Ukraine, Operational Analysis Papers, 39, 1947,
p. 68 et 72 ; Id., Economic Rehabilitation in
Byelorussia, Operational Analysis Papers, 48,
1947, p. 42 et p. 49, n. 2. Selon ce dernier
rapport, 70 % des biens alimentaires vendus
dans ces magasins en Biélorussie au printemps et
à
l’été 1946 provenaient
de l’UNRRA,
même si le gouvernement soviétique
n’avait pas confirmé ce chiffre. Les autres
sources
d’approvisionnement, dans lesquelles les biens de
l’UNRRA n’étaient pas
commercialisés, étaient les fameux magasins
d’alimentation gastronom,
où se vendaient des biens
de luxe non rationnés à des prix accessibles
uniquement aux privilégiés de la
société
soviétique, ainsi que les marchés kolkhoziens, de
fréquentation nettement plus démocratique, mais
dont les prix étaient également incomparablement
plus élevés que ceux
des biens rationnés vendus dans les magasins
d’État. Sur le système de distribution
soviétique après-guerre, voir J. HESSLER, A Social History of Soviet Trade...,
op. cit.
- Timothy JOHNSTON, Being Soviet : Identity,
Rumour, and Everyday Life under Stalin,
1939-1953, Oxford, Oxford University Press, 2011,
p. 95-97, qui néglige cependant
l’omniprésence des zagraničnye podarki dans
les rapports soviétiques des années 1940.
- « Nous
autres détenus, nous avions entendu parler de ces cadeaux
d’outre-mer qui
avaient jeté le trouble dans les sentiments des
autorités du camp [...]. Dans les listes,
on désignait ces merveilles en laine sous
l’appellation ‘seconde main’, ce qui
était bien
plus expressif, on le comprend, que
‘usagés’ ou d’obscures
initiales telles que é/u (été
utilisé) qui ne sont compréhensibles que pour un
homme de camp », Varlam CHALAMOV,
« Prêt-bail », Récits de la Kolyma,
Lagrasse, Verdier, 2003, p. 506.
- Sovetskaja žizn’,
1945-1953, Moscou, ROSSPÈN, 2003,
p. 83-88. Apparemment, les
détenus du Goulag étaient aussi conscients
d’être victimes de la rapacité des
dirigeants
locaux : « Les tailleurs en tricot
usé, les pull-overs et les jumpers de seconde main
collectés de l’autre côté de
l’océan pour les détenus de la Kolyma
avaient été raflés
par les femmes de généraux de Magadan qui avaient
failli en venir aux mains »,
V. CHALAMOV,
« Prêt-bail », op. cit.,
p. 507.
- Archives
d’État de Russie de l’histoire sociale
et politique (Rossijskij gosudarstvennyj arhiv
social’no-političeskoj istorii, ci-après RGASPI),
f. 17, op. 122, d. 139, l. 83-92.
- Sur
l’absence de
reconnaissance par l’historiographie russe et, plus
généralement,
de la société russe à propos du
comportement des soldats de l’Armée rouge en
Allemagne,
voir Oleg BUDNITSKII, « The Intelligentsia Meets the
Enemy : Educated Soviet Officers
in Defeated Germany, 1945 », Kritika : Explorations in
Russian and Eurasian History, 10-3,
2009, p. 629-682, p. 635 sq.
- Norman M. NAIMARK,
The Russians in
Germany :
A History of the Soviet Zone of Occupation, 1945-1949,
Cambridge, Harvard University Press, 1995 ;
Krisztián UNGVÁRY, The
Siege of Budapest : 100 Days in World War II,
New Haven, Yale University Press, 2005.
Voir la lettre d’un
soldat de
l’Armée rouge, ancien kolkhozien arrivé
en Prusse
orientale : « Ils ont pris le
bétail des meilleures fermes d’Europe. Leurs
moutons sont
les meilleurs mérinos russes, et leurs boutiques croulent
sous les marchandises de
tous les magasins et usines d’Europe. Dans un proche avenir,
ces marchandises apparaîtront dans les boutiques russes et ce
seront nos trophées », Catherine
MERRIDALE, Les
guerriers du froid. Vie et mort des soldats de
l’Armée rouge, 1939-1945, Paris,
Fayard, [2006]
2012, p. 345.
- « Aucun
scrupule n’était de mise. Aujourd’hui
encore, les anciens combattants en
parlent sans la moindre gêne, comme s’ils
décrivaient un vide-greniers (sic) particulièrement
intéressant. Obtenir ce qu’il y avait de mieux
prouvait qu’on était débrouillard,
qu’on se souciait de sa famille et qu’on
était capable de faire face au nouveau monstre,
le capitalisme », C. MERRIDALE, Les guerriers du froid...,
op. cit.,
p. 370.
- La retouche dont
fit
l’objet la célèbre photo
d’Evgueni Khaldei montrant un soldat
de l’Armée rouge parvenu au sommet du Reichstag,
dont le bras tenant le drapeau
soviétique était initialement orné de
plusieurs montres, ne va pas à l’encontre de cette
idée de tolérance mais montre au contraire
combien cette pratique était suffisamment
répandue pour que Khaldei, ayant choisi son
modèle, ne s’aperçoive
qu’après coup de
ce détail.
- Sortant de la cave
où elle s’est réfugiée
à l’arrivée des Russes, une Berlinoise
décrit
ainsi une de ses premières visions de
l’envahisseur, avant d’être victime de
viols répétés
quelques heures plus tard : « Sur la
chaussée, des Russes ont enfourché des
bicyclettes
fraîchement volées. Ils s’apprennent
mutuellement à rouler, se tiennent aussi raides
sur leur selle que Susi, la femelle chimpanzé du zoo, et
vont heurter des arbres, puis
pouffent de rire comme des enfants », Une femme à Berlin.
Journal, 20 avril-22 juin
1945, [2002] 2006. L’auteure de ce journal se
plaît à souligner cette ambivalence. Voir
également le récit autobiographique de
Sándor MÁRAI sur les débuts de
l’occupation
soviétique en Hongrie, Mémoires
de Hongrie, Paris, Albin Michel, [1972] 2004, et son
roman Libération,
écrit à la fin du siège de Budapest
mais publié à titre posthume, Paris,
Albin Michel, [2000] 2007.
- Wladimir GELFAND, Deutschland-Tagebuch, 1945-1946.
Aufzeichnungen eines Rotarmisten, Berlin, Aufbau-Verlag,
2005, p. 78-82. Ce genre de scène est devenu un
topos dans
la description du bon Soviétique à
l’égard d’une gent féminine
allemande devenue peu
farouche.
- Les premiers
appareils photos
soviétiques étaient aussi rares que mythiques,
puisque
produits dans la colonie modèle pour orphelins (besprizorniki) baptisée
Félix Dzerjinski.
Les Fed-1 apparurent en 1934 et furent
produits à raison d’un
pour 500 habitants en 1937.
Le matériel photographique était tout aussi
déficitaire et coûteux, rendant la pratique
amateur particulièrement limitée avant les
années 1950, I. NARSKIJ, Fotokartočka na
pamjat’ : semejnye istorii, fotografičeskie
poslanija i sovetskoe detstvo (avtobio-istoriografičeskij
roman), Tcheliabinsk, Enciklopedija, 2008,
p. 317-318.
- Fait
révélateur du regard de la
société russe contemporaine, y compris son
intelligentsia, sur cet aspect de la guerre, la première
photographie de groupe des trois enfants
héros d’un roman récent est prise par
un vieux médecin militaire patriote, détenteur
d’un « superbe appareil-photo
trophée », qui fait montre en
privé de délicieuses manières
prérévolutionnaires, Ljudmila ULICKAJA, Zelenyj šatër,
Moscou, Èksmo, 2011, p. 22-25.
- Ibid., p. 267,
22 mai 1946, et p. 302,
27 août 1946. Paradoxalement,
c’est sans doute
en mai 1946, au cours de sa fréquentation
d’une famille polonaise cultivée originaire
des régions annexées par l’URSS,
qu’il fait cet apprentissage, ibid., p. 308,
11 sept. 1946.
- W. GELFAND, Deutschland-Tagebuch...,
op. cit.,
p. 306, 6 sept. 1946, et p. 308,
7 sept.
1946. Ces photographies d’occupation font écho
à la pratique mieux connue, et sans
doute beaucoup plus répandue, des soldats allemands en
territoire occupé, photographiant aussi bien des jeunes
filles que des scènes d’atrocités.
Pourtant, il ne semble
pas, à lire son journal, que W. Gelfand ait
cherché à photographier les traces de la guerre.
- Ibid., p. 269,
lettre à sa mère
du 27 mai 1946. Sans doute W. Gelfand
avait-il des
prédispositions : il se fait assidûment
tirer le portrait chez des professionnels, envoie
nombre de ses clichés à sa mère et
à ses autres correspondantes. De même, il tapisse
les murs de sa chambre en Allemagne de photos achetées ou
récupérées.
- O. BUDNITSKII,
« The Intelligentsia Meets the
Enemy... », art. cit., p. 655. Sur la
frénésie d’envoi de colis de la part
des Allemands sous l’occupation, y compris depuis
l’URSS et singulièrement l’Ukraine, voir
Götz ALY, Comment
Hitler a acheté les Allemands.
Le IIIe Reich, une
dictature au service du peuple, Paris, Flammarion, 1995.
- W. GELFAND, Deutschland-Tagebuch...,
op. cit.,
p. 180, lettre à W. Gelfand de sa mère
du 15 novembre 1945, où elle lui
demande de ne plus adresser de courrier sur son lieu
de travail, surtout quand il s’agit de colis.
- Mark EDELE, Soviet Veterans of the Second
World War : A Popular Movement in an
Authoritarian Society, 1941-1991, Oxford, Oxford University
Press, 2008, p. 30. Plus
modestement, W. Gelfand quitte l’Allemagne avec dix valises
« petites mais lourdes »
et deux sacs, W. GELFAND, Deutschland-Tagebuch...,
op. cit.,
p. 312, 26 sept. 1946.
- W. GELFAND, Deutschland-Tagebuch...,
op. cit.,
p. 218, lettre à sa mère
du 26 janv.
1946 : achat d’un
« bon » récepteur
à cinq lampes Röhren
pour 4 000 marks ; p. 280,
23 juin 1946 : un poste radio
évalué
à 2 000 marks qu’il
échange contre deux costumes ;
p. 300, attestation
du 28 août 1946.
- Valérie
POZNER,
« Le sort des films trophées saisis par
les Soviétiques au cours de
la Seconde Guerre mondiale », in A. SUMPF et V.
LANIOL (dir.), Saisies,
spoliations et
restitutions..., op.
cit., p. 147-164.
- Juliane
FÜRST, Stalin’s
Last
Generation : Soviet Post-War Youth and the Emergence of
Mature Socialism, Oxford, Oxford University Press, 2010,
notamment p. 200-249.
- GARF, f. 5446,
op. 49a, d. 467, l. 12-18. Sur la politique de
réparations, voir Jörg
FISCH, Reparationen nach
dem Zweiten Weltkrieg, Munich, C.H. Beck, 1992.
- GARF, f. 5446,
op. 49a, d. 2848, l. 1-3, je remercie Juliette Cadiot pour
m’avoir
signalé ce dossier. Sur la participation des responsables du
commerce d’État au marché
noir comme figure invariante du fonctionnement de
l’économie soviétique, voir Tamara
KONDRATIEVA, « Les personnes
matériellement responsables sous le régime de
propriété socialiste », in T. KONDRATIEVA
(dir.), Les
Soviétiques. Un pouvoir, des régimes,
Paris,
Les Belles Lettres, 2011, p. 113-130.
- Sur
l’implication
personnelle de Staline dans la diminution du pouvoir de Ponomarenko
à la tête de la Biélorussie
à travers la nomination de Goussarov un an plus
tôt, le 27 février
1947, voir Oleg V. HLEVNJUK et
al., Politbjuro
CK VKP(b) i Sovet ministrov SSSR, 1945-
1953, Moscou, ROSSPÈN, 2002, p. 47, n. 1.
- Les dirigeants
biélorusses sont également
dénoncés pour leur détournement des
ressources publiques afin de se faire construire des maisons
particulières, démontrant
ainsi le même désintérêt pour
le malheur de leurs administrés, dont beaucoup sont
forcés de vivre dans des huttes sous terre, et le
même appât du gain, certains les louant
ou les revendant à des prix
« spéculatifs ».
- Sur cette
« guerre des services », voir
Nikita PETROV, Pervyj
predsedatel’ KGB Ivan
Serov, Moscou, Materik, 2005. Sauf mention, toutes les
informations concernant cette
affaire proviennent de cet ouvrage.
- Pour se
défendre,
Serov accusa à son tour Abakoumov de
s’être fait livrer à Moscou
vingt wagons de butin alors que la guerre battait encore son plein, et
affréter un avion
chargé de biens trophées en direction
d’une Crimée à peine
libérée. Pourtant moins
haut placé, Sidnev avoua l’utilisation des avions
de la SVAG ou celui de Serov pour
transporter ses abondantes prises et en meubler son appartement de
Leningrad. Voir
aussi l’utilisation répétée
des avions des lignes régulières
biélorusses ainsi que de l’avion
personnel de Ponomarenko pour rapporter à Minsk plusieurs
tonnes de tapis et autres
biens précieux, RGASPI, f. 17, op. 122, d. 308, l.
92.
- Konstantin AKINSHA
et
Grigorii KOZLOV, Beautiful
Loot : The Soviet Plunder of Europe’s
Art Treasures, New York, Random House, 1995 ; P. N.
KNYŠEWSKIJ, Moskaus
Beute...,
op. cit. ;
Margarita S. ZINIČ, Pohiščennye
sokrovišča : vyvoz nacistami rossijskih
kul’turnyh
tsennostej, Moscou, In-t rossijskoj istorii RAN, 2003.
- En revanche, trois
personnes
arrêtées dans le cadre de la même
affaire sont relaxées
lors de leur procès en octobre 1951,
après plus de trois ans et demi de détention qui
avaient conduit l’un d’entre eux dans les services
psychiatriques de la prison.
- Le fait que les
deux hommes
utilisent la même argumentation peut s’expliquer
par
leur proximité, mais le thème du
« marécage philistin »
(obyvatel’skoe
boloto) est un trope
du discours moralisateur bolchevique.
- « Exactement
une minute plus tard un coup de pistolet claqua : les glaces
disparurent, les vitrines et les tabourets
s’évanouirent, le tapis se dissipa dans
l’air, ainsi que
le rideau. Le dernier à disparaître fut
l’énorme tas de vieilles robes et de vieux
souliers,
et la scène redevint austère, vide et
nue », Mikhaïl BOULGAKOV, Le maître et Marguerite,
trad. par C. Ligny, Paris, R. Laffont, [1968] 2012, p. 242.
- Beaucoup des
inventaires que
nous analysons ici ont été
rédigés par des personnes
évacuées au début de la guerre vers
l’Oural ou l’Asie centrale. Le rapport particulier
que ces personnes pouvaient entretenir avec leurs biens tient
à plusieurs raisons. Ayant
laissé derrière elles l’essentiel de
leurs biens, elles ne pouvaient qu’imaginer le pire,
à
savoir leur disparition dans leur intégralité, et
pas seulement du fait de l’ennemi. La
question de l’inventaire et de la conservation des biens
propres laissés par les évacués
avait donné lieu dès le début de la
guerre à une série de décrets pour les
protéger de
tout accaparement par des voisins indélicats, GARF, f. 5446,
op. 43a, d. 6328. Dans la
réalité, la situation était bien plus
confuse. Les évacués appartenaient pour beaucoup
à l’élite soviétique, et
parmi elle les personnes d’origine juive pouvaient doublement
s’inquiéter du sort de leur patrimoine. Sur le
profil social des évacués et leur
expérience
de la guerre, voir Rebecca MANLEY, To
the Tashkent Station : Evacuation and Survival in
the Soviet Union at War, Ithaca, Cornell University Press,
2009.
- Nathalie MOINE,
« La commission d’enquête
soviétique sur les crimes de guerre
nazis : entre reconquête du territoire,
écriture du récit de la guerre et usages
justiciers »,
Le Mouvement social,
222-1, 2008, p. 81-109.
- « Si
l’on néglige quatre-vingt-dix millions de paysans
qui préfèrent aux chaises les
bancs de bois ou de terre et les poutres de soutènement des
toits et – à
l’est – les tapis
et carpettes usés, il n’en reste pas moins de
cinquante-trois millions d’hommes qui
considèrent les chaises comme des objets de
première
nécessité », Ilia ILF et
Ievgeni
PETROV, Les douze chaises,
trad. par A. Préchac, Paris, Parangon, [1929] 2002,
p. 148.
- GARF, f. 7021,
op. 28, d. 68, acte 133. Bien évidemment,
l’évaluation au prix du
marché au moment de l’établissement de
l’acte par les commissions fausse considérablement
la perspective : le manteau a probablement
été acheté à un prix
beaucoup plus
bas, en fonction du moment et surtout du mode d’acquisition.
Voir Nathalie MOINE,
« Évaluer les pertes
matérielles des civils pendant la Seconde Guerre mondiale en
URSS : vers la légitimation de la
propriété
privée ? », Histoire et Mesure (à
paraître).
- Parmi une
abondante
littérature sur ce point, voir Catriona KELLY et Vadim
VOLKOV,
« Directed Desires : Kul’turnost’ and
Consumption », in
C. KELLY et D. SHEPHERD (éd.),
Constructing Russian Culture
in the Age of Revolution, 1881-1940, Oxford, Oxford
University
Press, 1998, p. 291-313.
- Sur le culte
officiel
dédié à Pouchkine, notamment lors de
son jubilé de 1937, voir
Kevin M. F. PLATT et David BRANDENBERGER (éd.), Epic Revisionism :
Russian History
and Literature as Stalinist Propaganda, Madison, University
of Wisconsin Press, 2005.
- On retrouve cet
auteur parmi
le viatique qu’emporte avec elle la mère de Strum
lors de son entrée dans le ghetto de Berditchev. Il est
constitué pour l’essentiel des
livres qui lui sont les plus chers, aux côtés de
photographies, de lettres et du strict
nécessaire pour dormir, se nourrir et continuer à
exercer sa profession de médecin. Sa
description sert à rattacher Anna Semenovna à une
intelligentsia de culture russe qui
a une connaissance intime des auteurs de langue russe du XIXe siècle, mais
fréquente
aussi une certaine littérature française (elle
donnera encore quelques leçons de français
dans le ghetto), alors que la plèbe ukrainienne lui rappelle
« ce qu’[elle] avai[t] eu le
temps d’oublier pendant des années de pouvoir
soviétique : [elle] étai[t] une
juive ».
V. GROSSMAN, Vie et
destin..., op.
cit., p. 59. On peut imaginer que le même
type d’auto-représentation fonctionne dans ces
listes un peu sèches d’ouvrages. Cependant,
à
l’inverse d’Anna Semenovna,
représentante d’une intelligentsia qui
méprise les possessions matérielles, les
sinistrés inscrivent ces références
culturelles dans un type de confort
matériel qui leur était sans doute tout aussi
signifiant, au delà des enjeux de possibles
compensations financières.
- Il
s’agit de
« Un matin dans une forêt de
pins » du peintre Ivan Ivanovitch Chichkine
(1832-1898), exposé à la galerie Tretiakov de
Moscou et reproduit d’innombrables fois
jusqu’à nos jours, notamment sur les
boîtes de chocolat sortant de la
célèbre fabrique
« Krasnyi Oktiabr ».
- Dans le roman
d’I.
Ilf et I. Petrov, les douze chaises ont appartenu à un
certain
Vorobianinov, maréchal de la noblesse reconverti en
employé de l’État civil
après la
révolution. Apprenant que l’une d’entre
elles contenait un trésor inestimable, point de
départ de l’intrigue du roman, il se
remémore le salon disparu de son ancienne demeure
provinciale : « Il revoyait distinctement
le salon de son hôtel particulier, la disposition
symétrique des meubles de noyer aux pieds galbés,
le parquet ciré, brillant comme un
miroir, le vieux piano à queue marron et, aux murs, les
daguerréotypes des plus illustres
de ses aïeux, dans leurs petits cadres ovales
noirs », I. ILF et I. PETROV, Les douze chaises,
op. cit.,
p. 26. Souvenirs éculés pour les deux
satiristes, cette nostalgie ne devait pourtant
pas paraître si ridicule aux yeux de certains de leurs
lecteurs.
- La
reconceptualisation
ambitieuse des modes de vie des années 1920,
restée très
théorique mais pour laquelle chaque détail
comptait, alla jusqu’à dénoncer, par
exemple,
la production de services à thé pour un nombre
déterminé de convives (six ou douze
selon les conventions), qui tendait à conserver un mode de
sociabilité tourné vers
l’espace domestique privé, plutôt que de
promouvoir la fréquentation exclusive de
l’espace collectif de la cantine. V.S.,
« Oformlenie byta. Proizvodstvennye organizacii
ne raskačalis’ », Iskusstvo v massy, 4,
1930, p. 22-23, cité dans Karen KETTERING,
« ‘Ever
More Cosy and Comfortable’ : Stalinism and the
Soviet Domestic Interior, 1928-1938 »,
Journal of Design History,
10-2, 1997, p. 119-135, ici p. 126. Le fait
qu’Evdokia Samoïlovna
affiche un service à thé, à la fois
d’une matière de prix mais aussi
destiné à un grand
nombre de convives, montre combien les prescriptions avaient un effet
limité, mais
aussi comment le contexte de la guerre a permis une inversion des
valeurs en matière
de possession matérielle.
GARF, f. 7021,
op. 100, d. 71,
acte 184. Lorsqu’elle rédige sa
déclaration,
E. Iantovskaïa vit dans une baraque à Tchirtchik,
une ville nouvelle d’Ouzbékistan, à
une trentaine de kilomètres de Tachkent,
séparée de son mari perdu de vue depuis la
première étape de
l’évacuation, dans l’Oural. Comme tant
d’autres évacués, son niveau
de vie a chuté, même si elle déclare
toucher 1 200 roubles par mois. Sa lettre
est marquée
par un virulent patriotisme soviétique
« antiboche », mais sa motivation
principale tient
sans doute à sa volonté farouche de se faire
indemniser, jusqu’à insérer dans
l’inventaire,
entre couverts et casseroles, six dents en or et six couronnes. Il ne
faut pas se laisser
surprendre, de manière anachronique, par cette
dernière indication, donnée qui plus
est par une évacuée de nationalité
juive. La valeur marchande des dents en or n’est en
effet pas une découverte des profanateurs de cadavres. En
cas de besoin, une personne
pouvait envisager de se les faire arracher et de les revendre, ou de
les échanger contre
du pain et d’autres produits de première
nécessité, voir « Svershilos’.
Prishli nemtsy ! »
Ideinyi kollaboratsionizm v SSSR v period Velikoi Otechestvennoi voiny,
Moscou, ROSSPÈN,
2012,
p. 98 (respectivement 26 novembre
et 2 décembre 1941).
- L’indication
de
mobilier d’enfant est extrêmement rare dans les
inventaires. Un
évacué de Kharkov, Iakov Moïseievitch
Gourevitch, mentionne un divan pour enfant,
une petite table et trois chaises pour ses deux filles. Il appartient
à un milieu aisé tourné
vers la modernité en divers domaines : un piano de
prix côtoie une collection de 200 disques
et des objets domestiques électriques (four, plaques de
cuisine, fer à repasser...), GARF,
f. 7021, op. 100, d. 53, acte 171. Les jouets sont
également à peu près absents des
inventaires. Dmitri Nikolaevitch Golovastikov, ingénieur
dans une usine de construction de machines à Voronej,
présente un profil un peu semblable :
250 disques, un
appareil radio, des lectures fort sérieuses (technique,
politique, un peu de littérature),
mais aussi deux poupées de porcelaine aux yeux qui se
ferment, deux « Ded moroz »
et même une guirlande électrique pour sapin de
Noël, ce qui n’a rien d’anodin puisque
ces derniers ne sont de nouveau autorisés
qu’à partir de 1936, GARF, f. 7021,
op. 100,
d. 71, acte 194. On rencontre un peu plus souvent des
vélos pour enfants. Sur la rareté
des jouets dans l’URSS stalinienne, voir Kelly CATRIONA, Children’s
World : Growing Up
in Russia, 1890-1991, New Haven, Yale University Press, 2007.
- GARF, f. 7021,
op. 28, d. 31, l. 20. Ivan Konstantinovitch
Aïvazovski (1817-1900),
grand amateur de marines, peintre romantique russe tout aussi populaire
avant la révolution que dans les
années 1930 ; il est par exemple
cité parmi les peintres dont les œuvres
reproduites embellissent au mieux un intérieur
soviétique, pour peu que l’amateur fasse
l’acquisition d’une reproduction de
qualité telle qu’en édite à
l’époque IZOGIZ, dans
un article de la fin des
années 1930 caractéristique des
leçons de bon goût extrêmement
rigides prescrites dans la revue et destinées aux femmes de
la classe moyenne soviétique, K. KRAVČENKO,
« O kartinah i reprodukcijah », Obščestvennica,
15, 1937, p. 17-19 ;
Arkhip Ivanovitch Kouindji, paysagiste russe, 1842-1910.
- De son
côté, l’État
soviétique ne semble pas avoir jamais envisagé
d’inclure dans
la liste des œuvres d’art prises par
l’ennemi, et susceptibles d’être
restituées ou compensées, autre chose que les
œuvres en provenance des musées et autres
institutions
publiques. Voir Konstantin AKINSHA,
« Stalin’s Decrees and Soviet Trophy
Brigades :
Compensation, Restitution in Kind, or ‘Trophies’ of
War ? », International
Journal of
Cultural Property, 17-2, 2010, p. 195-216.
- Sans doute est-il
encore trop
tôt pour que ces Soviétiques ordinaires aient pris
la
mesure du tournant opéré par le Kremlin en
matière religieuse, Tatiana A. CHUMACHENKO,
Church and State in Soviet
Russia : Russian Orthodoxy from World War II to the Krushchev
Years, éd. et trad. par E.E. Roslof, Armonk, M.E.
Sharp, 2002.
- « Quel
mobilier voulez-vous ? Celui du commerçant
Anguélov, marchand de première guilde ?
s’i-i-i-il vous plaît. [...] », Saisi chez Anguélov,
le 18 décembre 1918 : un
piano
à queue Becker no 97012,
avec son tabouret capitonné ; bureaux,
deux ; garde-robes, quatre, dont
deux en acajou ; chiffonier, un... etc. [...]
« Nous avons aussi une lettre V [...] Tout de suite,
Vm, Vn, Voritski, no 48238.
Vorobianinov Hippolyte Matveievitch, votre Papa, dieu ait
son âme, était un homme au grand
cœur... » Piano
à queue Becker no 54809 ;
vases chinois
de la manufacture française de Sèvres,
quatre ; tapisserie d’Aubusson, huit, de dimensions
variées ;
tapisseries des Gobelins, deux : Bergère
et Berger ;
tapis turkmènes,
deux, et de Khorossan, un ;
ours empaillé avec son plat, un ; chambre
à coucher complète, douze
pièces ; salle à manger, seize
pièces ; salon, quatorze pièces en
noyer, signées Gambs, I. ILF et I. PETROV, Les douze chaises,
op. cit.,
p. 106-107.
- Sur les pratiques
de saisie
de mobilier au lendemain de la révolution, voir
l’admirable reconstitution menée par Larissa
ZAKHAROVA pour un immeuble cossu de Petrograd,
« Le 26-28 Kamennoostrovski. Les
tribulations d’un immeuble en
révolution », in L. de
MEAUX (dir.), Saint-Pétersbourg.
Histoire, promenades, anthologie et dictionnaire, Paris,
R. Laffont, 2003, p. 473-505.
- Aux
récits et
témoignages s’ajoutent des clichés
célèbres sur lesquels figurent les
représentants des anciennes élites, se tenant
debout sur un trottoir dans l’attente du
chaland, contraints de se défaire de leurs derniers biens
pendant la guerre civile pour
se procurer le minimum vital.
- Le directeur de
l’asile de vieillards pour lequel avait
été attribuée une des douze
chaises la revend ainsi à un des personnages du roman qui se
fait passer pour un
perekoupchtchik,
c’est-à-dire, aux yeux de la
législation soviétique, un spéculateur
servant
d’intermédiaire en achetant
illégalement un bien, qu’il fût ou non
propriété d’État,
pour le revendre à un client et empocher la
différence, I. ILF et I. PETROV, Les douze
chaises, op. cit.,
p. 84.
- Le roman nous fait
connaître le destin d’un autre lot de chaises de
Gambs, recherchées par erreur par un pope cupide :
saisies chez une femme de général de Stargorod,
elles ont été attribuées à
un particulier, le « camarade Brouns,
ingénieur », qui quitte la
ville en 1923 pour Kharkov, emportant tout son
mobilier « auquel il semblait tenir
beaucoup », puis Rostov où il met sa
« haute qualification » au
service d’une grande cimenterie,
avant d’être demandé par les raffineries
de Bakou, le mobilier de la générale ornant
désormais sa confortable datcha, noyée dans la
végétation tropicale d’une colline
surplombant
Batoumi, faisant de Brouns un avatar des élites coloniales, ibid., p. 110,
183, 246 et 341-345.
- Ce qui
n’empêche pas le régisseur du
théâtre en question d’en faire commerce
en les revendant clandestinement à des particuliers, ici les
héros en quête
désespérée
du lot, ibid.,
p. 169, 196-200 et 334.
- La version russe
de
l’article de L. ZAKHAROVA,
« Le 26-28 Kamennoostrovski... »,
art. cit., s’intitule également
« Les douze chaises », tant le
roman, et donc sa morale,
sont indissociablement liés dans les consciences
soviétiques et post-soviétiques, dès
l’époque de sa parution et
jusqu’à nos jours, au sort des biens des anciennes
élites
tsaristes.
- « Tout
est
là ! Tout Stargorod ! Tout le
mobilier ! Saisi chez Untel, à telle date,
donné à Untel, le tant. Et voici le registre
alphabétique, véritable miroir de la vie. [...]
Tout est là, toute la ville. Pianos, fauteuils, ottomanes,
poufs, canapés, lustres, miroirs...
Nous avons même la vaisselle », I. ILF et
I. PETROV, Les douze chaises,
op. cit.,
p. 106.
- Cette disparition
est
évidemment d’une rapidité variable
selon les milieux, l’âge,
etc. La nostalgie qui se développe pour le monde
matériel soviétique est loin
d’interrompre cette disparition, tant elle participe
d’un mode de commercialisation occidentale
Résumé
Cet article s’intéresse à l’afflux et à la
circulation d’objets venus de l’étranger dans l’Union soviétique des
années 1940, pour s’interroger sur cette variante soviétique de
l’édification des objets en enjeu de guerre pendant la Seconde Guerre
mondiale. Il montre comment les enjeux de la distribution d’une aide
humanitaire recoupent celui de la (non) reconnaissance du génocide des
juifs soviétiques sous l’occupation nazie, mais aussi celui des
hiérarchies sociales staliniennes. Il explicite les raisons pour
lesquelles l’occultation de l’origine et des circonstances exactes qui
présidèrent à l’entrée de ces objets dans les foyers soviétiques sert à
maintenir dans l’ombre les exactions commises par les troupes de l’Armée
rouge à l’égard des vaincu(e) s. Il corrige enfin l’image d’une société
soviétique qui découvre pour la première fois le luxe et la modernité
occidentale à la faveur de la guerre, en revenant sur la place et le
sort de ce type d’objets dans la civilisation matérielle stalinienne de
l’entre-deux-guerres.
English
Loss, Gift and Plurder : Stalin-Era Culture, Foreign Aid, and Trophy Goods in the Soviet Union during the 1940s
This article focuses on the influx and circulation of foreign
objects in the Soviet Union during the 1940s in order to
investigate the specific role of these objects during World War II. It
reveals how the distribution of humanitarian aid intersected with both
the (non) acknowledgement of the genocide of Soviet Jews during the Nazi
occupation and Stalinist social hierarchies. It explains why effacing
the origins and precise circumstances through which these objects
entered Soviet homes served to hide the abuse the Red Army perpetrated
against their defeated enemies. This article revises the image of a
Soviet society that discovered luxury and Western modernity for the
first time during the war by reconsidering the place and trajectory of
these objects in Stalinist material culture of the interwar period.
Pour citer cet article
Moine Nathalie,
«La perte, le don, le butin», Annales. Histoire, Sciences Sociales
2/
2013 (68e année), p. 317-355
Verlust,Gabe,Beute.StalinistischeZivilisation,Auslandshilfe underbeuteteGüterin der Sowjetunionder 1940er Jahre
1
In einem Aufsatz mit dem
Titel "Kriegsbeute" [1] beschreibt Joseph Brodsky, aus dem
amerikanischen Exil, wie seine Kindheit und Jugend in Leningrad von der
Anwesenheit von Fremdkörpern geprägt wurde, die durch den
Krieg ins Land kamen. Er bezieht sich auf Trophäen, die vom Feind
beschlagnahmt wurden, seien es deutsche, japanische oder amerikanische
Hilfsgüter, Dosen, Funkanlagen und vor allem Spielfilme. All diese
Objekte, deren Ursprung und Natur oft unklar waren, verwirrten ihn und
seine Generation. Sie repräsentierten etwas von unschätzbarem
Wert: die Möglichkeit der Individuation. In diesem Fall brachte
diese fremde Kultur, die durch Musik, Filme und Kleidung Ausdruck fand,
die Möglichkeit, sich als autonomes Individuum von seinem sozialen
und politischen Umfeld zu entfalten.
Man könnte
argumentieren, dass die von Brodsky beschriebene, indirekte Teilnahme
an einer ausländischen Kultur, die durch den Krieg ins Land kam,
vor allem eine Art Katalysator für die Bildung einer Generation
war, die sich sozial definierte. Dennoch ist es zutreffend, dass diese
Objekte insgesamt eine Herausforderung für das sowjetische
politische System darstellten – eine Herausforderung, die, wie
Brodsky sagt, durch den Zugang zu westlicher Zivilisation, legal oder
illegal, durch die erworbenen Objekte verwirklicht wurde. Bis zum Ende
des Regimes provozierten sie in der sowjetischen Bevölkerung einen
unerschütterlichen Enthusiasmus, nicht nur aufgrund rein
materialistischer Bedürfnisse, sondern auch, weil sie Träger
einer mehr oder weniger mythischen Kultur waren. [2]
2
Es ist bezeichnend, dass J.
Brodsky, der sich an seine Geburt in der Mitte von Leningrad, inmitten
der Trümmer, erinnert, eine imaginäre, aber fundamentale
Rolle bei der Konstruktion seiner Identität spielte. Dies wurde
durch [3] Objekte, die er erhalten hatte, geprägt. Es ist auch
bemerkenswert, dass bei seiner Rückkehr seine Herkunft, die zu
einem großen Teil verschwommen war, während einige dieser
Objekte als Geschenke von den Alliierten betrachtet wurden,
während andere Kriegsbeute waren. Unser Ziel ist es, diese Objekte
genau zu rekonstruieren und die Umstände zu untersuchen, unter
denen sie in der Märtyrerstadt zurückgelassen wurden –
nicht nur auf diesem begrenzten Gebiet, sondern auch auf dem gesamten
Territorium der Sowjetunion.
Diese Untersuchung
ermöglicht es uns, die Vielzahl der Akteure und politischen
Fragestellungen zu analysieren, die Brodsky in den Kriegsjahren
umgaben: die Ankunft ausländischen „Manna“, die
Gründe für die Gleichgültigkeit und das oft von
ehemaligen Landsleuten Brodskys geteilte Amnesie. Die Darstellung
dieser grauen, sowjetischen Welt – uniform, starr und weitgehend
abgekapselt – stellt einen deutlichen Kontrast zu den ersten
Fragmenten der westlichen Zivilisation dar, die nach dem Krieg ins Land
kamen. Es muss jedoch ernst genommen werden, dass dieser Einfluss aus
einer modernen Welt kam, die hinterfragt werden kann.
Der Krieg gab den Sowjets
aller Schichten die Möglichkeit, ihr vor dem Krieg besessenes
Eigentum, das entweder gestohlen oder vom Feind zerstört wurde, zu
präsentieren. Diese Objekte, die über den Krieg hinweg
gesammelt wurden, reflektierten weit mehr als nur den Geschmack der
Zeit. Sie gaben einen imaginären, aber vielfältigeren und
anspruchsvolleren Geschmack wieder, als man erwarten könnte
– auch wenn man die Veränderungen berücksichtigt, die
durch behördliche Anforderungen an den Geschmack auf der Grundlage
des europäischen Mittelstandsstils des 19. Jahrhunderts in den
1930er Jahren entstanden.
Die
„Kriegsbeute“ von J. Brodsky bezieht sich daher nicht nur
auf materielle Kultur, die durch die Revolution geboren wurde, sondern
umfasst auch die sozialen Beziehungen, die an diese Objekte gebunden
waren. Sie spiegeln eine Fülle von Luxus und den Geschmack der
westlichen Welt wider. Diese Frage kann daher nicht nur auf die
Veröffentlichung von Kriegsbeute beschränkt werden, sondern
muss auch auf frühere Zeiten zurückgehen, um die Auswirkungen
des Krieges auf die sowjetische Zivilisation und deren Eintrag durch
Objekte zu verstehen.
3
Im weiteren Sinne ist die
Wirkung des Krieges auf den Status von Objekten in der Sowjetunion der
1940er Jahre nicht eindeutig. In den letzten zwanzig Jahren haben die
Publikationen zum Zweiten Weltkrieg die Idee verbreitet, dass die
materielle Welt der Zivilbevölkerung ein zentrales Thema des
"totalen Krieges" für alle kriegführenden Mächte
darstellte. Die von Nazi-Deutschland durchgeführte systematische
Plünderung war nicht nur eine Form der Bereicherung, sondern auch
eine Demütigung der Besiegten. Ein erhebliches Inventar an
Verlusten und Opfern wurde durch die Politik der Reparationszahlungen
und die organisierte Übertragung von Vermögenswerten jeder
Art ausgelöst [4]. Gleichzeitig wurde humanitäre Hilfe in nie
gekanntem Ausmaß aufgenommen, die sowohl privat als auch
öffentlich sein konnte [5].
Dieses Triptychon
(Plünderungen, Inventar, Reparaturen) erforderte die
Durchführung spezifischer Maßnahmen in verschiedenen
Ländern. Sie hinterließen Archive, deren Art und Inhalt die
Verwandtschaft der Erfahrungen unterstrichen und es uns
ermöglichten, die Geschichte von Objekten nachzuvollziehen: von
den amerikanischen Einwanderergruppen gesammelte Spenden, die an die
UdSSR gesandt wurden, bis hin zur Beute, die von sowjetischen Beamten
in den eroberten Gebieten angehäuft wurde, um ihre privaten
Verluste zu erklären. Wenn Kunstwerke oder industrielle Produktion
ausgefeilter Technik besonders die Fantasie anregten [6], waren es vor
allem weltliche Dinge, die so sehr in den Mittelpunkt der politischen
Entscheidungsfindung und des Konflikts rückten [7]. Das
Hauptanliegen vieler Menschen, für die der Krieg als eine
Katastrophe oder ein schreckliches Geschäft erschien, wurde
hingegen oft übersehen.
4
Der sowjetische Fall ist
daher vollständig in diesem Prozess des Aufbaus und der Umwandlung
von Objekten des Krieges eingebunden. Trotz dieser Ähnlichkeiten
mit anderen kriegführenden Gesellschaften, die sich im Kontext von
Stalins Sowjetunion, einer Mangelwirtschaft, hoher Politisierung und
der Kontrolle über jede Detail des physischen Besitzes der
Einzelnen, sowie dem Willen der Macht, die Verteilung dieser zu
kontrollieren, manifestieren, erhielten Objekte eine besondere
Stellung, die durch den Krieg neu definiert wurde. Die "Kriegsbeute",
auf die sich J. Brodsky bezieht, betraf tatsächlich alle Schichten
der sowjetischen Gesellschaft, auch wenn ihre grundlegende Bedeutung
letztlich in der veränderten Beziehung zwischen dem Wohlstand der
westlichen Kultur und der politischen Loyalität gegenüber dem
Regime der sowjetischen Eliten liegt.
5
Die
immense Zerstörung des Krieges und der damit verbundene Zustrom
von Waren aus dem Ausland ins sowjetische Territorium führten zu
einer erfolgreichen, aber dennoch fragmentierten Versorgung. Diese
Waren, die zwar ausreichten, um die Bedürfnisse der durch den
Krieg verarmten Bevölkerung zu decken, weckten gleichzeitig einen
starken Wunsch. Trotz ihrer großen Heterogenität wurden
gebrauchte Kleidung von US-Wohltätigkeitsorganisationen gesammelt
und altes Nazigeschirr als wertvoll betrachtet. Diese Konsumgüter
reagierten auf zwei unterschiedliche Logiken der Versorgung. Die erste
entstand während des Krieges, als verschiedene Arten von
Hilfsgütern, die die sowjetische Bevölkerung von den
Alliierten und neutralen Staaten erhielt, an die Bedürfnisse
angepasst wurden. Die zweite Logik war das Ergebnis intensiver
Plünderungen, die die Sowjets bei der Besetzung der ehemaligen
Feindstaaten betrieben.
6
Jüdische
Organisationen spielten eine führende Rolle bei diesem
bescheidenen Teil der westlichen Hilfe, die durch die Lieferung von
Hilfspaketen organisiert wurde. Besonders einfühlsam
gegenüber der Mehrheit der Einwanderer aus dem ehemaligen
russischen Reich, die in Bruderschaften aller Couleur gruppiert waren,
bildeten sie natürliche Spender, die die stalinistische
Führung zu mobilisieren versuchte, um die sowjetische
Bevölkerung zu unterstützen. Doch das Verhältnis war nie
einfach. Die Auseinandersetzungen um humanitäre Hilfe wurden stets
mit Misstrauen auf beiden Seiten betrachtet, wobei diese Hilfe
häufig als Propagandamittel angesehen wurde. Konflikte dieser Art
entstanden bereits in den ersten Jahren der jungen Sowjetunion, als die
Bolschewiki versuchten, Hilfe sowohl für die hungernde
Bevölkerung als auch für jüdische Opfer der Pogrome
während des Bürgerkriegs zu organisieren. Jüdische
Spender äußerten regelmäßig Zweifel und
Unzufriedenheit darüber, wer tatsächlich die Empfänger
der Hilfe waren, während ein Klima des Misstrauens durch
anti-jüdische Kreise während des Krieges aufrechterhalten
wurde. Um diesen Angriffen entgegenzutreten, schien es wichtig, genau
zu überprüfen, was in den befreiten sowjetischen Gebieten
geschah. Die Hauptorganisation der amerikanischen humanitären
Hilfe, die hauptsächlich aus jüdischen Gruppen bestand, hatte
einen ständigen Vertreter, Leo Gruliev, mit Wohnsitz in Moskau,
von Ende 1943 bis Anfang 1944. Trotz seiner Bemühungen, Zugang zu
den Provinzen zu bekommen, die früher von starken jüdischen
Minderheiten bewohnt waren, blieb ihm dieser Zugang verwehrt. Bei einem
Besuch im August 1945 entschloss sich der pro-sowjetische amerikanische
Intellektuelle Edward Carter, die stalinistische Führung zu
besuchen, wobei Leningrad und Stalingrad als Höhepunkt des Besuchs
ausgewählt wurden, was die Geographie der Kriegsopfer
symbolisierte – Orte, die den heldenhaften Widerstand des
sowjetischen Volkes, das russische Erbe und die Erfolge der
stalinistischen Industrie betonten, jedoch das Massaker an der
jüdischen Bevölkerung unbeachtet ließen.
7
Die
Spannung um die Verteilung der Hilfe wurde mehrfach vom Jüdischen
Antifaschistischen Komitee [14] thematisiert, das zu Beginn des Krieges
vom Kreml gegründet wurde, um die westliche jüdische Meinung
zu mobilisieren. Die Arbeit des sowjetischen Roten Kreuzes, der
Empfänger der Beihilfen und die sich daraus kristallisierende
Schuld in den befreiten Gebieten wurden durchgeführt.
Ausländische Organisationen hatten sich darauf geeinigt, dass die
Beihilfen „ohne Unterschied der Staatsangehörigkeit“
verteilt werden sollten [15], doch in der Praxis wurden diese im
Wesentlichen in Gebieten mit der höchsten Konzentration
jüdischer Bevölkerung gesendet. Allerdings führte der
Antisemitismus in der Bevölkerung und unter den lokalen
Behörden dazu, dass das Jüdische Antifaschistische Komitee
zahlreiche Beschwerden von Menschen erhielt, die sich über die
übergangene Versorgung beklagten – insbesondere weil sie
Juden waren. Dies widersprach der Vorstellung von einer gerechten
Entschädigung. Ghettoüberlebende, die nach Odessa
zurückkehrten, verurteilten die übermäßige Liebe
ihrer Mitbürger zu jüdischem Eigentum, insbesondere in einer
Stadt, die immer noch von der „Katastrophe Möbel“
betroffen war – einem Begriff, der die allgemeine Plünderung
der Wohnungen von Juden durch die Rumänen während ihrer
dreijährigen Besatzung bezeichnete. Der Autor verwendet bewusst
den Begriff „Katastrophe“, da er glaubt, dass beide
Ereignisse „genealogisch“ miteinander verbunden sind. Die
Gleichgültigkeit der sowjetischen Behörden gegenüber den
mittellosen jüdischen Überlebenden, einschließlich der
Sonderkommission, die für die Dokumentation der Verbrechen der
Besatzer und die Bestandsaufnahme der Schäden zuständig war,
verstärkt das Bild einer fast vollständig zerstörten
faschistischen Gemeinschaft [16].
8
Die
politische Bedeutung dieser Fragen verdient es, hervorgehoben zu
werden: Die Untersuchungen im Anschluss an die Briefe, die Solomon
Mikhoels von Wjatscheslaw Molotow erhielt, führten zu einem
zentralen Thema des Staates: dem Abschluss der Diskriminierung [17].
Der staatliche Antisemitismus, der bis Ende der 1940er Jahre seine
volle Ausprägung fand, begann mit der Verfolgung der Mitglieder
des Jüdischen Antifaschistischen Komitees und endete mit ihrer
endgültigen Enthauptung. Der Keim dieser systematischen Politik
lag jedoch bereits in den Kriegsjahren, auf die wir schon lange
zurückblicken. [18] Es lässt sich vermuten, dass Molotow
aufrichtig sicherstellen wollte, dass die jüdische
Bevölkerung in den befreiten Gebieten die materielle Hilfe korrekt
erhielt, während andere Beamte vor allem Misstrauen oder
Feindseligkeit gegenüber der jüdischen Welt
äußerten. Ihre Argumentation stützte sich auf das
bereits Bewährte: dass die humanitäre Hilfe als Trojanisches
Pferd für die kapitalistischen Mächte verwendet wurde, seit
die Regelung eingeführt wurde, die sowohl den Hungernden als auch
den jüdischen Opfern der Pogrome des Bürgerkriegs helfen
sollte. Ein populärer Antisemitismus, der sich durch die
spezifische Behandlung von Juden manifestierte, könnte aufwachen,
zumal die Anhänger des Schweigens über das Schicksal der
sowjetischen Juden unter der nationalsozialistischen Besatzung seit
Beginn des Krieges die „zionistische Gefahr“ beschworen.
[19] Was die jüdischen Organisationen im Ausland anbelangt, so
schienen die Methoden der sowjetischen Verwaltung noch mehr Verdacht zu
erregen. Diese Organisationen, die aus anderen Ländern, wie Polen
und Armenien, kamen, hatten ein Netzwerk spezieller Hilfsorganisationen
aufgebaut, das von ihren eigenen Vertretern verwaltet wurde. [20] Diese
Argumentation übersieht die komplexe Frage der
Staatsbürgerschaft der Empfänger. Dennoch kann es Mikhoels
ermutigt haben, die Verfechter einer spezifischen Organisation für
die materielle Hilfe an die Überlebenden zu werden, insbesondere
nachdem er seinen Vorschlag im Januar 1943 gemacht hatte, ein
Forschungsbüro für die vermissten Juden auf sowjetischem
Territorium zu etablieren, das Verwandtenansprüche zugeordnet
werden sollte, einschließlich der [21] ausländischen
Strukturen, die jedoch nie realisiert wurden. Die Verteilung von
Hilfsgütern und die Suche nach jüdischen Opfern von Pogromen
waren bereits zentrale Fragen, die ausländische Geber, beginnend
in den frühen 1920er Jahren, beschäftigten, aufgrund der
Undurchsichtigkeit der Informationen, die von der Sowjetmacht
destilliert wurden. [22] Das Projekt eines Ausschusses war jedoch
kostspielig, da die Kontakte zu ausländischen jüdischen
Hilfsorganisationen, insbesondere des American Jewish Joint
Distribution Committee (JDC), ein Teil der Last waren, die auf die
Umsetzung der meisten Maßnahmen in den frühen 1950er Jahren
führten. [23]
9
Die jüdischen Gemeinden
in den westlichen Regionen der Sowjetunion, die wieder auflebten,
konzentrierten sich sowohl auf die Erneuerung des religiösen
Lebens als auch auf die materielle Solidarität mit den
ärmsten ihrer Glaubensbrüder. Sie hatten jedoch noch nicht
vollständig die Geschenke aus dem Ausland erhalten, die ihnen
zugedacht waren [25]. Daher wurden sie häufig von den sowjetischen
Behörden verdächtigt, in Wirklichkeit als Fronten für
Geschäftsreisende zu fungieren, die sich auf Spenden von Juden im
Ausland konzentrierten. In einem Bericht aus der Region Zhytomyr
unterstrich der Rotstift die Behauptung, dass fast jede Gemeinde
Kontakte zu amerikanischen religiösen Juden hatte, die ihre
wertvollen Pakete [26] gesendet hatten.
10
Die
Aufgaben der Soforthilfe und Rehabilitation wurden von der Verwaltung
der Vereinten Nationen (UNRRA) übernommen, die im Frühjahr
1945 in Minsk und Kiew gegründet wurde. Obwohl ihre Beziehungen zu
den sowjetischen Behörden klein und angespannt waren, konnte sie
vor Ort arbeiten und die Unterstützung durch die republikanischen
Regierungen verstärken [27]. Die Hilfe, die von der UNRRA in die
Republiken Ukraine und Weißrussland geschickt wurde, war bei
weitem nicht so umfangreich wie die in anderen europäischen
Ländern. Sie stellte keinen wesentlichen Beitrag zur Versorgung
der Bevölkerung dar, insbesondere im Bereich der Lebensmittel
[28]. Nach den Berichten der UNRRA-Missionen war das
Lebensmittelangebot, das durch die Vereinten Nationen geliefert wurde,
mit Ausnahme von Brot, hauptsächlich das, was auch in den
Geschäften verkauft wurde, die für die Verteilung der
rationierten Waren verantwortlich waren [29]. Anfang 1947 wurde die
Aussicht auf die Beihilfe aufgrund der Verschlechterung der
Ernährungssituation und der allgemeinen Gesundheitslage der
Bevölkerung zunehmend negativ bewertet [30].
11
Die tušënka
(Corned Beef) war zweifellos das Flaggschiff-Produkt der
Nahrungsmittelhilfe aus dem Ausland, das größtenteils aus
Rationen der US-Armee bestand, und der Dichter J. Brodsky ist nicht der
einzige, der eine bleibende Erinnerung daran behält. In einer
Bevölkerung, in der fast alles schmerzlich vermisst wurde, waren
Kleiderspenden jedoch Gegenstand besonderer Begeisterung. Wie das
Corned Beef, aber mit nachhaltigerem Nutzen, trugen sie zunächst
zur bloßen Überlebensnotwendigkeit bei, doch sie wurden auch
aktiv aufgrund ihres Geschmacks geschätzt, als sie den einfachen
Genuss der westlichen Welt boten. Da das Regime im öffentlichen
Diskurs stets diskret über solche Güter sprach, wuchs ihre
Bedeutung sowohl für die Empfänger als auch für das
Regime selbst [31].
Generell wurden die
"zagraničnye podarki" (Geschenke aus dem Ausland) oder "amerikanskie
podarki" (US-Geschenke), deren genaue Herkunft oft unklar blieb,
dennoch zu einem Symbol für Prestige und Anerkennung. Der Westen,
insbesondere die Vereinigten Staaten, schien seine
Großzügigkeit zurückzuziehen. Doch das Anliegen der
einfachen Russen war nicht die Quelle dieser Gaben, sondern der Zugang
zu ihnen. Der Begriff "Geschenke" (podarki) wurde weniger verwendet, um
den Grund für ihre Anwesenheit auf sowjetischem Boden zu
erklären, sondern vielmehr, um eine bestimmte Klasse von Objekten
zu bezeichnen, die sowohl Qualität als auch relative
Häufigkeit kombinierten – ein starkes Kontrast zu der Armut,
die in der sowjetischen Produktion vorherrschte. Diese Objekte wurden
auch als "amerikanskie vesci" – "amerikanische Dinge" bezeichnet,
die das Minimum an materieller Überlegenheit der westlichen
Zivilisation symbolisierten, auch wenn sie in ihrer Verwendbarkeit oft
weit hinter der sowjetischen Haltbarkeit zurückblieben.
Die Bedeutung der
ausländischen Spenden, insbesondere die Attraktivität von
US-Produkten, war keineswegs trivial. Die Not, die das russische Volk
während des Krieges erlebte, machte sie besonders wertvoll. Und
während einige dies als eine Beleidigung empfanden – ein
versteckter Vorwurf der Feigheit von Westlern –, empfanden
andere, dass die Sowjetregierung durch die Notwendigkeit, sich mit so
wenig zufrieden zu geben, ihre eigene Bevölkerung demütigte.
In einem propagandistischen Schreiben staunte ein junges Mädchen
über ein grünes Kleid mit zwei Taschen, während sie von
ihren Kindheitserlebnissen und dem Schicksal ihrer Eltern als Opfer des
Krieges und der Front erzählte [32]. Varlam Šalamov sprach
mit der gleichen Zärtlichkeit von US-amerikanischer Kleidung [33],
die bald das Glück symbolisierte, das aus den amerikanischen
Fässern zu kommen schien – zusammen mit dem
„Staufferfett“, das für die Industrie verwendet wurde,
um die gefrorenen Leichenberge im Gulag zu beseitigen, während
gleichzeitig Lend-Lease-Maschinen geliefert wurden.
12
Die Modi der Aneignung dieser Objekte unterliefen auch ihre ursprüngliche Bestimmung. Ein pyramidenartiges Provisionssystem
musste ihre Verteilung organisieren, eine Aufgabe, die, wie wir gesehen
haben, von der sowjetischen Führung gestellt wurde. Doch in
Wirklichkeit gelangte die Hilfe oft in die Hände der lokal
privilegierten Schichten, wie etwa der Führer der
Sibirien-Ural-Region, die, begleitet von ihren Frauen und Fahrern, den
besten Teil der Spenden für sich beanspruchten. Sie ließen
nur die Krümel und Kleidung in schlechtem Zustand übrig
– ein paar übereinstimmende Sockenpaare, die für die
theoretischen Empfänger der Hilfe nutzlos waren.
So erregten die
amerikanischen Geschenke nicht nur den Wunsch, sondern auch den Zorn.
Viele der "schlecht verwendeten" Geschenke wurden empört
abgelehnt, da sie als Beleidigung wahrgenommen wurden – eine
herbe Enttäuschung für diejenigen, die sie als ein Symbol der
Demütigung empfanden. Diese wiederkehrende, banale Skandalisierung
fand sich in den vier Himmelsrichtungen der UdSSR, von denen Magadan
ein gutes Beispiel war [34]. Lokale und regionale Beamte blieben
ebenfalls nicht unberührt, sie und ihre Haushalte griffen auf
diese Vorräte zurück.
Panteleimon Ponomarenko,
der erste Sekretär der Partei von Belarus und Mitglied des
Zentralkomitees, wurde für dasselbe Verhalten kritisiert. Auch die
legendären Führer der Partisanen während des Krieges
zögerten nicht, den republikanischen Führern die besten
Vorräte anzubieten, ohne Rücksicht auf die offiziellen
Reserven des zentralen Belglavsnab in Minsk.
13
In Wirklichkeit war das,
was die Frauen der ersten belarussischen Amtsträger sahen, weit
mehr als nur Kleidung und Schuhe aus den UNRRA-Spenden oder das
Reichtum aus Deutschland, das als „Trophäen“ oder
„Wiedergutmachung“ betrachtet wurde [35]. Zwei
Hauptgründe unterschieden die Objekte in diesen Fällen,
obwohl sie am gleichen Ort aufbewahrt wurden: Die Art und Weise, wie
sie erlangt wurden, und ihr Wert. Die Ankunft der
„Immobilien-Trophäen“ ist am besten in der Erinnerung
an die sowjetischen Gesten der Solidarität seitens der alliierte
Bevölkerung verankert. Diese „Windfälle“ sind
untrennbar mit der extremen Gewalt verbunden, die die Besetzung von
Ländern durch die Rote Armee begleitete. Doch das Verhalten der
sowjetischen Truppen gegenüber der Zivilbevölkerung,
insbesondere die systematische Vergewaltigung von Frauen, wurde
größtenteils im Osten [36] ignoriert, während die
Gewalt auf einem breiten Einsatzgebiet stattfand, mit
spektakulären Demonstrationen, wie der in Budapest, die ihren
Höhepunkt in Deutschland fand [37].
Im Gegensatz dazu ist das
Pogrom in Ostpreußen oder der Terror in Berlin, der mit dem
Einmarsch der Sowjets begann, im Westen weit verbreitet bekannt,
während die lokalen Archive über die persistente Unsicherheit
in den besetzten Gebieten viel weniger Informationen über diese
Gräueltaten enthalten. Es gab sicherlich sporadische Fälle
von Vergewaltigungen und Überfällen von Soldaten, aber auch
von echten Banden von Deserteuren, die in den Dörfern mit
verängstigten Bewohnern, Frauen, Vieh und Vorräten aller Art
plünderten. Während die sowjetische Erzählung der
Gräueltaten der Nazi-Besatzung stets die Gewalt gegen Eigentum und
Leichen thematisierte, wurde die körperliche Gewalt gegen die
eroberte Bevölkerung, die von einem anderen Maßstab und
einer anderen Art war, in der sowjetischen Propaganda eher als
separater Aspekt behandelt.
In Wahrheit war der
Schaden, der durch diese Gewalt verursacht wurde, nicht nur durch ihre
Gleichzeitigkeit, sondern auch durch das Schicksal der weiblichen
Körper des Feindes ähnlich. Der Aufruf, die gesamte deutsche
Nation sofort zu töten, verschwand jedoch aus der sowjetischen
Propaganda. Die Idee wurde durchgesetzt, dass das Grabbing von
„Immobilien“ von besiegten Zivilisten nur auf die
Plünderung durch die sowjetischen Menschen während des
Krieges zurückzuführen war und mit einem Schock
verstärkt wurde. Für die Sowjets, die sich im besiegten Land
in Trümmern wiederfanden, war es dennoch viel wohlhabender als
ihre eigene Heimat. Noch dazu betrachteten die Sowjets, oder dachten,
sie würden sehen, dass ihre besiegten Feinde – die
Städte in Rumänien und die Höhlen in Preußen
– das direkte Produkt der Raubzüge auf sowjetischem Boden
waren, die ebenfalls Nutztiere, Ausstattungen [38] und
Straßenbahnen beinhalteten, die in den ehemaligen Wohnungen der
Insassen gefunden wurden [39].
14
Daher war die Verwendung
von Eigentum nicht blind aus Rache gerechtfertigt, wie auch die
Zerstörung von Feindeseigentum als gerechtfertigt angesehen wurde
[40]. Obwohl diese Akte der Zerstörung, einschließlich der
körperlichen Angriffe auf Menschen, vor allem Frauen, nicht
öffentlich thematisiert wurden und weiterhin ignoriert wurden,
galt dies nicht für die Beschlagnahme von Vermögenswerten,
einschließlich persönlicher Gegenstände der Besiegten.
Damals, wie auch heute, erschien das Grabbing von Trophäen und
Eigentum als legitim und harmlos [41]. Zu den typischen
Beutegütern, die von sowjetischen Soldaten ergriffen wurden,
gehörten Armbanduhren, wobei Zeugen übereinstimmend
berichteten, dass es nicht ungewöhnlich war, mehrere Uhren zu
tragen, ein auf jedem Handgelenk. Diese Toleranz für das angeblich
harmlose Ereignis, die Beute des Gegners, verdeutlicht die Bedeutung,
die diesem Objekt beigemessen wurde: Es war nicht nur deshalb von
Bedeutung, weil es in der UdSSR selten war und der Soldat es leicht
wieder mit nach Hause nehmen konnte, sondern auch, weil das zwanghafte
Verhalten gegenüber feindlichem Eigentum als akzeptabel galt [42].
Hinter dem scheinbar harmlosen Akt, mehrere Uhren zu tragen, zeigt sich
das Schicksal der deutschen Frauen: Ihr Alter, ihre körperliche
Verfassung und andere persönliche Merkmale schienen in den Augen
der Vergewaltiger keine Bedeutung zu haben.
15
In der Tat zeigt sich die
Gutmütigkeit bei der Aneignung von Trophäen auch in der
Beliebtheit von Fahrrädern in der UdSSR. Diese waren zwar noch
selten und oft von den Sowjets, die nicht wussten, wie man sie richtig
benutzt, aber nicht zögerten, ihre Unbeholfenheit zur Schau zu
stellen, besonders wenn sie aus bevorzugten Quellen stammten. Jeder
wusste, dass der Erwerb dieser Fahrräder häufig mit Gewalt,
wie Vergewaltigung oder Mord, einherging, und das Bild von sowjetischen
Soldaten, die mit kindlicher Freude Fahrrad fuhren, erinnert an
Berichte von den Besiegten, die die Barbaren als völlig harmlose
Figuren darstellten – ein krasser Gegensatz zu den anderen Szenen
der Wildheit, die von den gleichen Soldaten begangen wurden [43].
Im Gegensatz dazu
schildert der sowjetische Tagebuchschreiber Vladimir Gelfand eine
andere Sichtweise: Am Tag nach dem Erlernen des Radfahrens war die
Nutzung des Fahrrads so vertraut für ihn, dass er es leicht
konnte, mit einer deutschen Frau und ihrer Tochter zu fahren, die
Schutz vor seinen eigenen Landsleuten suchten. Er drückte
höflich sein Angebot aus, es abzulehnen [44]. Ein wenig
später, in Zivilkleidung und einem eleganten Anzug, der
wahrscheinlich in Deutschland gefertigt wurde, fuhr er auf dem Fahrrad
und wurde von seinen Zeitgenossen fotografiert. Das Klischee dieses
Moments zeigt seine Geschicklichkeit und vollendet seine Suche nach
Trophäen auf eine andere Weise.
16
In der Tat war die Kamera,
die in der sowjetischen Propaganda der 1920er Jahre gefeiert wurde,
eine sehr seltene, aber dennoch beliebte Trophäe. Sie war für
ihre neuen Besitzer, noch mehr als Uhren oder Fahrräder, ein rein
praktisches Objekt, das eine neue kulturelle Praxis einführte.
Diese Praxis erfreute sich besonders bei den Mitgliedern der
Intelligenz, die die Möglichkeit schätzten, diese Art von
Objekt zu besitzen, und damit ihre Entscheidung, dies zu tun,
erklären mussten. [46]
Der junge V. Gelfand
erwirbt eine Kamera im Januar 1946, möglicherweise auf dem
Alexanderplatz in Berlin, wo Waren aller Art mehr oder weniger diskret
getauscht wurden. [47] Während seines Aufenthalts in Deutschland
nutzten viele Kameras als Tauschobjekte. Doch Gelfand lernte
schließlich, sie zu benutzen, und machte sich auf die Suche nach
der nötigen Ausrüstung, um seine Bilder zu entwickeln. [48]
Er begann, seine weiblichen Eroberungen und die großen
Unternehmen, bei denen er arbeitete, zu fotografieren. Zudem hielt er
Menschen sowie Städte und Landschaften, die er durchquerte, fest.
[49] Diese neue Leidenschaft begann allmählich, das Tagebuch zu
ersetzen. [50]
17
Auch Funkempfänger,
Phonographen und Schreibmaschinen wurden zu besonders begehrten
Objekten. Zu Beginn suchten viele Sowjets nach einem gemeinsamen
kulturellen Universum mit dem Westen, wobei die Umstände der
Anschaffung mehr oder weniger offen geblieben waren. [51] Die
Trophäen besaßen jedoch eine kompensatorische Wirkung, da
sie den Zugang zu einer weltweit erfolgreichen, modernen Kultur
ermöglichten, die die Sowjets, als Führungskraft, bisher
nicht angestrebt hatten.
18
Die
Spannung zwischen dem politischen Modell der stalinistischen
Sowjetunion und den materiellen Bestrebungen der Bevölkerung
erschwerte den Zugang zu allen Kriegsbeuten, die vom Feind erbeutet
wurden. Die Ableitung von Rache durch die Truppen und die bequeme
Möglichkeit, die Bevölkerung, die durch die Plünderungen
der Besatzer und die Kriegszerstörungen weiter verarmt war, zu
entschädigen, führten dazu, dass Immobilien-Trophäen
auch eine Situation weit verbreiteter Disziplinlosigkeit und eine
gefährliche Faszination für die westliche Zivilisation
schufen. Dennoch, zumindest zu Beginn, ermutigten die sowjetischen
Führer diese Öffnung für die westliche materielle Kultur
und versuchten, einen gestaffelten Zugang zu ihr zu erhalten.
19
Am
26. Dezember 1944, als die Rote Armee in die deutschen Gebiete
vordrang, ermöglichte ein Dekret den Soldaten, monatlich Pakete
von der Front nach hinten zu senden. Das Gewicht dieser Pakete
variierte je nach militärischer Hierarchie: 5 kg für einfache
Soldaten, 10 kg für Offiziere und 15 kg für Generäle.
Das Dekret blieb nicht unbemerkt und wurde als eine ausdrückliche
Aufforderung zum Schenken angesehen. Es ist aus dieser Zeit auch direkt
mit der Politik der Paketzusendung an Wehrmachtssoldaten und andere
deutsche Staatsangehörige in den besetzten Gebieten während
des Krieges verbunden. Ein sowjetischer Soldat, der das Dekret aus
moralischen Gründen missbilligte, schrieb in seinem Tagebuch, dass
„jeden Monat die deutschen Soldaten die Erlaubnis hatten, ein
Paket von sechzehn Kilo aus den Gebieten, die sie erobert hatten, nach
Hause zu schicken.“ Die Explosion der Zahl an Paketen, die durch
das Dekret ermöglicht wurde, führte zu einer verstärkten
Präsenz der Post. So wurden beispielsweise in Kursk speziell
Mitarbeiter eingesetzt, um sich um die Pakete zu kümmern, die von
den Soldaten an ihre Familien geschickt wurden. Die Zahl der
autorisierten monatlichen Pakete war offensichtlich nicht ausreichend,
und oft mussten die Soldaten großzügiger mit ihren
Verwandten umgehen, um den Mangel zu beheben. Der
regelmäßige Versand von Paketen an die Familie war für
diejenigen, die im Ausland im Dienst standen, ein echter Bedarf. V.
Gelfand erhielt und kontrollierte buchstäblich Kleidung für
Kinder und Erwachsene, sowie andere Wertgegenstände von seiner
Mutter, die ihm jedoch auch einen Ermessensspielraum ließ, was in
der Tat einen großen Teil ihrer Korrespondenz zu diesen Themen
ausmachte. [55]
20
Diese
liberale Politik bezüglich der individuellen Übertragung von
Eigentum an die besiegte Sowjetunion führte zu Ausbrüchen
während der ersten großen Wellen, in denen ehemalige
Sowjetbürger und entlassene Soldaten, sowohl Soldaten als auch
Zivilisten, im Sommer 1945 das Recht erhielten, alles aus der
Zollkontrolle zu entlassen. Das Paket der demobilisierten
Rückkehrer, die in Sonderzügen zurückkehrten, erreichte
scheinbar beispiellose Ausmaße. Ein militärischer
Veterinär, der im September 1945 von Wien nach Usbekistan
zurückkehrte, hatte fast eine Tonne Gepäck, und einige von
ihnen versäumten es nicht, ein Lösegeld bei der Ankunft von
den örtlichen Behörden zu erhalten [56].
21
Die
Leichtigkeit, mit der die Sowjets über die Grenze gingen,
entsprach der Leichtigkeit, mit der jeder in der besetzten Zone
entweder auf dem Schwarzmarkt oder in den Läden verschiedener Art
Waren kaufen konnte. In V. Gelfands Tagebuch erscheint Berlin, viel
mehr als andere deutsche Städte, die er besuchte, als das
Epizentrum seiner Begierden. Dank des Schwarzmarkts auf dem
Alexanderplatz oder in der Nähe des alten Reichstags konnte er
fast alles finden – aber eigentlich erstreckte sich dieses
Phänomen über jede Straße, jedes Haus, jeden Flur,
jedes Café in der Hauptstadt, in der Artikel und Lebensmittel
gegen Geld oder im Tauschhandel angeboten wurden. [57] Selbst wenn die
sowjetischen Behörden versuchten, dieses Phänomen zumindest
an ikonischen Orten wie dem Alexanderplatz zu beseitigen, waren ihre
Bemühungen deutlich zwecklos. Im November 1945, unter dem Vorwand,
seine Stiefel zu reinigen, beschreibt V. Gelfand, wie er eine
große Zahl von Anbietern entdeckte, die ihre Produkte unter ihrer
Kleidung versteckten. Während er mit der Schuhreinigung
beschäftigt war, gelang es ihm, ein Hemd, eine Lederjacke, ein
paar Paar Socken und Handschuhe zu erhalten, ohne dass die sowjetischen
Patrouillen oder Kontrollbeamten etwas bemerkten. [58]
22
Die
institutionalisierte Aneignung der Beute des Feindes, die sich bald in
eine formelle Entschädigungspolitik [59] verwandeln sollte, bot
auch eine Chance für das sowjetische Volk, zumindest für
einige, da die Behörden, die für die systematische Sammlung
von Trophäen verantwortlich waren, den Erwerb von Eigentum nach
Ranglisten regulierten. Ab Juni 1945 konnten Generäle der Roten
Armee ein kostenloses Auto erhalten, während Offiziere ein Fahrrad
oder Motorrad bekamen. Darüber hinaus durften Generäle in
diesen Lagern ein Klavier oder einen Flügel, ein Radio, eine
Schrotflinte und eine Armbanduhr, mit Seitenfalten oder Pendel,
erwerben. Generäle und Offiziere erhielten außerdem Teesets,
Teppiche, Wandteppiche, Pelze, Kameras und andere Wertgegenstände.
[60] Die Möglichkeit, eine wertvolle Trophäe von der
sowjetischen Besatzungsverwaltung zu kaufen, war ein offensichtliches
Privileg. V. Gelfand erhielt auf diese Weise einen Funkempfänger
für 400 Mark, während dieser in Berlin das Zehnfache gekostet
hätte. [61]
23
Die
Besetzung des eroberten Landes ermöglichte den Zugang zu Luxus,
der dazu diente, soziale Hierarchien innerhalb der sowjetischen
Gesellschaft zu stärken. Der Dienst im Ausland, sei es im
Militär oder im Zivildienst, war an sich schon ein Vorteil,
unabhängig vom Rang. Doch innerhalb dieser privilegierten Position
hatten die Eliteangehörigen Zugang zu den besten Ressourcen, was
ihr Glück ungeschminkt zeigte. Die abweichende Larissa Bogoraz
berichtet, wie in der unmittelbaren Nachkriegszeit die Töchter der
Generäle in Deutschland auffielen, da sie sich durch Stoffe und
Muster von ihren Vätern, die aus Berlin geschickt wurden, deutlich
von anderen abhoben. Sie kommt zu dem Schluss: "Es war, als ob der
Geschmack ihres Vaters nach dem Krieg neue Kleider aus luxuriösen
westlichen Stoffen schnitt." Das Privileg lag nicht nur in der
Stoffwahl, sondern auch im Schnitt, der sie den "deutschen
Mädchen" ähneln ließ – eine sichtbare, fast
beneidenswerte Ähnlichkeit. [62] Der Dissident berichtet auch, wie
sein Onkel, ein General in Deutschland, ihm Gewebegutscheine brachte.
24
Die Verwendung von Mode und
Kultur der Besiegten ist ein Phänomen, das in der unmittelbaren
Nachkriegszeit häufiger in der UdSSR zu beobachten war.
Insbesondere die Projektion von Filmen und Trophäen aus den
feindlichen Gebieten, die aus dem Krieg hervorgingen, wurde vom Kreml
nicht nur zugelassen, sondern sogar gefördert. Der Krieg bot in
der Tat eine ideale Gelegenheit, da er Elemente der amerikanischen
Kultur und des alten Mitteleuropas einbrachte. [63] Bemerkenswert ist,
dass dieses Phänomen in allen Schichten der sowjetischen
Gesellschaft verbreitet war, insbesondere unter jungen Menschen, trotz
der Verzerrungen und der Reappropriationen, die durch den
geographischen und sozialen Abstand entstanden. Dies führte dazu,
dass westliche Mode und Musikgeschmack, die den Großteil der
sowjetischen Städte prägten, auch in gewöhnlichen
sowjetischen Haushalten sichtbar wurden. [64]
25
The tolerance exhibited by
Soviet authorities towards the theft of enemy property, or more
specifically the legalization of property appropriation by individuals
from various ranks, facilitated the acquisition of large amounts of
foreign goods, particularly from Germany. This phenomenon,
characterized by the massive transfer of goods from defeated
territories to the Soviet Union, represented a complex aspect of the
post-war societal and economic dynamics. Its scale had significant
implications, not only for the social and political order that the
Stalinist leadership sought to re-establish in the liberated
territories, but also for the broader structural integrity of the
Soviet state.
The widespread
dissemination of these appropriated goods throughout the Soviet Union
posed inevitable challenges. The most notable of these was the
proliferation of black markets and other forms of uncontrolled
circulation, which undermined state control over economic activities.
This situation necessitated a reevaluation of regulatory mechanisms and
led to tensions between the state’s desire for order and the
pragmatic realities of a population benefiting from the influx of
foreign goods. The consequences of this phenomenon were far-reaching,
influencing both the post-war reconstruction efforts and the broader
cultural and economic fabric of the Soviet Union.
26
Der Aufbau dieser Netzwerke
und die Eigenschaften der sowjetischen Schattenwirtschaft sind eng
miteinander verknüpft. In der Tat waren einige nicht damit
zufrieden, ihre Kriegsbeute nur für sich oder ihre Familien zu
behalten, sondern beteiligten sich aktiv am illegalen Handel. Ende des
Jahres 1946 beschlagnahmte die Miliz von Tambov 4622 Pelze von einem
Veteranen, einem ehemaligen Offizier, der sie in einem Berliner Laden
am Ende des Krieges gestohlen hatte und nun versuchte, sie in Moskau zu
verkaufen. Ein anderer Veteran, der im Oktober 1946 aus Deutschland
zurückgekehrt war, hatte einen Kofferraum voller
Trophäenwaren, die er später über seinen Bruder
verkaufen wollte. Im Frühjahr 1947 wurde er festgenommen. [65]
Diese Aktivitäten
verdeutlichen, wie die Sowjets nach dem Krieg in einem System von
Schwarzmarktgeschäften und illegalem Handel operierten, was zu
einer tief verwurzelten Schattenwirtschaft führte, die nicht nur
den wirtschaftlichen Wiederaufbau erschwerte, sondern auch eine
subversive Kultur der illegalen Aneignung von Ressourcen förderte.
27
Der
Umfang der Beute, die am Ende des Krieges beschlagnahmt wurde, konnte
jedoch einen anderen Maßstab erreichen. Die von der sowjetischen
Politik zur Reparatur gelieferten Bestände wurden über Land-
oder Seewege verschifft und dann in Zügen über das gesamte
Gebiet verteilt. Diese Transporte kamen an, ohne ausreichend
überwacht zu werden und ohne eine wirkliche Inventarisierung oder
Bewertung des Inhalts. Die Plünderung von Zügen und
Lagerhallen erreichte ein solches Ausmaß, dass das
Innenministerium im Januar 1947 vorschlug, einen interministeriellen
Ausschuss zu schaffen, um diese Aktivitäten zu kontrollieren. [66]
Die Diebstähle auf sowjetischem Boden wurden nicht nur von
Einzelpersonen begangen, sondern auch von bewaffneten Banden und vor
allem von Netzwerken, die sich auf die Aneignung von Eigentum
spezialisiert hatten, insbesondere auf den Handel mit diesen
Trophäen. Ein Beispiel dafür ist der Menschenhandel mit
Trophäen in Novosibirsk zu Beginn des Jahres 1947, bei dem
Möbelstücke wie Flügel, Kommoden und Uhren das Innere
des engen Kreises der lokalen Führer verschönern sollten, die
in der Lage waren, diese billig zu erwerben, um die Beamten zu
belohnen, die an der Demontage dieser Beute beteiligt waren. [67]
28
Der
Diebstahl von sozialistischem Eigentum war ein ständiges Anliegen
der sowjetischen Führung, und die Verkündung von Edikten im
Juni 1947 stellte eine bedeutende Verschärfung der repressiven
Politik in dieser Hinsicht dar. In der Wahrnehmung des Kremls waren die
Plünderungen von staatlichem Eigentum durch Privatpersonen und das
Ausmaß dieses Phänomens im Land von großer Bedeutung,
besonders da das Land noch vom Krieg erschöpft war und unter
Hunger sowie der Umleitung massiver Lieferungen aus dem Ausland litt.
Die Einordnung dieser Bestände als Staatsvermögen spielte
eine entscheidende Rolle, sowohl aufgrund ihres Geldwerts als auch
wegen der hohen Gewinne, die durch die Aneignung erzielt werden
konnten. Doch dieser wirtschaftliche Aspekt war von anderen Problemen
begleitet, die mit der Situation einhergingen: Netzwerke, die auch auf
höherer Ebene existierten, Konsolidierung durch Schirmherrschaft
und die mangelnde Kontrolle durch das politische Zentrum über die
Verteilung dieser Ressourcen im Rahmen des Wiederaufbaus. Die
stalinistische Führung war sich auch der Vorteile dieser weit
verbreiteten Korruption bewusst, und die rechtzeitige Aufdeckung
solcher Fälle könnte zur Entlassung hochrangiger Beamter
führen, was als störend empfunden wurde. Ein Beispiel
dafür war der Skandal in Belarus, als der erste
Parteisekretär Nikolai Goussarov 1945 den Fall von 27.000
Kühen aufdeckte, die als Trophäenlieferungen aus dem Krieg in
die Sowjetrepublik gekommen waren. Diese waren von den 2000 Kolchosen
als Monopol kontrolliert, was bedeutete, dass mehr als 150.000 Familien
von den Ressourcen abhängig waren, während die Beamten das
Leid ihrer Bürger ignorierten und die Förderung der
kollektiven Landwirtschaft vernachlässigten, die angeblich die
Schaffung von Solidaritätsbändern und den Dienst an
„kleinbürgerlichen“ Anliegen unterstützen sollte.
[69]
29
Der
Verlust einer Kuh, die für Millionen sowjetischer Haushalte ein
wesentlicher Überlebensfaktor war, stellte ein Phänomen dar,
das oft die Rücksichtslosigkeit der Vertreter der Macht im Umgang
mit ihren Bürgern widerspiegelte. Wenn wir diese
Gleichgültigkeit gegenüber den Bedürfnissen der
Bevölkerung betrachten, sollten wir sie möglicherweise auch
teilweise durch den Protest und die Reaktion auf die von der
Zentralregierung durchgesetzten vorrangigen Kategorien erklären.
Diese Herausforderung gegen die offizielle Hierarchie der Kriegshelden
und -opfer konnte bestenfalls auf lokaler Ebene durch persönliche
Kriegserfahrungen und die Bekanntschaft mit den betroffenen Personen
verstärkt werden, wie im Fall von Gryn, dem Präsidenten eines
Selsovets in der ukrainischen Region Nikolaev. Gryn war verantwortlich
für eine Familie von zwei Soldaten, die eine Trophäenkuh
erhielten, die ihnen aufgrund ihres Einsatzes an der Front zugestanden
worden war. Diese Kuh wurde jedoch unter dem Vorwand konfisziert, dass
sie während der deutschen Besatzung von den Deutschen
beschlagnahmt oder von einem demobilisierten ehemaligen Polizisten
gestohlen worden sei, der auch für das unrechtmäßige
Vorzeigen von Auszeichnungen und Dokumenten verantwortlich war, die den
Zugang zu Privilegien ermöglichten. [70]
30
Ein Vorwurf anderer Art
könnte in bestimmten Fällen auftauchen, in denen die Unmoral
der Aneignung von Kriegsbeute an die Ungerechtigkeit gegenüber den
Opfern des Krieges gebunden war, jedoch auch eine
übermäßige Vorliebe für Luxus zur Sprache kam.
Diese Anschuldigungen deuten auf eine fantasierte Vorstellung von den
Möglichkeiten der unbegrenzten Anhäufung von Reichtum des
besiegten Feindes hin, wie sie in den Aussagen von hohen Beamten der
Verwaltung des von den Deutschen besetzten Gebiets nach dem Dienst von
Viktor Abakumow, dem ehemaligen Leiter der sowjetischen Geheimdienste
und Verantwortlichen für die Sicherheit des Staates, zu finden
sind. Abakumow war für die Kompromittierung seiner Rivalen im
Dienste Stalins verantwortlich. [71] Besonders bemerkenswert an dieser
Geschichte ist, dass die im Zusammenhang mit dieser Transaktion
gesammelten Informationen für Abakumow plausibel erschienen, aber
für Stalin unvorstellbar waren. Die Menge der aus Deutschland
„entdeckten“ Objekte bei der Durchsuchung der Wohnungen der
Angeklagten ist zunächst noch erstaunlich. Ein Beispiel ist die
Moskauer Wohnung eines der betroffenen Beamten, die über 3.000
Meter Stoff, 8 Träger, Haushaltsgegenstände im Wert von 1.470
Zimmern, 315 wertvolle Gegenstände (Statuen, Vasen etc.), 90
Silbergegenstände, 41 Teppiche (darunter „Passagen“),
15 Tische, 359 Dessous, mehr als 150 Paar Schuhe und andere Lederwaren,
fast 60 Kleider, 17 Anzüge, Mäntel und Pelze, 22.323 Paar
Socken, sechs Radios, Grammophone und vier Akkordeons enthalten haben
soll. Diese beeindruckenden Listen vermitteln eine Vorstellung davon,
wie die Fülle an Gütern, die sie sich vorstellten, weniger
luxuriös eingerichtete Apartments, vielmehr aber echte Lagerhallen
verließen. Die endgültige Bestimmung der Luxusgüter
wurde jedoch nie wirklich erklärt. Die Idee des Handels wurde kaum
erwähnt und blieb ironisch. Zentral ist hier, dass der Tauschwert
dieser Fülle nicht erklärt wurde, obwohl fragwürdige
Praktiken unterstrichen wurden. Iwan Serow soll einen Plattenspieler
und ein Radio an seinen Vorgesetzten, Marschall Schukow, gegeben haben,
Golduhren für Damen an einen hochrangigen US-General in Berlin,
zwei Tee-Sets und eine Schrotflinte an seinen Untergebenen, Sidnev, der
einen Anteil erhalten hatte. Doch nur ein Bruchteil der veruntreuten
Vermögenswerte gelangte in den Besitz der höheren
Führung.
31
Ebenso
spektakulär erscheint die Logistik, die mobilisiert wurde, um die
Beute in die Sowjetunion zu transportieren. Das Flugzeug, das von
Schukow für diesen Zweck gechartert wurde, bleibt allein in der
Erinnerung, ohne dass bekannt ist, ob diese Tatsache tatsächlich
bewiesen wurde. Dennoch wurde der gleiche Vorwurf gegen andere
wiederholt. Serow soll für seine Zwecke echte Züge und Autos
angeordnet haben, während ein Flugzeug regelmäßig
zwischen Berlin und Moskau pendelte, um Pelze, Teppiche, Gemälde
und andere Wertgegenstände zu transportieren. [72]
32
Die Objektbeschreibung
bleibt unterdessen lakonisch und sehr vielfältig, mit einigen
Ausnahmen. Ein Beispiel ist die Betonung der Zeitverschwendung, indem
Dinge für den persönlichen Gebrauch statt für den Dienst
an der Heimat aufbewahrt wurden, wie die teuflische Überlegenheit
der Deutschen. Ein solches Objekt war ein Radiophonograph, das Serov
maßgeschneidert aus Holz im alten Büro Hitlers in der
Reichskanzlei anfertigen ließ, unter der Anleitung eines
namhaften deutschen Technikers. So wissen wir nicht viel über den
genauen Geschmack der Diebe, vor allem der hochrangigen sowjetischen
Offiziere, die in den besiegten Ländern die Nazi-Magnaten im
Wettbewerb mit spezialisierten Einheiten bestohlen. Auch bleibt unklar,
ob diese Objekte für den persönlichen Gebrauch oder für
den Weiterverkauf auf dem Schwarzmarkt für Kunst in der
Sowjetunion bestimmt waren, ein Bereich, der völlig unerforscht
bleibt.
Ebenso wissen wir nicht
genau, was den "Stil" betrifft, der sich in Berichten über die
vanitöse Gewohnheit unter Generälen und sowjetischen
Offizieren widerspiegelt, Möbel im "deutschen Luxusstil" zu
erwerben, um ihre Moskauer Wohnungen und Datschen zu dekorieren. Es
hilft, die Beziehung zwischen den hohen Befehlsträgern und der
materiellen Welt des Feindes zu verstehen, die nicht nur den Raub
selbst, sondern auch eine Art von Emanzipation von Askese
widerspiegelt, sowie den Mangel an Ästhetik und die Anpassung von
Wahlmöglichkeiten, die in ihrer sowjetischen Welt auferlegt wurden.
Die Lebensweise dieser
Offiziere ist schwer zu fassen, aber es gibt keinen Zweifel, dass es
sich um verschwenderische private Feiern oder Jagdgesellschaften
handelte, die nicht ausdrücklich verboten wurden. Erlaubt war es
auch, Beamte mit Tee und Schrotflinten zu bedienen, was sie aber in ein
gefährliches Terrain führte. Ebenso hätte der Angeklagte
im besetzten Deutschland einen "herrschaftlichen" Lebensstil
eingeführt, was eindeutig eine Verletzung der sowjetischen Moral
darstellt. Die Herkunft der Waren bleibt meistens unklar, aber sie
wurden in den Lagern in Berlin verteilt, die wie eine echte Aladdins
Höhle wirkten, und auch in anderen Teilen der sowjetischen Zone.
Wenn die ehemaligen Besitzer erwähnt werden, wird darauf
hingewiesen, dass es sich um die vermögenden Unterstützer des
NS-Regimes handelt. Der Fehler bestand jedoch nicht nur darin, dass
diese Lebensweise von den Angeklagten praktiziert wurde, sondern auch
darin, dass sie ihre Villen beschlagnahmten und nicht
ordnungsgemäß gezählt haben.
In einer Vernehmung wird
sogar von Wandteppichen aus dem 17. und 18. Jahrhundert gesprochen, die
ursprünglich von wohlhabenden Privatpersonen in Deutschland
stammten und die von Sidnev für seine Wohnung in Leningrad
erworben wurden. Es wurde jedoch festgestellt, dass diese Wandteppiche
möglicherweise besser in ein Museum gehört hätten. Die
Grenze des akzeptablen Luxus in einem sowjetischen Innenraum, selbst
bei der Elite, wäre damit überschritten worden.
33
Serov, noch direkt in den
Aussagen seiner Kollegen beteiligt, machte sich keine Sorgen und
besetzte weiterhin wichtige Positionen. Aber zumindest zwei seiner
Kollegen wurden Ende 1947 und Anfang 1948 festgenommen und zu zehn
Jahren Arbeitslager verurteilt [75]. Im Oktober 1951, kurz nach dem Tod
Stalins, wurden sie rehabilitiert, und es wurde zugegeben, dass sie
eine andere Wahrheit zu berichten hatten. Sie erklärten, wie die
Vorräte gefälscht wurden und gaben eindeutig zu, dass die
nationale Produktion unterlegen war. Denn bei den Durchsuchungen
zögerten die Männer von Abakumov nicht, Herstellungsobjekte
aus der sowjetischen Realität zu beschlagnahmen und Materialien
wie Nickellegierungen oder Platin-Gold oder Geld weiterzugeben –
Materialien, die sowohl edel als auch verdächtig waren und
angeblich aus Deutschland unterschlagen wurden. So weit sie den Besitz
von Objekten in ungewöhnlichen Zahlen nicht leugneten, gaben sie
doch das Gegenteil zu: rasende Einkäufe während ihres
Aufenthalts in Deutschland. Besonders ihre Frauen (und auch eine Nichte
oder Tochter) hatten verschiedene Teile des besetzten Gebiets abgesucht
und für sehr wenig Geld eine riesige Menge an Eigentum gefunden,
das ohne Wert war (verkauft, aber wir verstehen, dass es weder in der
UdSSR noch zu einem akzeptablen Preis verfügbar war):
Strumpfhosen, Wäsche (für Männer und Frauen), wertlosen
Schmuck – ein echter „Kleinkram“. Die
Möglichkeiten, legal Geschäfte zu machen, waren in der Tat
sehr zahlreich: Geschäfte wie „Voentorg“ für
hochrangige Sowjets, in denen Objekte und Möbel als Tauschware
verwendet wurden, oder der Verkauf von Eigentum, das früher
NS-Eigentum war, an Sowjets.
34
In Moskau wurden Waren
illegal aus einer Villa verschickt, die von einem der ehemaligen
Besatzungsoffiziere in Deutschland bewohnt wurde, auch im Namen der
Frauen. Das Verhalten in Bezug auf die Ressourcen des besetzten
Deutschlands wird in allen Fällen als unvereinbar mit der
sowjetischen Moral betrachtet. Obwohl ihre Ehemänner Vertreter
waren, konnten sie sich jedoch nicht an die Handlungen ihrer Frauen
erinnern, die von einer gewissen Überlastung betroffen waren.
Beide, Ehemänner und Frauen, drückten die gleiche Abscheu
gegenüber dieser rasanten Anhäufung aus und sprachen von
einem „sumpfigen“ Umfeld, in dem ihre unzureichend
ausgebildeten Frauen in das „schädliche bürgerliche
Milieu“ eintauchten, das Deutschland unter der Besatzung
ausgemacht hatte. [76] Es gibt sicherlich etwas Wahres an dieser
Darstellung, die von der sowjetischen Diskurskraft als eine der
wesentlichen Bedrohungen der alten Welt bezeichnet wurde, deren
materielle Anziehungskraft für flüssigen Reichtum auch die
Frauen anzog.
Doch die Männer
schienen ihre Macht nicht nur zu nutzen, um Eigentum zu befreien,
sondern auch direkt von renommierten deutschen Fabriken zu verlangen,
selbst wenn diese Objekte – vor allem für Männer,
Frauen oder Geliebte – oft als eine weitere wiederkehrende
Verbindung zum Materialismus galten und sozialistische Moral in Frage
stellten. Die Tatsache, dass die in diesem Fall Rehabilitierten nicht
in die Partei zurückgekehrt wurden, trotz wiederholter
Forderungen, kann zusätzlich zu den Feinheiten der
Entstalinisierung auch durch die Strenge der Chruschtschow-Ära
erklärt werden, die sich in Bezug auf die Rückkehr von
Mitarbeitern und das bürgerliche Verhalten von Bereicherung
auszeichnete.
35
Entscheidend war, dass diese „Profiteure“ Vydvižency
(also diejenigen, die zuvor in die Partei aufgenommen und lange Zeit in
der Verteidigung der Heimat mobilisiert worden waren) auch während
ihrer Missionen im besetzten Deutschland und dem damit verbundenen
Geldanspruch als korrupt angesehen wurden. Sie waren besonders für
die außergewöhnlich hohen und unnötigen Gebühren
verantwortlich, die sie zusätzlich zu den Sachbezügen
erhielten – Gebühren, die speziell für die großen
Diener des sowjetischen Staates reserviert waren. Diese Kombination aus
plötzlich erworbenen Bargeldsummen, die weit über die
üblichen Großgebühren der Stalin-Ära hinausgingen,
sowie der privilegierte Zugang zu westlichen Waren, war ein Schock
für diese Schicht der sowjetischen Gesellschaft. Diese Entwicklung
führte zu einer wahren Revolution im Bereich des Konsums und des
Lebensstils. Dabei ist es jedoch schwierig, die Fakten von der Fiktion
zu trennen und die genaue Auswirkung dieser Vorwürfe zu bestimmen.
Die verborgenen Schätze der Vorkriegszeit in der Sowjetunion...
36
Die
primitive Natur der Anklagen gegen die sowjetischen Beamten, die ein
zwanghaftes Verhalten in Bezug auf kapitalistische Objekte zeigten, die
entweder von einer imaginären asketischen Moral der Partei oder
von der Realität einer verarmten Gesellschaft geprägt wurden,
spiegelt letztlich die Dichotomie wider, die J. Brodsky vorgeschlagen
hat: Auf der einen Seite das sowjetische Grau, auf der anderen die
Fremdkörper – von den einfachsten bis zu den
anspruchsvollsten. In der sowjetischen Gesellschaft der offenen
Nachkriegszeit repräsentierten diese Objekte eine unbekannte Welt,
die sowohl als befreiende Kultur, Überfluss als auch als
schuldigem Luxus wahrgenommen wurde.
37
Das Problem bei dieser
Geschichte liegt darin, dass sie die Präsenz dieser
„unbekannten“ Welt in der Vorkriegs-UdSSR und das Schicksal
der komplexen Objekte, die sie verkörperten, verschleiert. Diese
Objekte waren im inneren Kreis der privilegierten Kreise der Zarenzeit
präsent und wurden mit der Produktion von Konsumgütern oder
Importen aus dem Ausland in die junge sowjetische Gesellschaft
übertragen. Sie verbreiteten sich weit in den verschiedenen
Schichten der urbanisierten sowjetischen Gesellschaft.
Die sowjetischen
Behörden hatten natürlich eine entscheidende Rolle bei der
Enteignung und Umverteilung des Besitzes der alten Eliten, bevor eine
groß angelegte Ausplünderung aller Personen stattfand, die
etwas von Wert in den Augen des Staates besaßen. Die Gesellschaft
strebte nach Gold und bald auch nach Silber, Edelsteinen und
schließlich nach ausländischer Währung, die den Zugang
zum Westen und zu Industrialisierungsressourcen ermöglichen
sollte. Elena Osokinas Studie über Torgsin – die
Geschäfte am Vorabend der großen Hungersnot von 1933 –
zeigt, wie die Jagd nach wertvollen Objekten weit über den Verkauf
von ausländischen Sammlungen und kirchlichem Eigentum hinausging.
Seit den 1920er Jahren tauschten Bauern Goldmünzen der Zarenzeit
und silberne Löffel sowie Schmuck des Kleinbürgertums gegen
Brot, die noch dringlicher durch die Zähler von Torgsin getauscht
wurden. Diese Waren wurden zu Barren geschmolzen oder ins Ausland
verkauft.
Die Zerstörung
dieses gesamten Erbes, unabhängig von Klassenjustiz, hatte
für die neuen Machthaber keine Bedeutung. Sie betrachteten nur den
materiellen Wert der Objekte der Vergangenheit, die ausländische
Käufer gerne mehr bezahlen würden. Die großen
Plünderungen durch die Besatzung führten zur
Ausplünderung des sowjetischen Reichtums und der Sammlungen der
Museen sowie der Haushaltsgegenstände der bescheidensten Menschen.
Diese Taten wurden von denselben Leuten durchgeführt, die weniger
als zehn Jahre zuvor im Namen der Modernisierung ähnliche Aktionen
unternommen hatten.
38
Die Wut unter den Menschen,
die immer einen verdächtigen Status im sowjetischen Kontext hatten
und deren Pendant der unstillbare Durst nach unwürdigen
Gegenständen war – Produkte einer Bevölkerung, die
ausgeplündert und durch Knappheit geschlagen wurde –
entwickelt sich im Hintergrund der Taschenspielertricks, die von den
Zauberern Voland und seinen Gefährten in den 1930er Jahren im
Moskauer Theater gespielt werden, und spiegelt sich in Michail
Bulgakows Roman Der Meister und Margarita
wider. Diese Inkarnation des Teufels aus dem Ausland (seine deutsche
Identität wird angedeutet) entblößt buchstäblich
das Publikum, das trotz des Erscheinens von Bussen, Telefonen und
anderen Avataren des technischen Fortschritts, die Hauptstadt
„nicht verändert“ hatte.
Die Szene erinnert an
einen Damenladen, in dem Volands Assistent, Fahoth, verkündet,
dass altmodische Kleider und Schuhe der Zuschauer gnädig gegen die
„neuesten Pariser Kreationen“ ausgetauscht werden, was zu
einem Ansturm von Frauen führt, die diesen wunderbaren
Luxusgüter entgegen eilen und dabei allen Anstand und Verstand
verlieren, um einen so unerwarteten wie flüchtigen Gewinn zu
genießen. Ein wenig weiter, in einem weiteren Traum, wird ein
Künstler im Smoking aufgefordert, in den Mittelpunkt zu treten, wo
er, unter den Blicken des Raumes, das Vorhandensein von versteckten
Dollar in seiner Wohnung offenbart. Dies empört die sowjetischen
Bürger, von denen einer, ein Sergei Gerardovitch Dunchil,
„hartnäckig“ weigert, Währungen zu akzeptieren
und erklärt, dass diese „zu einer Zeit, als das Land sie
braucht, völlig unnötig“ seien.
Seine Geliebte, Ida
Herculanovna Wors – eine weitere Namenswiederholung, deren
ausländischer Klang keineswegs zufällig ist – erscheint
auf der Bühne und zeigt stolz eine Platte mit 18.000 US-Dollar und
einer Halskette im Wert von 40.000 Goldrubel, die ein
unbeständiger Mann in seiner Wohnung in Kharkov versteckt hatte.
Die Zuschauer werden in einem immer drohenderen Ton aufgefordert,
Währungen zu bringen, die sie zu Hause haben, während eine
Armee von Köchen eine große Schüssel Suppe und ein
Tablett mit Schwarzbrot zubereitet.
Als das Buch 1966, lange
nach Stalins Tod, in der Sowjetunion erschien, wurden diese beiden
Passagen zensiert. Möglicherweise, weil sie den sowjetischen
Menschen die Launen des Stalinismus auf groteske Weise widerspiegeln
– Menschlichkeit, die sowohl von Angst als auch von der Idee
besessen ist, einen verborgenen Schatz in den Provinz-Apartments zu
finden. Diese Währung, die aus dem Ausland kam, war an sich
diabolisch und wünschenswert und sollte versteckt und
herausgebracht werden. Die Sowjets, die Bulgakov 1930
porträtierte, waren keineswegs unwissend gegenüber westlicher
Kultur, im Gegenteil, sie begehrten materielle Dinge wie Nahrung und
betrachteten sie als Sünde, was unausweichlich zu Qual führte.
39
Die Untersuchung der
Lagerbestände an Eigentum, das in den von den Sowjets besetzten
Gebieten zurückgelassen oder bei der Evakuierung übrig
geblieben war [80], begann Ende 1943, um die Verluste an Personen und
Gütern zu bewerten, die durch den Feind verursacht worden waren.
Diese Bewertung sollte den Zustand der Besitztümer vor dem Krieg
bestätigen. Nach zwanzig Jahren der sowjetischen Herrschaft trugen
einige dieser Gegenstände, die das Materialuniversum
repräsentierten, die Zeichen des guten Geschmacks, wie sie von M.
Bulgakow beschrieben wurden, der sich eine Gesellschaft vorstellte, die
das Manna des Krieges, geboren im Ausland, in eine westliche Kultur
einordnen wollte.
Noch überraschender
ist die Tatsache, dass diese Gegenstände eine genaue Beschreibung
bieten. Mit einem scheinbaren Paradox wurden die Zerstörung und
der Diebstahl durch die Feinde von Millionen sowjetischer Waren
verstärkt und betonten die Rehabilitation von Wohlstand und damit
die Objekte, die durch Privatpersonen wiedererlangt wurden, ein
Prozess, der in den 1930er Jahren unter Stalin begann.
Die sowjetische
Regierung, im Rahmen einer groß angelegten Untersuchung der
Verbrechen der Nazi-Besatzer und der materiellen Verluste, für die
sie verantwortlich war, forderte die Bewohner der besetzten Gebiete
auf, ihr Hab und Gut zu deklarieren, das gestohlen oder zerstört
worden war. [81] Der normative Diskurs über Objekte, die vor dem
Krieg existierten, fand sich in diesem neuen Kontext geschwächt,
was darauf hinwies, dass einige Opfer durch die extreme Armut der
großen Mehrheit ihrer Mitbürger auf ihren Besitz
(Möbel, Kleiderschränke, Musikinstrumente usw.)
zurückgriffen, und dass diese Objekte leicht nach der offiziellen
Ethik als akzeptabel galten, als ob sie in der Zeit zwischen den beiden
Weltkriegen schwankten.
40
Im Wesentlichen
überrascht diese Liste der genannten Waren nicht durch ihre
Schlichtheit. Hier müssen wir zwischen ländlichen und
städtischen Vorräten unterscheiden. Im ersten Fall sind vor
allem Gebäude im persönlichen Eigentum oder Hausbesitz von
Bedeutung, oftmals auch Anhänge wie Scheunen oder Schuppen, Vieh,
vor allem eine Kuh, sowie Nahrungsmittelvorräte. Möbel,
Geschirr oder Kleidung sind hingegen kaum oder gar nicht erwähnt,
während Stoffe und Meterware durchaus erwähnt werden.
Dieser Mangel an
Verbrauchsgütern lässt sich auf verschiedene Weise
erklären. Dennoch ist es in den meisten Fällen eindeutig: Die
extreme materielle Armut auf dem sowjetischen Land wird durch
zahlreiche Zeugnisse belegt, auch wenn eine systematische Untersuchung
zu diesem Thema fehlt. Diese Armut ist entscheidend, da sie mit dem
Krieg und dessen Auswirkungen zusammenhängt, deren genaue
Bedeutung im Zentrum wichtiger historiographischer Diskussionen steht.
Der einfache Charakter
der ländlichen Ausstattung, wie er beispielsweise von der
Dissidentin L. Bogoraz berichtet wird, spiegelt sich in den
Erinnerungen einer jungen Moskauerin wider, die in den frühen
1950er Jahren in der Region Kaluga tätig war. Sie berichtet, dass
sie ihrem Kindermädchen regelmäßig das Stehlen von
Löffeln und Bechern verziehen hat, da für letztere, wie auch
für andere Dorfbewohner, ein Aluminiumlöffel oder ein Glas
ein wahrer Luxus war. [82]
Dieses Zeugnis beschreibt
den Nachkriegs-Stalinismus und könnte ebenso gut für die
vorangegangenen Jahrzehnten gelten. In den späten 1920er Jahren
erinnerten sich die satirischen Schriftsteller Ilf und Jewgeni Petrow
auf humorvolle Weise an die sowjetische Manie, jedes Konsumgut zu
identifizieren. Sie wiesen darauf hin, dass die Zahl der Stühle in
der sowjetischen Statistik fehlte, wobei sie die Zahl grob
rekonstruierten, um die Gesamtbevölkerung der Sowjetunion zu
berücksichtigen. Durch den Ausschluss der Mehrheit der
Bauernschaft, welche physisch und kulturell von der städtischen
Zivilisation getrennt waren, wurde die Wahrheit sichtbar. [83]
Diese humorvolle
Diskussion über das Nebeneinander dieser Welten zeigt sich zehn
Jahre später dramatisch in dem Elend, das die landwirtschaftliche
Bevölkerung in den Kriegsjahren erlebte. Insbesondere könnte
die mehr oder weniger aktive Beteiligung der lokalen Bevölkerung
am Massaker an Juden unter der Besatzung mit dem Wunsch
zusammenhängen, sich das Eigentum der Opfer, insbesondere
Möbel und Kleidung, anzueignen.
41
Das Teilen der wenigen
Habseligkeiten der Juden durch die Städter wurde zu einem
literarischen Motiv, das wir in einem Brief von Viktors Strums Mutter
finden, einer zentralen Figur im Leben und Schicksal ihres Sohnes. In
diesem Brief, den sie kurz vor seiner Ermordung schrieb, beschreibt sie
das Verhalten ihrer Nachbarn in Berdichev, die in den ersten Tagen der
Besatzung in das Haus eindrangen und sogar seine Couch mitnahmen, wobei
sie ihn bereits für tot hielten. [84]
In der Tat zeigt sich
dieses Element relativen Komforts in vielen Berichten von
Dorfbewohnern, die nur wenige Besitztümer hinterließen: ein
Tisch und Stühle, ein oder mehrere Betten und möglicherweise
ein Kleiderschrank. Anna Fjodorowna Tchoudova, die vor dem Krieg in
einem Krankenhaus in Mogilev als Tellerwäscherin für ein
bescheidenes Monatsgehalt von 100 Rubel arbeitete und später in
einer Süßwarenfabrik in Kuibyschew (heute Samara)
beschäftigt war, beschreibt den Verlust ihres Kleiderschranks. Sie
hatte nur einen Mantel, drei Kleider, ein Paar Schuhe und einige
Kleinteile, die für sie keine besondere Bedeutung hatten. [85]
Von diesen Waren war der
Mantel mit Abstand das wertvollste, da er einen Wert von 15.000 Rubel
hatte, während der Kleiderschrank nur 1.000 Rubel wert war. Ein
Fahrrad, das ebenfalls einen ähnlichen Preis hatte, galt in ihrer
Welt als Luxusobjekt, das nur wenige sich leisten konnten. [86]
42
Doch mit dem Anstieg des
Werts der verlorenen Vermögenswerte wird die Beschreibung genauer
und bezieht sich nicht nur auf materielle Objekte, sondern erweitert
sich auch auf Möbel, Haushaltswaren, Kleidung, Leinen und sogar
das Eigentum, das mit kulturellen Praktiken verbunden ist. Diese
Reflexion über kulturnost
lässt sich auf die 1930er Jahre zurückführen und kann
als ein zentrales Thema im stalinistischen Diskurs über den
Lebensstil verstanden werden.
Der Begriff kulturnost,
der schwer ins Französische zu übersetzen ist, bezeichnet
einen Teil der deutschen Kultur. Es geht um eine Reihe von Kenntnissen
und guten Manieren, deren Erwerb notwendig war, um den Zustand der
Rückständigkeit zu überwinden, der häufig mit der
Bauernschaft verbunden war. Kulturnost
führte zu einer materiellen Aufwertung durch die Modernisierung
bürgerlicher Werte, die enge Ähnlichkeiten mit dem Geschmack
des europäischen Bürgertums des 19. Jahrhunderts aufwiesen.
[87]
In seinen visuellen
Darstellungen für die breite Öffentlichkeit und in den
detaillierten Auswertungen von Statistiken, die die Haushaltsbudgets
der Sowjetbürger untersuchten, wurde ein Lebensstil im Einklang
mit kulturnost durch die
Anwesenheit bestimmter Objekte gezeigt, die sowohl die Modernität
als auch die kulturellen Vorlieben ihrer Besitzer widerspiegelten: ein
Fahrrad, eine Kamera, ein Radio oder ein Grammophon.
43
Andere
klassische Aufgaben wurden ebenfalls positiv im Rahmen der sowjetischen
Kultur eingeführt, wie beispielsweise das Klavier. Doch im Fall
älterer Objekte stellte sich die Frage nach ihrer Herkunft, da die
Problematik des Erbes in einer Gesellschaft auftrat, in der die
stalinistische bürgerliche Herkunft stigmatisiert und die schnelle
soziale Förderung sowohl eine massive Realität unter den
neuen Eliten als auch ein Kernwert des Plans war. Wenn wir uns auf das
Inventar zurückbesinnen und kulturnost
als Marker auf dieser Ebene betrachten, dann erscheint es
paradoxerweise in einem sozialen Universum, das in der offiziellen
Beschreibung der sowjetischen Gesellschaft fehlt. Weit entfernt von den
Stachanowisten und den Fabrikempfängern dieses
Produktionsprinzips, denke ich, dass wir in professionellen Umgebungen
arbeiten, die sich durch hohe Spezialisierung auszeichnen. Doch auch
unsere Quellen – die Familienerbstücke – zeugen von
noch hypothetischen Praktiken der Materialübertragung [88].
44
Ohne
die Fähigkeit, die spezifischen sozialen Merkmale der jeweiligen
Eigentümer zu rekonstruieren, erlauben die Vorräte etwas
anderes: den Kontext dieser „Kulturgüter“ im Vergleich
zu anderen Elementen des materiellen Lebens dieser Menschen. Es
ermöglicht die Rekonstruktion der realen Welt, die verschiedenen
Darstellungen der Propaganda, die Historiker bis dahin festgelegt
haben. Auch wenn die Frage des ideologischen Filters nicht ganz
entfernt werden kann, da er den Inhalt der Aussage beeinflussen
könnte, bieten gerade die normativen Rahmen, die von diesen Opfern
hinterlassen wurden, keinen besonderen Wert. Aber was wir sagen
können, ist, dass sie ein Spiegelbild der Aufrichtigkeit der
Registrierungspflichtigen oder der bruchstückhaften normativen
Modelle sind, deren kulturnost unter Stalin nur eine bestimmte Form annehmen konnte.
45
Zu Beginn, wenn die
Besitzer von Kulturgütern sicherlich Mitglieder der akademischen
Berufe sind, im Gegensatz zu den Arbeitern, scheint die Grenze zwischen
städtischem und ländlichem Lebensstil manchmal unklar. Dies
spiegelt eine provinziell geprägte Welt wider, die es ihren
Bewohnern ermöglichte, die Härten der sowjetischen Wirtschaft
zu umgehen, indem sie ein paar Rinder, Gemüse oder einen
Obstgarten pflegten. Ein Yakov Pavlovich Kozlov, der in Kalinin (heute
Twer) lebte, bevor er in die Region Kuibyschew versetzt wurde,
kümmerte sich um eine erhebliche Anzahl von Rindern, die er
aufgrund der Besetzung nicht verkaufen konnte. Ebenso gab es seine
Produkte aus dem Kirschgarten, dem Gemüsegarten und seinen
Bienenstöcken, die er wahrscheinlich zum Haus gehörte, das er
sauber und möglicherweise am Rande der Stadt besaß. Unter
der langen Liste von Fundsachen war der „Gärtner“ im
Besitz eines Klaviers der Marke „Vol'fram Grosman“ sowie
einer Bibliothek mit 300 Bänden, ein Lexikon, Klassiker und
Bücher über die russische Sprache und Mathematik. Die
Tatsache, dass seine Bestände von einem Lehrer an einer
weiterführenden Schule in derselben Stadt zertifiziert wurden,
legt nahe, dass der „Gärtner“ hauptsächlich ein
Lehrer war, der viel Wert auf seine Möbel legte (Nussbaum- und
Mahagonimöbel, Spiegel), auf seinen Tisch (Samowar, Silberbesteck,
Tee-Service für 24, Porzellangeschirr) sowie auf seine Garderobe
(ein Mantel aus Stoff mit Astrachan-Kragen, ein weiterer Pelzkragen aus
Wolle), während seine Frau, unter anderem, um zwei Kleider aus
Crepe de Chine trauerte, vielleicht zu Hause, das auf dem eigenen
„Zinger“-Rechner genäht wurde.
46
Wir
wissen wenig über den Beruf von Iefim Savelievitch Savine,
außer dass der Ort, an dem er entladen wurde, eine neue
Industriestadt in der Region Leningrad ist, Slantsevyé Roudniki.
Dort teilte er mit anderen seine Familie und verbrachte seine freie
Zeit mit der Pflege von Tieren (eine Kuh, ein Schwein, zwei Schafe,
zwei Ziegen, fünf Hühner, sieben Bienenschwärme). Zudem
nutzte er die Merkmale der urbanen Moderne, darunter ein Fahrrad, zwei
Nähmaschinen, ein Grammophon und einige Schallplatten. Sein Haus
war ausgestattet mit einer Uhr und zwei Spiegeln.
47
Die
Suche nach „kulturellen“ Objekten aus den Beständen
dieser Sowjetbürger, seien es Musikinstrumente wie Klaviere oder
andere vorrevolutionäre Besitztümer oder modernere Güter
der Zwischenkriegszeit wie Kameras, Radios oder Grammophone, brachte
vor allem die Entdeckung der plüschigen Interieurs dessen zutage,
was als „bürgerlicher Sozialismus“ bezeichnet werden
könnte. Diese waren typisch für hochrangige Beamte des
Regimes, deren Komfort vollständig vom Staat gewährleistet
wurde – und damit auch leicht rückgängig gemacht werden
konnte, um Missstände oder Säuberungen zu entsprechen. Ihre
Lebensweise war streng, da die Begünstigten ihre ganze Energie dem
Aufbau des Sozialismus widmen sollten und im Prinzip keine Erholung
hatten. Stattdessen waren es Vertreter von Berufen mit höheren
Gehältern, die Zugang zu einem materiellen Universum hatten, das
durch Stilvielfalt, edle Materialien und eine gewisse Verfeinerung
geprägt war. Diese Merkmale ließen sich nur anhand ihrer
Bestände erraten. Ihr Besitz zog die komplexen Konturen eines
sozialen Universums nach sich, das sich in der Gesellschaft
abzeichnete. Diese hochqualifizierten Spezialisten, vom Regime
verunglimpft als „ehemalige Elite“ (siehe oben),
überlebten die vorrevolutionären Eliten und wurden von der
Regierung durch die Aufnahme neuer Rekruten in die sowjetischen
Institutionen rehabilitiert – jedoch immer im Rahmen eines
ideologischen Umschwungs.
48
Die
detaillierte Bestandsaufnahme von Evdokia Samoïlovna
Iantovskaïa, die vor dem Krieg in der Stadt Dnepropetrovsk lebte,
ist ein gutes Beispiel für diese Ausstellung von nicht veredeltem
(alten) Vermögen. Die Frau gibt zu, dass sie vor dem Krieg ein
komfortables monatliches Einkommen von 2.000 Rubel mit ihrem Gehalt als
deutsche Lehrerin an einem Institut für Fremdsprachen verdiente.
Außerdem gab sie einige Stunden Unterricht an anderen Instituten
in der Stadt. Ihr Mann, der damals als Vorarbeiter in einem
Koksokhymkombinat arbeitete, hatte ebenfalls ein gutes Leben, obwohl
seine genaue Vergütung nicht festgelegt werden konnte. Ihre
Mutter, eine Lehrerin für Stickerei, trug ebenfalls zum Haushalt
bei. Das Haus war fleißig geführt und, wie sie selbst sagte,
„gut zu leben und in einer zivilisierten Art und Weise“
(d.h. sie verwendete den Begriff „kulturell“, obwohl die
lange Liste ihrer Eigentümer, „von den Deutschen
erbeutet“, dann in vielerlei Hinsicht den stalinistischen Normen
widersprach). Die Musik scheint eine führende Rolle gespielt zu
haben: Ein luxuriöses Klavier aus Dresden hatte nicht nur eine
dekorative Funktion, sondern wurde auch genutzt, um Auszüge aus
Opern wie „Carmen“, „Faust“, „Eugen
Onegin“, „Rusalka“, Walzer und Mazurken von Frederic
Chopin, Franz Liszt Rhapsodien, Sonaten von Ludwig van Beethoven sowie
Alben von zeitgenössischen Komponisten, Lieder, Zigeunerromanzen
und andere Lieder zu spielen. Ein Gramophon, englischer Herkunft, wurde
immer noch von nur acht Laufwerken begleitet, aber einige davon kamen
aus dem Ausland. Die Bibliothek der Familie beinhaltete das Gesamtwerk
von Alexander Puschkin, Michail Lermontow, Nikolai Gogol, Nikolai
Nekrassow, Fjodor Dostojewski, Alexander Kuprin, Leo Tolstoi, Heinrich
Heine, Johann Goethe, Friedrich Schiller, Guy de Maupassant sowie
Handbücher und Fachliteratur. Es gab keine Meistergemälde,
aber Reproduktionen eines berühmten Gemäldes von Ivan
Shishkin und bestätigte wenig abenteuerlichen Geschmack. Die
Möbelstücke, zahlreich und groß, lassen darauf
schließen, dass das Haus relativ geräumig war: Ein
Wäscheschrank aus Nussbaum mit Spiegel und Schnitzereien, ein
weiterer Schrank aus Eiche, zwei Bibliotheken, ein luxuriöses Sofa
aus Eiche und Leder, und ein weiterer Spiegelständer. Der
Couchtisch aus geschnitztem Mahagoni und der Eichentisch im Esszimmer,
der mit zwölf Kunstledersesseln und weiteren zwölf gemischten
Eichen- und Ebenholzmöbeln ausgestattet war, rundeten das Bild ab.
49
Mit dem Hinweis auf diesen
Satz von zwölf Stühlen scheint Evdokia Samoïlovna
unfreiwillig eine Anspielung auf den berühmten satirischen Roman Die zwölf Stühle
von Ilf und Petrow zu machen, der 1929 erschien. Daher könnte die
Möbelmarke „Gambsova mebel“ hier eine subtile
Verbindung darstellen. In der Tat, die Möbelproduktion der
berühmten russischen Firma des 19. Jahrhunderts, die sowohl
für die Krone als auch für wohlhabende Familien arbeitete,
wurde allgemein mit dem Biedermeier-Stil in Verbindung gebracht. Dieser
Stil, obwohl vielseitig in seinen Linien, verkörperte vor allem
eine Elite, die sich durch bürgerlichen Komfort und Solidität
auszeichnete, mehr als durch stilistische Wagemut. Die
„zwölf Stühle“, die in diesem Kontext ein
einheitliches Bild bilden, hatten im Roman eine andere Bedeutung: Sie
waren nach der Revolution verstreut und symbolisierten die Verschiebung
innerhalb der russischen Gesellschaft. Doch die Vorstellung von
„zwölf Stühlen“ als Symbol für eine
vergangene Ära verweist auf die Gegebenheiten einer anderen Zeit,
in der diese Möbel eine bedeutende Rolle in den Kreisen der High
Society spielten.
Die Tisch- und
Teeservices, die für zwanzig bis vier Personen ausgelegt waren,
sind ein weiteres Detail, das auf den bürgerlichen Luxus hinweist,
den Evdokia Samoïlovna in ihrer Wohnung pflegte. Diese
Gegenstände erlaubten es, viele Gäste in einem eleganten
Rahmen zu bewirten und dabei Kristallplatten mit Besteck und Geld zu
verwenden – ein Symbol für Wohlstand. Ebenso sind die sieben
Teppiche, von denen einer französisch und die anderen als
luxuriös ukrainisch und griechisch beschrieben werden, ein
weiteres Indiz für den gehobenen Lebensstil. Ein französische
Uhr ergänzt das Bild der prächtigen Einrichtung, die
keineswegs typisch sowjetisch war und sicherlich in Teilen aus
vorrevolutionären Zeiten stammte. Schließlich fällt ein
Nussbaumtisch mit grünem Tuch auf, der für
Gesellschaftsspiele genutzt wurde – ein weiteres Stück
dieser luxuriösen Einrichtung, das das Besondere und Unorthodoxe
im sozialistischen Kontext widerspiegelt.
50
Die Vorräte in dieser
Wohnung, mit der reichlich vorhandenen Möbeln, deuten auf einen
Lebensstil hin, der im starken Gegensatz zu den prekären
Lebensbedingungen der meisten Sowjetbürger steht, selbst der
gutbezahlten. Es ist jedoch schwierig, die genaue räumliche
Organisation der Wohnung zu rekonstruieren. Ein bemerkenswerter Fall
ist die Deklaration von Samuil Moïseievitch Ekmektchi, einem
Rechtsanwalt und Berater in rechtlichen Angelegenheiten. Vor dem Krieg
lebte er mit seiner Frau und zwei Kindern in Mykolaiv, in einer
Wohnung, die mehrere Zimmer umfasst: ein Wohnzimmer, das auch als
Büro diente, ein Schlafzimmer, ein Kinderzimmer, ein Badezimmer
und eine Küche.
Dieses Paar von
Anwälten lebte nach modernen kulturellen Praktiken. Neben einem
Klavier und einer Eichenbibliothek mit 500 Werken der Literatur und
Rechtsabkommen besaß die Familie auch zwei sowjetische
Funkempfänger (Pioner und SI 235), ein Grammophon mit Platten aus
den 80er Jahren und ein Büro, das mit einer Schreibmaschine
ausgestattet war. Ihre Wohnung war durch ein Telefon mit der Welt
verbunden. Darüber hinaus besaßen sie eine FED-Kamera, mit
der sie ihre Kinder und Porträts in professionellen Studios
fotografieren konnten – ein sehr beliebtes Feature in den
sowjetischen Familienalben dieser Zeit. Das Fernglas deutet auf
Ausflüge zu Theatern in der Stadt hin.
Die Wohnung war mit
sorgfältig ausgewählten Möbeln ausgestattet: ein Sofa,
zwei Sessel, sechs halb-sitzende Sessel und ein runder Mahagonitisch.
Ein Bronze-Kronleuchter und eine Bronze-Lampe mit einer Malachitbasis
verzierten den Raum. Ein Perserteppich bedeckte den Boden. An den
Wänden hingen fünf Gemälde und Wandteppiche. Die
Türen waren mit Plüschvorhängen und Tüll verziert,
und Kristallvasen schmückten den Raum. Ein Möbelstück
aus Mahagoni mit Intarsien und Bronze, das als
„Museumsstück“ bescheinigt wurde, stammte vermutlich
aus einem Antiquitätengeschäft.
Der Speisesaal war
ebenfalls gut ausgestattet: Ein Tisch, zwölf Eichenstühle mit
Lederpolsterung, ein Eichenbuffet mit Kristall-Inlays, ein
Leder-Schlafsofa und eine alte Uhr, die von einem musikalischen Ring
umgeben war, vervollständigten das Ambiente. Der Raum war erneut
mit einem Bronze-Kronleuchter beleuchtet, und an den Wänden hingen
sieben Platten aus Porzellan. Der Samowar war mit Kristall verziert,
und das Teeservice war aus Porzellan, während die Vorhänge
wieder aus Tüll bestanden.
Das Schlafzimmer war weit
entfernt von den einfachen Praktiken der meisten Sowjets, die oft nicht
einmal einen speziellen Bereich für diesen Raum hatten. Hier
befand sich ein Bett, umgeben von einer Toilette, einem Schrank aus
karelischer Birke, einem Sofa, zwei Sesseln und vier passenden
Samt-Osmanen. Ein weiteres Sofa war mit einem Teppich aus Turkmenistan
bedeckt. Der Raum hatte zwei Tische und eine Decke, die ebenfalls zur
luxuriösen Atmosphäre beitrugen.
Das Kinderzimmer war eine
weitere Seltenheit, obwohl es keine spezifischen Anzeichen gab, dass
die Möbel für die Insassen des Raumes speziell entworfen
wurden. Ein Badezimmer mit Dusche und emaillierter Badewanne
vervollständigte den Eindruck von Luxus.
Die Kleidung der Familie
war ebenso elegant und spiegelte den hohen Standard wider, wie die
Anwesenheit von mehreren Metern Cheviotte, Boston Tuch, Seide und
natürlich einem schönen Mantel und Seidenpyjamas für die
Männer. Dies unterstreicht den luxuriösen Lebensstil, den die
Familie pflegte [100].
51
Das Innere des Ekmektchi und
seine intimsten Details zeigen eher eine westliche bürgerliche
Lebensweise als ein sowjetisches Eliteinterieur. Die Tatsache, dass
Samuil Moïseievitch, wie auch andere, seine Lebensweise den
Behörden des Landes offenbarte, mag überraschen, doch es ist
vorstellbar, dass dies in den 1930er Jahren eine übliche Praxis
war. Der sowjetische Betrieb mit seinen geschichteten kommerziellen
Netzwerken ermöglichte einen solchen Lebensstil, und es war eine
erste Lektion aus den Vorräten, dass es keine Entschuldigung gab,
da alles durch hohe Summen und Beziehungen zu Geschäften erhalten
wurde oder auf das Erbe der vorrevolutionären Bourgeoisie
zurückzuführen war.
Dieses neue Gefühl
der Straflosigkeit wird durch die Tatsache erklärt, dass der Krieg
die Exposition seines Reichtums legitimierte, da dieser durch den Feind
erbeutet wurde und daher nur Schuld und Scham hinzufügte. In den
oben genannten Beispielen scheint die Legitimation ausreichend gewesen
zu sein, und es wurden keine besonderen Anstrengungen unternommen, um
die Herkunft der Fundstücke oder die Zugehörigkeit zu
bestimmten Mitgliedschaften zu erklären.
52
Andere hingegen legen
großen Wert darauf, ihre Treue zu beweisen – sei es
wirklich oder nur vorgespielt. Petr Stepanowitsch Davidenko, der aus
Sumy evakuiert wurde und in einer Fabrik in Chirchik arbeitet, scheint
einen weit überlegenen Vorkriegslebensstil zu führen, den ein
Arbeiter normalerweise nicht hatte: ein schönes Paar Stiefel,
einen Ledermantel, einen teuren Tweedanzug und Seidenstrümpfe.
Auch eine Omega-Taschenuhr ist dabei. Er zeigt ein sportliches Profil,
da er ein Fahrrad Marke Ukraina besitzt und eine Vorliebe für
moderne Technologien pflegt, einschließlich eines Grammophons und
eines Patefons, die er mit Schallplatten besitzt. Dies hindert ihn
jedoch nicht daran, sich dem Studium zu widmen, da er hundert
Bücher besitzt, darunter nicht weniger als ein Viertel Werke von
Lenin. [101]
Die Lebensweise von
Salomon Michailowitsch Mochkovitch, der aus Rostow am Don evakuiert
wurde, ist nicht weniger bemerkenswert. Er mischt die russischen
Klassiker des 19. Jahrhunderts mit den Werken der beiden führenden
Köpfe des Landes seit der Revolution: Er erwähnt den Verlust
von zwei Bänden von Lermontow, zwölf Bände von Puschkin
und das Gesamtwerk von Lenin und Stalin (die letzten drei Werke werden
zum gleichen Preis bewertet). Nüchterner als im vorherigen
Beispiel ist das Leben dieses Mannes, der als Flaggschiff der
sowjetischen Industrie in Rostselmash tätig war und nach Taschkent
evakuiert wurde. Sein Interieur zeigt ein starkes ideologisches Profil,
da das gerahmte Porträt von Lenin direkt neben dem von Stalin
hängt.
Ein Ingenieur aus
Voronezh, der jedoch nicht auf die Seidenkleider und Anzüge seiner
Frau, einige Goldschmuck, eine silberne Taschenuhr und Kristallvasen
verzichtet, zeigt ebenfalls eine starke Affinität zum
ideologischen Diskurs. Seine Sammlung umfasst 368 Bücher, von
denen politische Literatur den größten Platz einnimmt (143
Bücher), dicht gefolgt von Werken zu den Besatzungsstrukturen.
Obwohl er auch russische Klassiker wie Maxim Gorki und Tolstoi
erwähnt, nehmen diese eine weit geringere Stellung ein. Er folgt
den stalinistischen Vorschriften, die es Ingenieuren und Technikern
ermöglichen, von der Bourgeoisie geerbte Lebensstile zu
führen, fordert sie jedoch dazu auf, ihre Freizeit
hauptsächlich der Arbeit und der ideologischen Schulung zu widmen.
53
Im Allgemeinen beziehen sich
die Bestände nur selten explizit auf den literarischen Geschmack,
die künstlerischen oder musikalischen Vorlieben ihrer ehemaligen
Besitzer. Nur gelegentlich tauchen Hinweise auf die russische Malerei
des 19. Jahrhunderts auf, die durchaus von der offiziellen Kultur
assimiliert wurde, und dasselbe gilt für die Literatur. Maria
Gherman Markowna, die bis zum Sommer 1941 aus Moskau nach Syzran
evakuiert wurde, gehörte wahrscheinlich zu einer staatlichen
Verwaltungseinheit, die proaktiv nach Kuibyschew und in dessen Umgebung
gesendet wurde. Sie berichtet, dass sie drei Reproduktionen der Maler
Iwan Aiwasowski und Arkhip Kuindzhi sowie das Gesamtwerk von Puschkin
und Tolstoi hinterließ. [103]
Im Gegensatz dazu
weiß niemand wirklich, was es bedeutet, dass die meisten
Bestände keine Informationen zu den Autoren enthalten, die sie
besaßen. Ist diese „Detail“ tatsächlich
unwichtig? Ist es eine vernachlässigte Produktion oder, im
Gegenteil, ein Ausdruck von Angst, der unsicheres Geschmacksempfinden
offenbart? Wird der Wert dieser Bestände unterschätzt? Trotz
des Luxus, der angezeigt wird, vermittelt sich ein Gefühl der
Einschränkung, das so tief verinnerlicht ist, dass es durch das
Fehlen von religiösen Gegenständen im Inventar, seien es
Symbole oder andere rituelle Objekte, sichtbar wird. [105]
54
Ein weiteres Problem bei
der Untersuchung dieser Bestände im Kontext von
„Kulturgütern“ ist der Platz, den ausländische
Rechnungspositionen einnehmen, von denen wir bereits mehrere Beispiele
gesehen haben, sowohl in Bezug auf Klaviere als auch auf andere
zeitgenössische Objekte. Das Inventar von Zinovy Efimovich und
Tatiana Lvowna Feiman, einem Paar aus Odessa, das sich nach Taschkent
evakuierte, zeigt das Eindringen fremder technischer Objekte der
letzten Generation in einen ehemaligen sowjetischen Haushalt: ein
Marken-Rennrad, dessen Wert ungleich höher eingeschätzt wird
als der der anderen Beispiele, eine Undervud-Schreibmaschine, ein
weiteres Gerät, ein Remington-Plattenspieler, dessen Marke nicht
genannt wird, und dessen Name schon darauf hindeutet, dass es sich um
ein Produkt außerhalb der sowjetischen Produktion handelt, dazu
fünfzig Schallplatten sowie ausländische professionelle
Ausstattungen wie vielleicht ein Arithmometer (mechanische
Rechenmaschine) und ein Schrank voller Messgeräte. Das Gerät
Radio T/b/I sowie dessen Ausstattungen sind hingegen sowjetischer
Herkunft.
Was das kulturelle
Universum betrifft, so finden sich in der Bibliothek des Paares 300
Bände der berühmten Brockhaus und Efron Enzyklopädie,
die zwischen 1890 und 1906 auf Deutsch veröffentlicht und ins
Russische übersetzt wurde, sowie andere Werke, die von der
sowjetischen Akademie der Wissenschaften und russischen Klassikern
stammen. Wir wissen nicht, wer die fünf Gemälde und Aquarelle
oder die Musikinstrumente, darunter eine „hochwertige“
Geige, besaß. Das Paar hatte eine Datscha, deren Möbel
ebenfalls in der Bestandsaufnahme aufgeführt sind. Weitere Details
bekräftigen den Wunsch nach Unterscheidung in ihrem Zuhause: Ein
Kostüm wird als „englisch“ bezeichnet, ein
Bücherregal als „amerikanisch“, wobei unklar bleibt,
ob diese Adjektive auf einen Stil oder eine Herkunft hinweisen. Ein
japanischer Holzschrank, ein kleiner antiker Tisch, der als echtes
Museumsstück gilt, eine Hausapotheke aus geschnitztem Ebenholz mit
Elfenbeinintarsien und ein Eichenschrank, ebenfalls nach Maß
bestellt, belegen die Bemühungen des Paares, sich von der
Standard-Sowjetwelt abzugrenzen. [106]
55
Diese Bestände, die
während des Krieges erstellt wurden, spiegeln eine verlorene Welt
wider, die die vorrevolutionäre Vergangenheit mit der Assimilation
moderner Praktiken verbindet. Sie zeigen eine Vorliebe für das
russische 19. Jahrhundert, wobei manchmal Verweise auf
nicht-revolutionäre, sondern untergeordnete Elemente auftauchen,
die lediglich ein Teil des offiziellen Erbes des Geschmacks darstellen.
Diese Elemente ermöglichen es, behördliche Auflagen oder
soziale Zugehörigkeiten wiederherzustellen. Sie werfen jedoch auch
eine Reihe von Fragen auf, die unsere Quelle leider unbeantwortet
lässt. Woher stammen diese Objekte? Wie, mit welchen Mitteln und
zu welchem Zeitpunkt wurden sie von den betroffenen Hausbesitzern
erworben? Und wie konnten sie es als nützlich erachten, diese
Objekte zu besitzen, wenn die Liste der Güter mehr Ärger als
Nutzen verursachte?
Durch die sorgfältige
Auflistung ihres Inventars konnten sie nicht anders, als an die Waren
zu denken, die sie vor der Revolution genutzt hatten – und so
taucht in dieser Hinsicht die humorvolle Darstellung von I. Ilf und E.
Petrow mit ihren "Zwölf Stühlen" auf, die in den späten
1920er Jahren enorme Popularität erlangte. [107] Die
Bestände, die von der sowjetischen Untersuchungskommission erfasst
wurden, spiegeln sicherlich die Register wider, die die beiden
Satiriker in ihrer Darstellung beschrieben. Sie sind ein Spiegelbild
der realen Bestände, auf denen sowohl beschlagnahmte als auch
später den Institutionen verliehene Gegenstände verzeichnet
sind. Manchmal sind es die seltenen Stücke, die von Personen
empfangen wurden, die die Revolution überstanden haben, aber die
vollständige Rekonstruktion des Erbes der alten Eliten, wie es
verdient worden wäre, bleibt ein unerreichbares Ziel.
56
Die Analyse der
Bestände der Kommission lässt offen, ob ihre Besitzer Teil
der vorrevolutionären Elite waren, ob sie vom Umverteilungssystem
der frühen Tage des Bolschewismus begünstigt wurden oder ob
sie sich einfach aus beiden Kategorien herausgehalten haben. Die
Zirkulation des beschlagnahmten Eigentums könnte tatsächlich
sehr komplex gewesen sein und reichte von der Gnade der machthabenden
Kräfte über informelle Tauschgeschäfte, demütigende
Verkäufe auf Flohmärkten [109] bis hin zu handschriftlich
durchgeführten "Geschäften" trotz des Gesetzes, etwa durch
ein Auktionshaus wie den Petrovka Passage, einem ehemaligen Zentrum der
Moskauer Eleganz. Es ist in letzterem, dass I. Ilf und E. Petrow den
berühmten Satz von Stühlen durch eine bürokratische
Einrichtung versteigern, die Direktion für wissenschaftliche
Angelegenheiten, die sich auf die Keller des Moskauer Möbelmuseums
bezieht, das nach der Revolution die Hoffnung hegte, sie zu befreien.
Separat verkauft, wurden sie zu Schnäppchenpreisen angeboten,
sowohl für vulgäre Ingenieure, die ihre Einrichtung
ausstatten wollten, als auch für mittellose Satiriker [111] und
sogar für Theatergruppen, die hofften, durch den Erwerb dieser
Objekte die öffentliche Kultur der Revolution zu bereichern [112].
Besonders bemerkenswert ist der Fall einer Eisenbahnergewerkschaft, die
unwissentlich den gepolsterten Stuhl, der einst der Diamanten des alten
Adels gehörte, erwarb und damit den Reichtum der ehemaligen
Aristokratie in einen Club für Kultur und Kunst des Volkes
verwandelte. Der moralische Kern dieser Geschichte lautet: Kein
Bürger der sowjetischen 1930er Jahre konnte den gesellschaftlichen
Wandel, der mit solchen Beschlagnahmungen verbunden war, ignorieren.
[113]
Die Stalinistische
Vorliebe für Luxusgegenstände spiegelte eine neue Toleranz
gegenüber Veränderungen wider. Diese Vorräte, die als
Teil eines Antrags auf Entschädigung zu verstehen sind, spiegeln
möglicherweise die Rückkehr zu einem materiellen Wohlstand,
der aus der vorrevolutionären Periode vererbt oder in den 1930er
Jahren von bürgerlichen Gesellschaften inspiriert wurde. Sie
zeigen eine Darstellung von Wohlstand, die sowohl präzise als auch
vielfältig ist und sich nun als gerechtfertigte Form des
Wohlstands im neuen Sowjetstaat etabliert hat.
57
Die moralische Haltung
Stalins hatte sich nicht so sehr verändert, dass sie in den
Vorräten eine Abweichung von der Norm widerspiegelte. Sie zeigte
weiterhin echte Schutzstrategien und Übernahmen im privaten
Bereich, die dezent durch den Krieg und die Umstände jener Zeit
geprägt wurden. Diese Vorräte, die als Archiv von Waren,
einmalig wie die „Stargorod“-Sammlung, die Quintessenz der
russischen Provinz darstellt und von I. Ilf und E. Petrow beschrieben
wurde, erlaubten den zuständigen Behörden, die „ganze
Stadt“ zu bewahren – eine „wahre Spiegelung des
Lebens“, das heißt, eine Welt, die nicht verschwunden war,
sondern durch die Revolution transformiert wurde. [114]
Die Ambivalenz der
Gefühle der Vorräte in der High Society von Stargorod, ob sie
Erinnerungen an die Vergangenheit wiederbeleben oder durch den Verlust
von Eigentum an die Revolutionen und die Veränderung der
gesellschaftlichen Ordnung abgelehnt wurden, spiegelt sich in den
1940er Jahren auf eine andere Weise. Der Schmerz über den Verlust
mehrerer Objekte und die verschiedenen Facetten des Lebens vor dem
Krieg drückten zugleich Stolz auf das Erbe und die Kultur aus.
Aber für einige war dies auch ein geheimer Trotz gegenüber
der Revolution, die ihnen durch den Krieg und die Umwälzungen des
sowjetischen Alltags noch das Überleben dieses kulturellen Erbes
ermöglichte.
Für diejenigen, die
jüdisch waren, wurde das antisemitische Klima, das sowohl in den
Evakuierungsgebieten als auch in ihren Heimatorten herrschte, eine
zusätzliche Hürde. Es stellte sich als besonders schwierig
heraus, gegenüber den sowjetischen Behörden eine Liste von
Besitztümern zu registrieren, was es noch schwieriger machte, sich
nach dem Krieg wieder in ihre Heimat zurückzubegeben.
58
Vierzig
Jahre nach dem Krieg versuchte J. Brodsky, die Eindrücke seiner
ersten Begegnung mit den Fremdkörpern, die durch den Krieg
eingeführt wurden, wiederzugeben. Doch diese Eindrücke
hallten auch mit den privaten Erinnerungen vieler Sowjets wider, die
über die Jahre hinweg aufgebaut worden waren. Mit der Zeit
verschwammen die genauen Umstände, und es war zunehmend unklar,
wie diese Objekte in ihre Welt gelangt waren, wenn sie jemals dorthin
gehörten. Die berührende Anspielung auf den kleinen Jungen
– ebenfalls jüdisch – der den Geruch von Corned Beef
in der belagerten Leningrader Märtyrerstadt entdeckte, verweist
auf die Überlebenden des Holocausts, die keine Hilfe von den
amerikanischen Wohltätigkeitsorganisationen erhalten hatten.
Ebenso flackert in der Erinnerung des Dichters die Figur Zarah Leander
auf, ein Star der Nazi-Filmindustrie, die auf den sowjetischen
Bildschirmen der 1940er Jahre als Trophäe erschien. Sie spricht
jedoch nicht über das Schicksal der deutschen Frauen bei der
Ankunft der Roten Armee. Wie bei den Scheiben, die in der Familie von
J. Brodsky auf dem Plattenspieler abgespielt wurden, stellt sich die
Frage, wie sehr ihr Repertoire von der Musik, die die Evakuierten in
Odessa oder anderen sowjetischen Städten vor dem Krieg auf ihren
eigenen Geräten hörten, abwich.
59
Tatsächlich
ist es auffällig, wie die Liste der Objekte in den Beständen
sowjetischer Opfer, ähnlich der aus dem Ausland stammenden
Objekte, von den bescheidensten bis zu den wertvolleren reicht und
dabei den Nachweis eines gemeinsamen Kulturraums liefert. Der
Unterschied liegt natürlich in der Fülle und Qualität
der Objekte, wobei die Quellen nur unvollständig ein Bild
vermitteln. Bemerkenswert ist, dass die Auseinandersetzung mit den
Objekten des Krieges besonders für mehrere Figuren der
sowjetischen Juden, die Überlebenden des Holocaust, im Vordergrund
steht. Diese Menschen, die gnadenlos um ihr Leben beraubt wurden
– mit über zwei Millionen Opfern, die oft ihr Eigentum an
ihre Peiniger oder an ihre Nachbarn verloren, bevor sie ermordet wurden
– repräsentieren sowohl das Elend als auch die Erinnerung an
diese Erfahrung. Darunter finden sich auch diejenigen, die aus
wohlhabenden Familien stammten, aber nicht ohne Prüfungen
evakuiert werden konnten, sowie eine junge Generation, die
schließlich nicht in ihrem Judentum, sondern in einem
verzweifelten Streben nach ausländischen Waren das Symbol ihrer
persönlichen Entwicklung sieht. Ihre Dominanz lässt sich auf
verschiedene Weisen erklären: durch einen Quelleffekt (eine
Überrepräsentation unter der gebildeten Bevölkerung, die
über das Schreiben und das bessere Verständnis von
ausländischen Objekten verfügte), aber möglicherweise
auch durch eine andere kulturelle Prägung. Dennoch spiegeln diese
Zahlen auch die Erfahrungen wider, die durch das Megaphon des Krieges
die gesamte sowjetische Gesellschaft durchdrangen.
60
Die
Besessenheit von Objekten, die durch den Krieg getrieben und stark
beeinträchtigt wurde, war problematisch für die
stalinistische Führung. Auf der einen Seite bekräftigte sie
das Erbe der sowjetischen Bevölkerung, weckte ihr Interesse an
Entschädigungen und zeigte eine große Selbstzufriedenheit
gegenüber dem Besitz ausländischer Güter. Auf der
anderen Seite war die moralische Haltung nie ganz strikt, und ihre
Folgen konnten jederzeit den Abstieg der Sowjets ins Visier nehmen. Der
gleiche Luxus konnte je nach Kontext sowohl als Markenzeichen von
Verdienst und Talent eines sowjetischen Spezialisten dienen, als
Belohnung für die Elite der Armee, aber auch als Zeichen der
Korruption. Diese Ambivalenz im Umgang mit Überfluss und Komfort
war ein wesentliches Merkmal des Regimes, das bis zu seinem Sturz
bestehen blieb.
61
Im
sowjetischen Kontext spielen Kriegsobjekte im Wesentlichen eine Rolle
als Maßstab für die Qualifikation im Bereich des
persönlichen Eigentums, Zugangs, Komforts, der
Materialqualität und ästhetischen Entscheidungen. Doch die
Strenge des bolschewistischen Projekts liegt darin, dass diese Grenzen,
wenn sie sich auch entwickeln mögen, nicht aufgehoben werden
können. Ein bleibender Eindruck der sowjetischen materiellen
Zivilisation ist, dass diese Objekte – einschließlich der
Einfuhr und der Berichterstattung über Einzelpersonen durch die
Eigenheiten ihrer Suche und ihres Konsums – stets unter der
Kontrolle des Staates standen. Dieser Kontrollmechanismus
bezüglich der Verteilung und der Konsumgewohnheiten blieb relativ
statisch und sollte mit dem Ende des Kommunismus verschwinden.
Aufzeichnungen
Ich danke für ihre entscheidende Hilfe Juliette Cadiot,
François-Xavier Nérard Gábor Rittersporn, Brandon Schechter und Paul
Schor. [1]
Joseph Brodsky, "Kriegsbeute" On Grief and Reason: Essays, New York, Farrar, Straus and Giroux, 1995, S.. 21.3. [2]
-
Auf der Imprägnierung des post-sowjetischen Gesellschaft Stalin
westlicher Produktion sehen Larissa Zakharova, Kleid, sowjetische. Mode und Tauwetter in der UdSSR, Paris, CNRS Editions, 2011; Alexei
Yurchak war alles für immer, bis es nicht mehr: Der letzte sowjetische
Generation Princeton / Oxford, Princeton University Press, 2006; Sergei I. Zhuk, Rockmusik in der Rocket City: Der Westen, Identität
und Ideologie im sowjetischen Dnepropetrovsk, 1960-1985, Washington /
Baltimore, Woodrow Wilson Center Presse / der Johns Hopkins University
Press, 2010. [3]
-
Die Objekte stammen aus dem Ausland an die "Gunst" des Krieges zu sehen
Vera S. DUNHAM, In Stalins Zeit: Mittelklasse Werte in Sowjet Fiction,
Cambridge, Cambridge University Press, 1976, die, durch die Lektüre der
Werke Fiction
in 1940 veröffentlicht wurde, zeigte, wie, am Ende des Krieges, die
stalinistische Führung hatte einen echten Pakt mit einer breiten Schicht
der sowjetischen Gesellschaft durch Wiederherstellung des Streben nach
materiellen Komfort als angemessene Vergütung konzipiert erstellt Opfer und Anstrengungen, sondern auch ihre politische Zugehörigkeit. Allerdings
ist unser Ansatz signifikant unterschiedlich, da hier literarische
Texte, oft unüberwindliche Hinweise auf die Realitäten einer Epoche,
sondern auch die allgemeine Auffassung, ebenfalls als Komponenten der
Phantasie der Schriftsteller und Schauspieler Quellen aufgenommen werden
"primäre", die nicht an sich eine Erzählung. [4]
-
Unter einer umfangreichen Literatur über die Plünderung jüdischen
Eigentums und Formen der Rückstellung und Entschädigung finden Martin
DEAN, berauben die Juden: Die Einziehung des Vermögens von Juden im
Holocaust, 1933-1945, Cambridge, Cambridge University Press, 2008 ; Constantin und Philipp Goschler THER (Hrsg.), Raub und Restitution. "Arisierung"
und Rückerstattung des Jüdischen Eigentums in Europa,
Frankfurt am Main, Fischer Taschenbuch Verlag, 2003; Keine
besonderen "Beraubungen in Europa," Geschichte schreiben über den
Holocaust, 186, 2007. Im Falle der Juden in Frankreich, unter den vielen
Publikationen, die die Arbeit der Mission Matteoli (Antoine Prost, Rémi
Skoutelsky und Sonia ÉTIENNE befolgt haben ,
wirtschaftliche Arisierung und Erstattungen, Paris, Französisch
Dokumentation, 2000) finden Tal Bruttmann, Beraubung und Wirtschafts
Arisierung in Isère, 1940- 1944, Grenoble, Grenoble University Press,
2010; Laurent Douzou, Fliegen Juden. Lyon, 1940-1944, Paris, Hachette Literatur, 2002; Florent LE BOT, die reaktionäre Fabrik. Antisemitismus,
Beraubung und Korporatismus in Leder, 1930-1950, Paris, Presses de
Sciences Po 2007. Die Frage der Entschädigung von Opfern empfangen wird
viel weniger erforscht. Für Meilensteine finden insbesondere Danièle Voldman, Wiederaufbau
Französisch Städten von 1940 bis 1954 Geschichte der Politik, Paris,
L'Harmattan, 1997. [5]
-
Jessica REINISCH "Internationalismus in Relief: Die Geburt (und Tod)
der UNRRA", in M. Mazower REINISCH J. und D. Feldman (Hrsg.), Special
No. "Wiederaufbau nach dem Krieg in Europa: Internationale Perspektiven
1945 -1949, "Past and Present Sonderbeilage, 6, 2011, p. 258-289; Laura HOBSON FAURE "Ein jüdischer Marshall-Plan": die amerikanische
jüdische Präsenz in Frankreich nach dem Holocaust, 1944-1954 ",
Diplomarbeit, EHESS, Paris 2009. [6]
- Sophie Coeure, La beraubt Speicher. Die Archive der Französisch Nazikriegsbeute und sowjetische, von 1940 bis heute, Paris, Payot, 2007; Alexandre Vincent und Sumpf LANIOL (Hrsg.), Krampfanfälle, Beraubung und Erstattungen. Archive und Bibliotheken im zwanzigsten Jahrhundert, Rennes, PUR 2012. [7]
- Jean Marc Dreyfus und Sarah Gensburger auf Campingplätzen in Paris. Austerlitz, Levitan, Bassano, Juli 1943-August 1944, Paris, Fayard, 2003; Annette Wieviorka, Raiding Wohnungen und Entschädigung, Paris, Französisch Dokumentation 2000. [8]
Julie
Hessler, Eine Sozialgeschichte der sowjetischen Handels:
Handelspolitik, Einzelhandelspraktiken, und Verbrauch 1917-1953,
Princeton / Oxford, Princeton University Press, 2004; Lewis H. Siegelbaum, Borders des Sozialismus: Private Spheres Sowjetrusslands, New York, Palgrave Macmillan, 2006; Marina und Evgeny BALINA Dobrenko (Hrsg.), Petrified Utopia: Glück sowjetischen Stil, London, Anthem Press, 2009; CROWLEY David und Susan E. REID (Hrsg.), Pleasures in Sozialismus:
Freizeit und Luxus im Ostblock, Evanston, Northwestern University Press,
2010. [9]
-
60% im Jahr 1943 nach Edward C. Carter, Staatsarchiv der Russischen
Föderation (Gosudarstvennyj Arhiv Rossijskoj federacii Folgenden GARF)
Mittel 8581, Inventur (im folgenden f.) (Im Folgenden: op.) 2-Datei (im Folgenden d.) 59 Blatt (im Folgenden.) 75. [10]
- GARF, f. 5283, op. 2a, b. 21, l. 81, 86, 95 und d. 44, l. 127V. Familie
Ursprünge Gruliev, russische und jüdische Teil schlage Sprachkenntnisse
mit denen er zumindest in den sowjetischen Realitäten und die
Sensibilität für das Schicksal der Juden in der Sowjetgebiet zu bewegen.
Doch seine Haltung zu drücken nachhaltige belästigt sowjetischen Beamten. [11]
- GARF, f. 5283, op. 2a, b. 21, l. 79-79v, 86 und 92-93. Die
evakuierten Juden sind auch Gegenstand der Anträge auf Gruliev, die
über ihre Situation in der Region Saratov, für die der russischen
Krieges Relief (RWR) bereitet ein Hilfspaket, ibid erkundigt., L. 79- 79v (Juli 1944). [12]
-
In einem Entwurf August 1945, Vladimir Kemenov, Präsidentin des
Pan-sowjetischen Gesellschaft für kulturelle Annäherung zwischen der
UdSSR und im Ausland (Vsesojuznoe Obščestvo Kul'turnoj Sviazi s
zagranicej, VOKS) bietet der Kommissar für auswärtige Angelegenheiten Carter
zu besuchen, außer den lokalen Lagern RWR Waisenhäusern und Personen,
die ihre Hilfe, die bedeutendsten Sehenswürdigkeiten der offiziellen
Darstellung, die zum Zeitpunkt des Martyriums von der Stadt, die die
Stadt Wiederaufbauplan beigefügt waren Chief Architect, die Ausstellung "Leningrader Verteidigung" und die kaiserlichen Paläste verwüsteten die Gegend. Ein
weiteres Zeichen für die Bedeutung, die der American Host und die Rolle
des offiziellen Besuchs in der Umsetzungsphase für das Schicksal der
sowjetischen Leningrad angegeben, enthält es auch ein Treffen mit dem
Ersten Sekretär der Partei, Petr Popkov, der die Stadt geführt während der Belagerung, GARF, f. 5283, op. 2a, b. 44, l. 126. Auf der stalinistischen Gebäude offizielle Erinnerung an die
Belagerung von Leningrad, finden Lisa A. Kirschenbaum, Das Vermächtnis
der Belagerung von Leningrad, 1941 bis 1995: Mythos, Erinnerung, und
Denkmäler, New York, Cambridge University Press, 2006. [13]
- GARF, f. 5283, op. 2a, b. 44, l. 148-152. [14]
-
Shimon REDLICH und Nationalismus Propaganda im Krieg Russland: Die
jüdischen Antifaschistischen Komitee in der UdSSR, 1941-1948, Felsblock,
osteuropäischen Quarterly, 1982; Karel C. Berkhoff, Mutterland in Gefahr: sowjetischen Propaganda im Zweiten Weltkrieg, Cambridge, Harvard University Press 2012. [15]
- Das heißt, der ethnischen Zugehörigkeit, nach der sowjetischen Vokabular und Kategorien. [16]
Mordehaj
ALTŠULER, Ichak ARAD und Smuel KRAKOWSKI, Sovetskie Evrei Pisut Il'e
Erenburgu 1943-1966, Jerusalem, Yad Vashem, 1993, S.. 140
bis 142 und 222, mit Schreiben vom 22. Juli 1944. Der Verfasser des
Briefes spricht sich die Spezifität des Schicksal der Juden während der
Besatzung, die andeuten, durch die noch unsicher Opferzahlen :
der 200.000 Juden vor dem Krieg, schätzt er bei 200 die Zahl
derer, die, wie er, waren in der Lage, um zurückzukehren. Über
die Diskriminierung von Überlebenden des Ghettos Odessa in der
Verteilung der US-Spenden auch den Brief Tat'jana Mironowna Sapiro, im
Juli 1944, ebd., S. 143-144. [17]
-
Gennadij Vasil'evic Kostyrchenko, Gosudarstvennyj antisemitizm v SSSR
ot Nacala tun kul'minacii, 1938-1953, Moskau, Meždunarodnyj Hintergrund
"Demokratija" / Materik, 2005, S.. 52-57 (Juni 1944); Šimon REDLIH, Evrejskij antifašistskij komitet v SSSR 1941-1948. Dokumentirovannaja istorija, Moskau, Meždunarodnye otnošenija, 1996, S.. 123 bis 125 (November 1944). [18]
-
Auf der Erneuerung, für die Öffnung der Archive, diese alte Frage und
noch Debatte sehen Gennadij Vasil'evic Kostyrchenko, Tajnaja politika
Stalina. Vlast 'i antisemitizm, Moskau, Meždunaronye otnošenija, 2003 und David Brandenberger, "Stalins Last Crime? Jüngste
Stipendium auf Nachkriegs sowjetischen Antisemitismus und der Ärzte
Plot "Kritika: Explorations in russischen und eurasischen Geschichte,
6-1, 2005, S.. 187-204. [19]
-. Georgi Fedorovich Aleksandrov, Leiter der Propaganda der Industrie an das Zentralkomitee, Oktober 1945, Š. REDLIH, Evrejskij antifašistskij komitet ..., op. cit., p. 130.
Er ist der Autor von einem Hinweis auf die Kunstwelt Sowjet vom 17.
August 1942, die als eine der ersten expliziten Manifestationen einer
staatlichen Antisemitismus in der Sowjetunion ist. Score
von 19. Februar 1947 Grigori Shumeiko, Leiter der Außenpolitik an das
Zentralkomitee, Andrei Schdanow, über eine Anfrage von jüdischer
Einwanderer aus der Ukraine, um direkte Verbindungen zu den jüdischen
Gemeinden der Ukraine zu etablieren , ebd., S.. 135. Siehe GV Kostyrchenko, Tajnaja politika Stalina ..., op. cit., und Laurent RUCKER, Stalin, Israel und die Juden, Paris, PUF 2001. [20]
- Š. REDLIH, Evrejskij antifašistskij komitet ..., op. cit., p. 120. Im Fall der Polen finden Catherine Gousseff "'Kto NAS, kto do nas'. Theorie und Praxis der Bürgerschaft gegen eroberten Bevölkerungen. Der Fall der Polen in die Sowjetunion, 1939-1946 "Cahiers der russischen Welt, 44-2 / 3, 2003, S.. 519-558; an
den Armeniern, siehe Claire MOURADIAN "Immigration der Armenier in der
Diaspora in der Armenischen SSR, 1946-1962," Cahiers der russischen
Welt, 20-1, 1979, S.. 79-110. [21]
- Š. REDLIH, Evrejskij antifašistskij komitet ..., op. cit., p. 115-116. [22]
-
Die Versuche der jüdischen Antifaschistischen Komitees, um die
Erwartungen ihrer Auslandskorrespondenten zu erfüllen, siehe
insbesondere die Listen mit den Namen der sowjetischen Juden zu
verschiedenen Orten entgangen, schickte der Ausschuss im Ausland im Jahr
1944, die ein Teil der Anklage gegen ihn, nachdem sein wird -guerre, GARF, f. 8114, op. 1 d. 973. [23]
-
Dies erklärt die Anwesenheit von zahlreichen Papiere zu diesem Thema
der Hilfe in den Archiven des Ausschusses gehalten GARF deren Dateien
wurden sorgfältig vom Ministerium für Staatssicherheit ausgewählt
(Ministerium mit staatlichen Sicherheit), und viele übersetzte Unterlagen (einschließlich Jiddisch) und / oder kopiert. Dies
ist, was Abakoumov beschrieben ausführlich in einer Notiz vom 4.
Dezember 1950, in dem er insbesondere Mikhoels Brief vom 28. Oktober
1944, der die Gleichgültigkeit der sowjetischen Roten Kreuzes gegen die
Juden in ihr Vertriebs denunziert zitiert Hilfe aus dem Ausland, GV Kostyrchenko, Gosudarstvennyj antisemitizm ..., op. cit., p. 139-147. Seltsamerweise
dieser berühmten Brief Mikhoels, als Entwurf in Kenntnis Abakumov
erwähnt, ist in den Archiven des Ausschusses in seiner endgültigen
Fassung, von Molotow erhalten und in seiner eigenen Hand anno 29.
Oktober 1944, genauer gesagt von eine "beglaubigte Kopie" Š. REDLIH, Evrejskij antifašistskij komitet ..., op. cit., p. 122. [24]
-
Renaissance erleichtert durch neue Rechtsvorschriften und ein Klima
größerer Toleranz in der Regel profiGlaubensRichtungen auf sowjetischem
Boden vertreten. Yaacov ro'i (Hrsg.), Juden und jüdische Leben in Russland und die Sowjetunion, Ilford / Portland, F. Cass., 1995 [25]
(Hrsg.)
Yaacov ro'i "Der Wiederaufbau der jüdischen Gemeinden in der UdSSR,
1944- 1947" in D. Bankier, die Juden zurückzukommen: Die Rückkehr der
Juden in ihre Herkunftsländer Nach dem Zweiten Weltkrieg, Jerusalem / New York, Yad Vashem / Berghahn Books, 2005, S.. 186-205, insbesondere p. 196-197. [26]
- GARF, f. 6991, op. 3 d. 28, l. 227. [27]
- Veniamin Fedorovič ZIMA, Golod v SSSR 1946-1947 godov. Proishoždenie i posledstvija, Lewiston, The Edwin Mellen Press, 1999, S.. 146. Siehe auch George WOODBRIDGE (Hrsg.), UNRRA: Die Geschichte der
Nothilfe- und Wiederaufbauverwaltung der Vereinten Nationen, New York,
Columbia University Press, 1950, 3 Bde. [28]
- J. REINISCH "Internationalismus in der Entlastung ...", Art. cit. Nahrungsmittelhilfe
für die Republiken Belarus und der Ukraine jeweils 49% und 53% der
Beihilfen, die UNRRA auf US-Dollar entfielen gesendet, dann kam die
Ausrüstung für den Wiederaufbau der Industrie (29 und 28%), die mit
Bekleidung, Textilien, Schuhe (11,5 und 9%) und Nutzfahrzeuge für Land
Wiederaufbau (9%) und medizinische Geräte (1,6 und 1,3%), WOODBRIDGE G.
(Hrsg.), UNRRA ..., op. cit., vol. 2, p. 250. [29]
- UNRRA, wirtschaftliche Rehabilitation in der Ukraine, Betriebsanalyse Papers, 39, 1947, p. 68 und 72; Id., Wirtschafts Rehabilitation in Weißrussland, Betriebsanalyse Papers, 48, 1947, p. 42 und p. 49, n. 2.
Nach diesem Bericht, 70% der Nahrungsmittel in diesen Läden in Belarus
im Frühjahr und Sommer 1946 verkauft kamen aus UNRRA, auch wenn die
sowjetische Regierung nicht bestätigt diese Zahl. Die
anderen Bezugsquellen, auf die die Vermögenswerte des UNRRA wurden
nicht verkauft waren die berühmt-Versorgung-Läden, wo lokale Gas
verkauft Luxusgüter nicht zu erschwinglichen Preisen nur für
privilegierte sowjetische Gesellschaft rationiert und
die kollektiven Bauernmärkte, deutlich mehr demokratische Teilnahme,
aber die Preise waren auch unvergleichlich höher als die der in den
staatlichen Geschäften verkauft rationierten Waren. Auf
der sowjetischen Verteilungssystem der Nachkriegszeit siehe J. Hessler,
eine Sozialgeschichte der sowjetischen Handels ..., op. cit. [30]
- UNRRA, wirtschaftliche Rehabilitation in der Ukraine, op. cit., p. 77-78; Id., Wirtschafts Rehabilitation in Weißrussland, op. cit., p. 53-54. [31]
-
Timothy JOHNSTON, Being Sowjet: Identität, Gerücht, und Alltag unter
Stalin, 1939-1953, Oxford, Oxford University Press, 2011, S.. 95-97, die aber vernachlässigt die allgegenwärtige zagraničnye podarki Berichte in der sowjetischen 1940er Jahren. [32]
- GARF, f. 9501, op. 5 d. 315, l. 2-2v. [33]
-
"Wir anderen Gefangenen, die wir dieser Gaben im Ausland, die in
Verwirrung Gefühle Lagerleitung geworfen hatte gehört hatten [...]. In
Listen, diese Wunder Wolle unter dem Namen "Second-Hand", die viel
ausdrucksvoller war, verständlicherweise, dass "gebraucht" oder dunkel
Initialen wie é / u (gebraucht) bezeichnet wir, dass sind
für ein Lager der Mensch "Varlam Šalamov" Lease-Ready
"Erzählungen aus Kolyma, Lagrasse Verdier, 2003, S.
verständlich. 506. [34]
- Sovetskaja žizn ", 1945-1953, Moskau, ROSSPEN, 2003, S.. 83-88. Offenbar
waren die Gulag-Häftlinge auch bewusst, dass die Opfer der Gier der
lokale Führer: "Die Strickpullover getragen und Gebrauchtwagen Jumper
von der anderen Seite des Ozeans für Insassen gesammelt Schneider Kolyma
war von den Frauen von Magadan Generäle, die es versäumt hatte, sich zu
schlagen, "V. Shalamov" Lease-Ready ", op gerundet. cit., p. 507. [35]
-
Russisches Staatsarchiv für Sozial- und Politikgeschichte (Rossijskij
gosudarstvennyj arhiv social'no-političeskoj istorii, im Folgenden
RGASPI) f. 17, op. 122, d. 139, l. 83-92. [36]
-
Die fehlende Anerkennung von russischen Geschichtsschreibung und,
allgemeiner, der russischen Gesellschaft über das Verhalten der Soldaten
der Roten Armee in Deutschland, finden Sie Oleg V. Budnickij: "Die
Intelligenz trifft den Feind: der sowjetischen Offiziere Gebildete besiegte Deutschland 1945 "Kritika: Explorations in russischen und eurasischen Geschichte, 10-3, 2009, S.. 629-682, S.. 635 sq. [37]
-
Norman M. Naimark, die Russen in Deutschland: Eine Geschichte der
sowjetischen Besatzungszone, 1945-1949, Cambridge, Harvard University
Press, 1995; Krisztián
Ungváry, Die Belagerung von Budapest: 100 Tage im Zweiten
Weltkrieg, New Haven, Yale University Press, 2005. [38]
Siehe
Brief von einem Soldaten der Roten Armee, einer ehemaligen Kolchose in
Ostpreußen kam: "Sie nahmen das Vieh von den besten Farmen in Europa. Ihre
Schafe sind die besten russischen Merino und Geschäften beladen
mit Waren aller Geschäfte und Fabriken in Europa. In
der nahen Zukunft, in der russischen Läden erscheint diese Waren, und
es wird unsere Trophäe ", Catherine Merridale, Krieger vor der Kälte zu
sein. Leben und Tod der Soldaten der Roten Armee, 1939-1945, Paris, Fayard, [2006] 2012, p. 345. [39]
- RGVA f. 32.900, op. 1 d. 458, l. 42-42v, 94-95, 98 und 112-116. [40]
- O. BUDNITSKII: "Die Intelligenz trifft den Feind ...", Art. cit., p. 633. [41]
- "Keine Skrupel in Ordnung war. Heute Veteranen sprechen, ohne die geringste Verlegenheit, als ob sie beschrieben einen Flohmarkt (sic) besonders interessant. Holen
Sie sich, was er am besten bewiesen wir waren einfallsreich, um seine
Familie kümmerte wir und wir waren in der Lage, die neue Monster
Gesicht, Kapitalismus ', C. Merridale, Krieger von der Kälte. .., op. cit., p. 370. [42]
-
Die Bearbeitung von denen war das Thema der berühmten Jewgeni Khaldei
Foto, das einen Soldaten in der Roten Armee erreichte die Spitze des
Reichstages, der Arm hält die sowjetische Fahne wurde ursprünglich mit
mehreren Uhren dekoriert, nicht gegen gehen Diese Idee der Toleranz, sondern zeigt, wie diese Praxis häufig genug,
dass Khaldei, nachdem er sein Modell gewählt wird, erst später, dass
Detail bemerken. [43]
-
Kommend aus dem Keller, wo sie Zuflucht bei der Ankunft der Russen,
beschreibt ein Berliner eine seiner ersten Visionen der Invasoren, bevor
sie an wiederholte Vergewaltigung ein paar Stunden später unterzogen:
"Auf dem Boden, Russen haben frisch gestohlenen Fahrräder gespreizt. Jeder
von ihnen lernen zu rollen, werden auch steif gehalten im Sattel wie
Susi, die weibliche Schimpansen Zoo, und die Bäume schlagen, dann
kichern wie die Kinder: "Eine Frau in Berlin. Journal, den 20. April bis zum 22. Juni 1945 [2002] 2006 Der Autor dieser Zeitung gerne diese Ambivalenz zu betonen. Siehe
auch autobiographischen Bericht von Sandor Marai auf die Anfänge der
sowjetischen Besetzung von Ungarn, Erinnerungen an Ungarn, Paris, Albin
Michel, [1972] 2004 und seinem Roman Befreiung, am Ende der Belagerung
von Budapest geschrieben, aber wie erschienen posthum, Paris, Albin Michel, [2000] 2007. [44]
- Wladimir GELFAND, Deutschland-Tagebuch, 1945-1946. Aufzeichnungen Eines Rotarmisten, Berlin, Aufbau-Verlag, 2005, S.. 78-82. Diese Art der Szene hat sich ein Topos in der Beschreibung der Sowjet
gut in Bezug auf eine deutsche schöne Geschlecht war schüchtern. [45]
-
Die erste sowjetische Kameras waren so selten wie mythische, da Artikel
in der Musterkolonie für Waisen (Besprizorniki) namens Felix
Dserschinski. Die
Fed-1 erschien 1934 und wurden mit einer Rate von einem pro 500
Einwohner im Jahr 1937. Das Bildmaterial war ebenso mangelhaft und teuer
hergestellt, so dass Amateur-Praxis vor allem vor den 1950er Jahren, I.
NARSKIJ, Fotokartočka na Pamjat 'begrenzt :
semejnye istorii, fotografičeskie poslanija i Sovetskoe detstvo
(avtobio-istoriografičeskij Roman), Tscheljabinsk, enciklopedija, 2008,
S.. 317-318. [46]
-
Deutlich das Aussehen der zeitgenössischen russischen Gesellschaft,
einschließlich der Intelligenz, diesem Aspekt des Krieges, die erste
Gruppenfoto von drei Kindern Held einer jüngsten Roman wird von einem
alten Patrioten-Armee Arztes eingenommen, hält ein "superb
Kamera Pokal", der im privaten vorrevolutionären köstliche Weise,
Ljudmila Ulickaja, Zelenyj Saterfriesisch, Moskau, Eksmo 2011, p zeigt. 22-25. [47]
- W. GELFAND, Deutschland-Tagebuch ..., op. cit., p. 205, 14. Januar 1946. [48]
- Ebd., S. 267, 22. Mai 1946, und p. 302,
27. August 1946. Ironischerweise ist es wahrscheinlich Mai 1946,
während seiner Teilnahme an einer polnischen Familie kultiviert
ursprünglich aus Gebieten, die von der Sowjetunion annektiert, es
funktioniert das Lernen, ebd., S. 308, 11. September 1946. [49]
- W. GELFAND, Deutschland-Tagebuch ..., op. cit., p. 306, 6. September 1946, und p. 308
vom 7. September 1946. Die Belegung Fotografien Echo der Praxis besser
bekannt, und wahrscheinlich viel weiter verbreitet, deutsche Soldaten in
den besetzten Gebieten, Fotografieren Mädchen sowie Szenen von
Gräueltaten. Doch es scheint nicht, seine Zeitung zu lesen, W. Gelfand versucht, die Spuren des Krieges zu fotografieren. [50]
- Ebd., S. 269
Brief an seine Mutter am 27. Mai 1946 Kein Zweifel, W. Gelfand hatte
er Prädispositionen: Es ist schwer, die Porträt-Profis zeichnen, sendet
viele seiner Aufnahmen zu seiner Mutter und seinen anderen entspricht. Ebenso deckt die Wände seines Zimmers in Deutschland Bilder gekauft oder verwertet werden. [51]
-. Neben der Versorgungs Kleider, die Mutter von W. Gelfand Steuerung übergibt sie an einen Funkempfänger, ebenda, S. 181 Brief des 15. November 1945. [52]
- Pawel N. KNYŠEWSKIJ, Moskaus Beute. Wie
Vermögen, Intelligenz und Kulturgüter nach Deutschland
1945aus geraubt gerechnet wurden, München, Olzog Verlag, 1995. [53]
- O. BUDNITSKII: "Die Intelligenz trifft den Feind ...", Art. cit., p. 655.
Auf der Verpackung Senden Raserei der Deutschen während der Besetzung,
darunter aus der UdSSR und insbesondere der Ukraine, sehen Götz Aly, wie
Hitler, haben die Deutschen. Das Dritte Reich, eine Diktatur, dem Volk zu dienen, Paris, Flammarion, 1995. [54]
- C. Merridale, Krieger kalt ..., op. cit., p. 372. [55]
- W. GELFAND, Deutschland-Tagebuch ..., op. cit., p. 180 W. Gelfand Brief an seine Mutter vom 15. November 1945, als sie
ihn fragt nicht auf E-Mails auf seinem Arbeitsplatz zu senden, vor allem
wenn es um das Paket kommt. [56]
-
Mark Edele, sowjetischen Veteranen des Zweiten Weltkriegs: Ein
Volksbewegung im Jahr autoritäre Gesellschaft, 1941-1991, Oxford, Oxford
University Press, 2008, S.. 30.
Weitere bescheiden, W. Gelfand verließ Deutschland mit zehn Koffern
"kleine, aber schwere" und zwei Taschen, W. GELFAND,
Deutschland-Tagebuch ..., op. cit., p. 312, 26. September 1946. [57]
- W. GELFAND, Deutschland-Tagebuch ..., op. cit., p. 204-205, 14. Januar 1946 und p. 211, 21. Januar 1946. [58]
- Ebd., S. 176-177, 6. November 1945. [59]
- P. N. KNYŠEWSKIJ, Moskaus Beute ..., op. cit. [60]
- Pavel N. KNYŠEWSKIJ, Dobyča: Tajny germanskih reparacii, Moskau, Soratnik, 1994, p. 120-121. [61]
- W. GELFAND, Deutschland-Tagebuch ..., op. cit., p. 218 Brief an seine Mutter am 26. Januar 1946: Kauf eines "guten" Receiver Röhren fünf Lampen 4000 Mark ;. Seite 280, 23. Juni 1946: ein Radio auf 2 000 Marken, die gegen zwei Anzüge Handel geschätzt; Seite 300, Bescheinigung 28. August 1946. [62]
- Cécile Vaissié, Russland: eine Frau im Dissens. Larissa Bogoraz, Paris, Plon, 2000, p. 39. [63]
-
Valérie Pozner, "Das Schicksal der Filme Trophäen von den Sowjets im
Zweiten Weltkrieg gefangen genommen", in A. Sumpf LANIOL und V.,
Krampfanfälle, Beraubung und Erstattungen ..., op (Hrsg.). cit., p. 147-164. [64]
-
Juliane Fürst, Stalins letzten Generation: sowjetische
Nachkriegsjugendzeit und die Entstehung von Mature Sozialismus, Oxford,
Oxford University Press, 2010, insbesondere p. 200-249. [65]
- Herr edele, sowjetischen Veteranen des Zweiten Weltkriegs ..., op. cit., p. 91. [66]
- GARF, f. 5446, op. 49a, d. 467, l. 12-18. Auf der Reparationspolitik finden Jörg FISCH, Reparationen Nach Dem Zweiten Weltkrieg, München, CH Beck, 1992. [67]
- GARF, f. 5446, op. 49a, d. 2848, l. 1-3, danke Juliette Cadiot für erzählte mir dies. Auf
die Beteiligung von Fachbeamten erklären, den Schwarzmarkt als Zahl
invariant Betrieb der sowjetischen Wirtschaft finden Tamara Kondratieva
"Menschen erheblich unter dem sozialistischen Eigentums verantwortlich",
in T. Kondratieva (Hrsg.), die Sowjets. Leistung, Regimen, Paris, Les Belles Lettres 2011, p. 113-130. [68]
-.
Auf persönliches Engagement Stalins bei der Verringerung Ponomarenko
der Macht an der Spitze der Republik Belarus durch die Ernennung
Goussarov ein Jahr zuvor, am 27. Februar 1947 zu sehen Oleg V. HLEVNJUK
et al Politbiuro CK VKP ( b) i ministrov Sovet SSSR, 1945- 1953, Moskau, ROSSPEN, 2002, S.. 47, n. 1. [69]
-
Die belarussischen Führer prangerte auch für die Umleitung der
öffentlichen Mittel zu bauen Privathäusern, was die gleichen Mangel an
Interesse an dem Unglück ihrer Bürger, von denen viele sind gezwungen,
im Untergrund zu leben und Hütten gleich Köder Zunahme, einige loben oder Wiederverkauf auf "spekulativ" Preis. [70]
- GARF, f. 8131, op. 37 d. 3187, l. 17. Bericht der Boden der Region Nikolaev (aktuelle Mykolaiv), April 1946. [71]
- Auf dieser "Kriegsdienst" finden Nikita Petrov, Pervyj predsedatel
'KGB Iwan Serow, Moskau, Materik 2005. Falls nicht anders angegeben,
alle Informationen zu diesem Fall aus dem Buch. [72]
-
Um zu verteidigen Serov beschuldigte sie, die gewesen Abakoumov
abbiegen liefern nach Moskau zwanzig Wagen Beute während des Krieges
noch in vollem Gange, und ein Flugzeug chartern mit Waren Trophäen zu
einem soeben erschienen Krim geladen. Doch
weniger senior, gestand Sidnev Flugzeugauslastung von SVAG oder Serov
genommen zu transportieren seine reiche und Leningrad liefern ihre
Wohnung. Siehe
auch die wiederholte Verwendung von Flugzeugen belarussischen
regelmäßigen Linien sowie Ponomarenko persönlicher Flugzeug in Minsk
mehrere Tonnen von Teppichen und anderen wertvollen Gütern, RGASPI f
bringen. 17, op. 122, d. 308, l. 92. [73]
-
Konstantin Akinsha und Grigorij Kozlov, Schöne Beute: Die Sowjet
Plunder der europäischen Kunstschätze, New York, Random House, 1995; P. N. KNYŠEWSKIJ, Moskaus Beute ..., op. cit. ; Margarita S. Zinic, Pohiščennye sokrovišča: Vývoz nacistami rossijskih
kul'turnyh tsennostej, Moskau, In-t Istorii RAN Rossijskoj 2003. [74]
- GARF, f. 5446, op. 49a, d. 243, l. 38-39 und 51. [75]
-
Jedoch drei Personen im Zusammenhang mit dem gleichen Fall festgenommen
wurden mit dem Versuch im Oktober 1951 freigesprochen, nach mehr als
dreieinhalb Jahren Haft hatte einer von ihnen in den Gefängnis
psychiatrische Dienste geführt . [76]
- Die Tatsache, dass die beiden Männer das gleiche Argument kann durch
ihre Nähe zu erklären, sondern das Thema "Spießer Sumpf" (obyvatel'skoe
Boloto) ist ein Trope der bolschewistischen Moralisieren. [77]
- Osokina, Zoloto dlja industrializacii "Torgsin", Moskau, ROSSPEN 2009, insbesondere p. 83 bis 102 und 118 bis 146. [78]
-
"Nur eine Minute später eine Pistole aufgeschnappt: Eis verschwand,
Vitrinen und Stühle verschwunden, Teppich in der Luft abgeführt, und der
Vorhang. Die
letzte zu verschwinden war der riesige Haufen alter Kleider und alte
Schuhe, und die Szene wurde wieder stark, leer und nackt ", Michail
Bulgakow, Der Meister und Margarita, trans. C. Ligny, Paris, R. Laffont, [1968] 2012, p. 242. [79]
- Ebd., S. 291-305. [80]
- Viele Vorräte hier analysiert wurden von Evakuierten zu Beginn des Krieges bis zum Ural und Zentralasien geschrieben. Die besondere Beziehung, dass diese Menschen könnte mit ihr Eigentum aus mehreren Gründen zu sprechen. Da
hinter den meisten ihrer Eigenschaft verlassen, konnten sie sich nur
vorstellen, das Schlimmste, nämlich ihr Verschwinden in ihrer
Gesamtheit, nicht nur wegen des Feindes. Die
Frage der Bestandserhaltung und Eigentum von Evakuierten verlassen
hatte von Anfang des Krieges an eine Reihe von Verordnungen, um sie von
zu schützen das Horten von skrupellosen Nachbarn GARF, f geführt. 5446, op. 43a, d. 6328. In Wirklichkeit war die Situation noch mehr verwirrt. Evakuierten
gehörte für viele der sowjetischen Elite, und unter ihrem Volk
jüdischer Herkunft waren zweifach besorgt über das Schicksal ihres
Erbes. Auf der sozialen Profil der Evakuierten und ihre Erfahrung des Krieges
finden Rebecca Manley, Zum Bahnhof Taschkent: Evakuierung und Überleben
in der Sowjetunion im Krieg, Ithaca, Cornell University Press, 2009. [81]
-
Nathalie MONK: "Die Untersuchungskommission in die Sowjet
Nazi-Kriegsverbrechen zwischen Rückeroberung des Gebiets, das Schreiben
der Geschichte des Krieges und Bürgerwehr verwendet" soziale Bewegung,
222-1, 2008, S.. 81-109. [82]
- C. Vaissié, Russland: eine Frau im Dissens ..., op. cit., p. 61-62. [83]
-
"Wenn wir vernachlässigen 90 Millionen Bauern, die Stühle Holzbänken
oder Erde aufnehmen und Stützbalken und Dach bevorzugen - im Osten -
abgenutzte Teppiche, die Tatsache, Dennoch
53.000.000 Männer, die die Stühle als wesentliche Elemente
sehen "Ilia Ievgeni ILF und Petrov, Zwölf Stühle, trans. A. Préchac, Paris, Paragon, [1929] 2002, S.. 148. [84]
- Vasily Grossman, Leben und Schicksal, in Arbeiten, Paris, R. Laffont, 2006, S.. 58-59. [85]
- Der Durchschnittslohn eines Arbeiters 1930 300 Rubel. [86]
- GARF, f. 7021, op. 28, d. 68,
beachten 133. Natürlich ist die Bewertung zum Marktpreis zum Zeitpunkt
der Errichtung des Gesetzes durch falsche Kommissionen deutlich
Perspektive: das Fell wurde vermutlich zu einem viel niedrigeren Preis
gekauft, in Abhängigkeit von der Zeit und vor allem der Erfassungsmodus. Sehen
Nathalie MONK "Die Beurteilung der materiellen Verluste der
Zivilbevölkerung im Zweiten Weltkrieg in der Sowjetunion: Auf dem Weg zu
legitimieren Privateigentum? "Geschichte und Bewertung (erscheint in Kürze). [87]
-
Mit einem umfangreichen Literatur zu diesem Punkt, siehe Catriona Kelly
und Vadim VOLKOV "Directed Desires: kulturnost und Verbrauch", in C und
D. Kelly SHEPHERD, Bau Russische Kultur im Zeitalter der Revolution,
(Hrsg.) 1881-1940, Oxford, Oxford University Press, 1998, S.. 291-313. [88]
- Daran erinnern, dass Handlungen zeigen nur sehr selten den Beruf der Opfer. [89]
- GARF, f. 7021, op. 28, d. 68, 121 beachten. [90]
- GARF, f. 7021, op. 28, d. 31, l. 142. [92]
- Auf der offiziellen Kult zu Puschkin, insbesondere die 1937 Jubiläum
gewidmet, siehe Kevin MF Platt und David Brandenberger (Hrsg.), Epic
Revisionismus: russische Geschichte und Literatur als stalinistische
Propaganda, Madison, University of Wisconsin Press, 2005. [93]
- Wir finden von diesem Autor bei der Wegzehrung mit ihrer Mutter Strum der Eintragung in das Ghetto von Berditschew geblasen. Es
besteht hauptsächlich aus Bücher, die am teuersten sind, zusammen mit
Fotos, Briefe, und was notwendig ist, um zu schlafen, Futtermittel und
weiterhin seinen Arztberuf auszuüben. Seine
Beschreibung wird verwendet, um zu einem russischen Anna Semenowna
Kultur Intelligenz, die eine intime Kenntnis der russischen Sprache
Schriftsteller des neunzehnten Jahrhunderts hat, sondern auch häufiger
eine bestimmte Französisch Literatur (sie geben noch einige
Französisch-Kurse im Ghetto) zu verbinden, während die ukrainische
Mafia erinnert ihn, "was [sie] avai [t] Zeit gehabt, seit Jahren der
Sowjetmacht vergessen [sie] bleiben [a] jüdisch." V. Grossman, Leben und Schicksal ..., op. cit., p. 59.
Man kann sich vorstellen, dass die gleiche Art von Selbstdarstellung in
diesen Arbeiten wird ein wenig trocken Listen von Elementen. Doch
im Gegensatz zu Anna Semenowna, Vertreter einer Intelligenz, die
materiellen Besitz verachtet, den betroffenen Teil dieser kulturellen
Bezüge in einer Materialart Komfort, wahrscheinlich genauso ihre
Bedeutung war, über die möglichen Entschädigungsfragen Finanz. [94]
-
Das ist "An einem Morgen in einem Kiefernwald" der Maler Ivan Ivanovich
Shishkin (1832-1898), gelegen an der Tretjakow-Galerie in Moskau
ausgestellt und reproduziert unzählige Zeiten bis zur Gegenwart,
darunter Boxen aus der berühmten Schokoladenfabrik ", Krasnyj Oktyabr". [95]
- I. ILF und I. Petrov, Die Zwölf Stühle, op. cit. [96]
- In dem Roman I. Ilf
und Petrow I. gehörte die zwölf Stühlen auf eine Vorobianinov,
Marschall des Adels in eine zivile Mitarbeiter des Staates nach der
Revolution umgewandelt. Lernen,
dass einer von ihnen ein unbezahlbarer Schatz, den Ausgangspunkt der
Handlung des Romans enthalten sind, erinnert er sich die Show verschwand
aus seinem ehemaligen Wohnhaus Provinz ", sah er deutlich wieder das
Wohnzimmer seiner Villa, die symmetrische Anordnung Möbel
aus Nussholz mit geschwungenen Beinen, dem polierten Boden, hell wie
ein Spiegel, der alten Klavier Schwanz und braun, Wände, daguerreotypes
der berühmtesten seiner Vorfahren, in ihren kleinen schwarzen ovalen
Rahmen, "Ich und ich ILF . Petrov, Die Zwölf Stühle, op. cit., p. 26. abgedroschen Souvenirs für zwei Satiriker wurde Nostalgie noch
nicht scheint so lächerlich in den Augen einiger ihrer Spieler. [97]
-
Das ehrgeizige Überdenken der Lebensstile der 1920er Jahre blieb sehr
theoretisch, aber wo jedes Detail zählte, ging auf eine bestimmte Anzahl
der Gäste (sechs oder zwölf nach den Konventionen zu sprechen, zum
Beispiel Tee-Produktion Dienstleistungen ),
die eine Art der Geselligkeit orientierten privaten häuslichen Bereich
zu halten, anstatt die Förderung der Teilnahme exklusive Sammelraum der
Kantine gepflegt. V. S., "oformlenie byta. Proizvodstvennye organizácií raskačalis tun '", Iskusstvo v massy, 4, 1930, p. 22-23,
in Karen KETTERING zitiert, '' Immer mehr Gemütlich und komfortabel ":
Stalinismus und die sowjetische Domestic Interior, 1928-1938," Journal
of Design History, 10-2, 1997, p. 119-135, hier S.. 126.
Die Tatsache, qu'Evdokia Samoïlovna zeigt ein Tee, beide Preise,
sondern auch für eine große Anzahl von Gästen, zeigt, wie Anforderungen
hatten eine begrenzte Wirkung, sondern auch, wie der Zusammenhang mit
dem Krieg erlaubt eine Umkehr der Werte für physischen Besitz. [98]
GARF, f. 7021, op. 100, d. 71
ist zu beachten, 184. Beim Schreiben seiner Aussage lebt E. Iantovskaïa
in einer Hütte in Chirchik, eine neue Stadt von Usbekistan, etwa
dreißig Kilometer von Taschkent, von ihrem Mann getrennt aus den Augen
verloren, da die erste Stufe des Evakuierung im Ural. Wie viele andere Evakuierten, ihren Lebensstandard ist gesunken, auch wenn er sagt Touch 1200 Rubel pro Monat. Sein
Brief ist von einem virulenten Sowjetpatriotismus "antiboche", aber
seine Hauptmotivation ist wahrscheinlich auf seine heftigen Wunsch
geprägt, um sich ausgeglichen, in den Bestand unter den Töpfen und
Pfannen passen, werden sechs Goldzähnen und sechs Kronen . Wir
dürfen nicht überrascht sein, anachronistisch, von dieser
Angabe, da mehr ist eine evakuierte jüdischen Nationalität. Der Marktwert der Goldzähne ist in der Tat nicht eine Entdeckung der Leichen Snatchers. Gegebenenfalls
könnte eine Person betrachten als das entreißen und zu verkaufen oder
handeln sie gegen Brot und andere Notwendigkeiten finden Sie unter
"Svershilos '. Prishli nemtsy! "Ideinyi kollaboratsionizm v SSSR v Zeitraum Velikoi Otechestvennoi voiny, Moskau, ROSSPEN 2012, p. 98 (bzw. 26. November und 2. Dezember 1941). [99]
- Anzeige von Kindermöbeln ist äußerst selten in den Vorräten. Ein
von Kharkov evakuiert, Yakov Moïseievitch Gourevitchs erwähnt eine
Couch für Kinder, einen kleinen Tisch und drei Stühle für seine beiden
Töchter. Es
gehört zu einer wohlhabenden Familie orientierten Moderne in
verschiedenen Bereichen: einem Preisgeld von Klavier neben einer
Sammlung von 200 Scheiben und elektrische Haushaltsgegenstände
(Backofen, Kochplatten, Bügeleisen ...) GARF, f. 7021, op. 100, d. 53, Anmerkung 171. Die Spielzeuge sind auch praktisch nicht vorhanden Bestände. Dmitri
Nikolajewitsch Golovastikov Ingenieur in einem Baumaschinen-Anlage in
Voronezh, präsentiert eine etwas ähnliches Muster: 250 Scheiben, ein
Radio, eine sehr ernste Lesung (technische, politische, einige
Literatur), sondern auch zwei Porzellanpuppen die
Augen, die in der Nähe, zwei "Väterchen Frost" und sogar ein
Elektro-Kranz für Weihnachtsbaum, das ist nicht trivial, da sie erst
wieder ab 1936, GARF, f gestattet. 7021, op. 100, d. 71, Anmerkung 194. Wir treffen ein wenig öfter Kinderfahrräder. Die Knappheit von Spielzeug in Stalins Sowjetunion, zu sehen Kelly
CATRIONA, Kinderwelt: Aufwachsen in Russland, 1890-1991, New Haven, Yale
University Press, 2007. [100]
- GARF, f. 7021, op. 100, d. 53, 158 beachten. [101]
- GARF, f. 7021, op. 100, d. 71, 166 beachten. [102]
- GARF, f. 7021, op. 100, d. 71, 194 beachten. [103]
- GARF, f. 7021, op. 28, d. 31, l. 20.
Ivan Konstantinovich Aivazovsky (1817-1900), ein großer Liebhaber von
Meer, russischen romantischen Malers so populär vor der Revolution im
Jahr 1930; zum
Beispiel ist es unter den Malern, deren Werke schmücken allenfalls eine
sowjetische Innen gespielt erwähnt, solange das Amateur machen eine
Qualitätswiedergabe, so dass die IZOGIZ Zeit veröffentlicht zu erwerben,
in einem Artikel die
Ende der 1930er Jahre mit Unterricht in guten Geschmacks extrem steif
und in der Frauenzeitschrift der sowjetischen Mittelschicht, K.
Kravcenko "O kartinah i reprodukcijah" Obščestvennica, 15, 1937, S.
vorgeschrieben. 17-19; Archip I. Kuindži, russischer Landschaftsmaler, 1842-1910. [104]
-
Für seinen Teil, scheint der Sowjetstaat zu noch nie für die Aufnahme
in die Liste der Kunstwerke vom Feind eingenommen berücksichtigt und
können zurückgegeben oder kompensiert werden, etwas, das von Museen
funktioniert und andere öffentliche Einrichtungen. Ansicht
Konstantin Akinsha "Stalins Sowjet Trophy Brigaden und Verordnungen:
Entschädigungen, Rückerstattung der Sache, oder" Trophäen "der Krieg? "International Journal of Cultural Property, 17-2, 2010, S.. 195-216. [105]
-
Ohne Zweifel, es ist noch zu früh für diese gewöhnlichen Russen haben
das Maß für die wiederum durch den Kreml in religiösen Dingen, Tatiana
A. Chumachenko, Kirche und Staat in der Sowjetunion gemacht wurde:
Russisch-Orthodoxe Kirche aus dem Zweiten Weltkrieg mit dem
Chruschtschow Jahre ed. und trans. von E. E. Roslof, Armonk, M. E. Sharp 2002. [106]
- GARF, f. 7021, op. 100, d. 53, 243 beachten. [107]
- "Welche Möbel wollen Sie? Die Kaufmanns Angelov, first-Gildenhändler? s'i-i-i-bitte. [...] "In Angelov Ergriffen, 18. Dezember 1918: ein Flügel Becker No. 97012 mit seinen gepolsterten Stuhl; Büros, zwei; Schränke, vier, zwei Mahagoni; Chiffonnier-Kommode, ein ... etc. [...]
"Wir haben auch ein Buchstabe V [...] sofort, Vm, Vn, Voritski, No.
48238. Vorobianinov Hippolyte Matwejewitsch, dein Vater, Gott hab ihn
selig, war ein Mann mit einem großen Herzen .. . "Becker Grand Piano No. 54.809; Chinesische Vasen des Französisch Sèvres Fabrik, vier; Aubusson, acht, in verschiedenen Größen; Gobelins, zwei: Hirtin und Schäfer; Turkmenische Teppiche, zwei und Khorossan: einer; stopften Bären mit ihren flachen, ein; Voll Schlafzimmer, zwölf Stücke; Esszimmer, sechzehn Stücke; Salon, vierzehn Stücke von Walnuss, unterzeichnet Gambs I. ILF und I. Petrov, Die Zwölf Stühle, op. cit., p. 106-107. [108]
-
Die Möbel Eintrag Praktiken im Zuge der Revolution finden Sie in der
bewundernswerten Wiederaufbau von Larissa Zakharova für einen noblen
Gebäude in Petrograd, "The 26-28 Kamennoostrovski geführt. Die Leiden eines Gebäudes Revolution "in Meaux L. (Hrsg.), St. Petersburg. Geschichte, Spaziergänge, Anthologie und Wörterbuch, Paris, R. Laffont, 2003, S.. 473-505. [109]
-
In die Geschichten und Zeugnisse fügen Sie die berühmten Klischees, die
Vertreter der alten Eliten sind, stehen auf dem Bürgersteig warten auf
den Lastkahn gezwungen, über ihr Eigentum verfügen während des letzten
Bürgerkrieg, um die Mindest erhalten von entscheidender Bedeutung. [110]
-
Der Direktor des Haus der alten Leute, für die war zugeordnet einer der
zwölf Stühlen und verkauft sie zu einem Zeichen in dem Roman, der gibt
sich als perekoupchtchik, das heißt, in den Augen der sowjetischen
Gesetzgebung, ein
Spekulant als Vermittler illegal Kauf einer Immobilie, die war oder
nicht Staatseigentum, und verkaufen sie an einem Client und Tasche den
Unterschied, I. ILF und I. Petrov, Die Zwölf Stühle, op. cit., p. 84. [111]
-
Der Roman führt uns in das Schicksal der anderen Charge von Stühlen
Gambs gesucht irrtümlich von einem gierigen Priester: Anfälle bei einer
Frau Stargorod Allgemeinen wurden sie zu einem individuellen, "Genosse
Brouns, Ingenieur" verliehen welche
die Stadt im Jahre 1923 nach Kharkov verlässt, wobei alle seine Möbel
", die er schien eine Menge zu halten" und Rostow, wo er seinen
"hochqualifizierten" im Dienst einer großen Zementfabrik, bevor sie von
Raffinerien in Baku aufgefordert Die
Möbel von der General jetzt schmücken seinen komfortablen Datscha,
ertrunken in die tropische Vegetation auf einem Hügel mit Blick auf
Batumi, so Brouns ein Avatar kolonialen Eliten, ebd., S.. 110, 183, 246 und 341-345. [112]
-.
Was nicht der Theaterleiter in Frage, den Handel mit dem Verkauf
illegal verhindert Individuen, hier die Helden verzweifelt nach der
Partie, ebenda, S. 169, 196-200 und 334. [113]
- Die russische Version der Artikel von L. Zakharova, "The 26-28 Kamennoostrovski ...", Art. cit.,
auch "Zwölf Stühle", wie der Roman, und damit seine Moral untrennbar in
der sowjetischen und postsowjetischen Gewissen verbunden, von dem
Zeitpunkt der Veröffentlichung und bis heute das Schicksal Eigentum der ehemaligen zaristischen Eliten. [114]
- "Alles ist da! Alle Stargorod! Alle Möbel! Doe ergriff ab einem bestimmten Zeitpunkt, um Doe, der lange gegeben. Und hier ist der alphabetisch, wahre Spiegel des Lebens. [...] Es ist alles da, die ganze Stadt. Klaviere,
Stühle, Hocker, Stühle, Sofas, Lampen, Spiegel ... Wir auch
Gerichte "ILF I. und I. Petrov, Die Zwölf Stühle, op. cit., p. 106. [115]
- Das Verschwinden ist offensichtlich eine variable Geschwindigkeit entsprechend der Umgebung, Alter, etc. Die
Nostalgie, die Ausrüstung für die sowjetische Welt entwickelt ist bei
weitem nicht zu unterbrechen sein Verschwinden, da es Teil einer
westlichen Art der Vermarktung.
Zusammenfassung
Dieser
Artikel befasst sich mit dem Zustrom und der Bewegung von Objekten aus
dem Ausland in der Sowjetunion der 1940er Jahre, insbesondere im
Zusammenhang mit der sowjetischen Variante des Kriegsdrucks in Objekten
während des Zweiten Weltkriegs. Er zeigt, wie die Frage der
Verteilung der humanitären Hilfe mit der (Nicht-)Anerkennung des
Völkermords an den sowjetischen Juden unter NS-Besatzung
überlappt, und wie diese Problematik die stalinistischen sozialen
Hierarchien beeinflusste. Der Artikel erklärt, warum die Herkunft
und die genauen Umstände des Eintritts dieser Objekte in
sowjetische Haushalte oft im Schatten von Verletzungen durch die
Truppen der Roten Armee verborgen blieben, die gegen die besiegten
Länder vorgegangen waren. Abschließend beleuchtet der
Artikel das Bild einer sowjetischen Gesellschaft, die zum ersten Mal
den Luxus und die westliche Moderne zugunsten des Krieges entdeckt und
untersucht, wie diese Objekte in der stalinistischen materiellen
Zivilisation zwischen den beiden Weltkriegen weiterverarbeitet und
integriert wurden.
Annales:
Nathalie Moine "La perte, le don, le butin. Civilisation stalinienne,
aide étrangère et biens trophées dans
l’Union soviétique des années 1940"